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La crise covid pèse lourdement sur le prix des vignes françaises

Hormis de prestigieuses et porteuses appellations de Bordeaux, de Bourgogne, du Centre-Loire, de Cognac et de Provence, le repli des transactions foncières est quasiment généralisé dans le vignoble de France, surtout en Champagne et en Alsace.
Par Alexandre Abellan Le 27 mai 2021
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La crise covid pèse lourdement sur le prix des vignes françaises
« Après une hausse de 17 % en 2019, la nouvelle baisse de la valeur confirme l’extrême volatilité observée depuis 2017, liée à la vente de quelques domaines viticoles prestigieux » souligne le dernier rapport de la FNSAFER. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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n 2020, « le marché [foncier] des vignes a été très durement impacté par la crise sanitaire. On enregistre un nombre de transactions historiquement bas sur trente ans (8 190 bien, -11 % par rapport à 2019) et un repli de 20 % des surfaces (pour 14 600 hectares) » annonce Loïc Jégouzo, l’adjoint au directeur des études Fédération Nationale des Sociétés d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural (FNSAFER). Lors d’une visioconférence de presse ce 27 mai, l’expert précise que « tous les bassins viticoles sont concernés par ce repli », qui cause un coup de frein à la hausse continue du prix des vignes d’appellation (voir infographie ci-dessous).

A 150 500 euros l’hectare AOP, la hausse se limite à +1,3 % en 2020, ce qui est essentiellement dû à la baisse du prix des vignes champenoises (-1 % pour 1,2 million €/ha dans la Marne). Moins marqué qu’en 2019 (à -3,9 %), ce repli s’inscrit dans un marché foncier attentiste, où des vignes ne trouvent pas preneur. Globalement, les transactions de vignes champenoises se replient « d’un quart en surface comme en valeur » face à « la prudence et la sélectivité des acquéreurs » indique la FNSAFER, qui y voit l’impact des fortes baisses de commercialisation sur les marchés français et export (-1 milliard € en 2020).

Marché à deux vitesses

En retranchant les vignes de Champagne, le prix des vignes AOP bondit de 4,2 % en 2020, à un prix moyen de 78 100 €/ha. Mais attention à l’effet de trompe l’œil. Si la SAFER recense des hausses globales* (+9 % à Bordeaux, +10 % dans le Val de Loire-Centre, +3 % en Bourgogne, +2 % en Vallée du Rhône et Provence…), ce sont surtout les appellations cotées qui en tirent profit (les grands crus classés du Médoc, les premiers crus de Bourgogne, les appellations Sancerre, Chinon, Gigondas, Crozes-Hermitage, Côtes de Provence, …). Répondant à une valeur refuge exacerbée en temps de crise, les investissements de prestige pèsent fortement sur la vision d’ensemble du foncier viticole.

« Les dix ventes les plus onéreuses représentent 18,8 % du total » indique la SAFER, qui précise qu’à Bordeaux, « huit ventes de domaines prestigieux représentent 72 % de la valeur échangée dans ce vignoble ». Si les prix moyens des appellations Pauillac (+22 % à 2,8 millions €), Pomerol (+5 % à 2 millions €), Saint-Julien (+23 % à 1,6 million €) et Margaux (+15 % à 1,5 million €) bondissent, ceux des appellations plus génériques comme Bordeaux rouge (-13 % à 13 000 €/ha) et Médoc (-20 % à 40 000 €/ha) sont en forte chute.

Les AOC plus génériques souffrent de trouver repreneur

« Sur ces marchés, il y a une grande disparité [entre] des appellations qui tirent le marché vers le haut, qui continuent de progresser, et à l’inverse toute les AOC plus génériques qui souffrent de trouver repreneur » constate Philippe Tuzelet, le directeur général de la SAFER Nouvelle-Aquitaine, qui rapporte qu’en Gironde, le nombre de transactions viticoles suivies par la SAFER est passé de 500 à 300 actes annuels. Si les vignes certifiées bio voient leurs prix résister, la SAFER précise ne pas disposer d’indicateurs à date.

Cognac résiste

Dans ce panorama contrasté, le vignoble charentais tire son épingle du jeu. Globalement, les vignes à eaux de vie AOP voient leur prix moyen augmenter de 7 % en 2020, pour atteindre 55 400 €/ha. « Cognac esquive la crise » indique Loïc Jégouzo. Maintenant ses exportations malgré la crise covid, les cognacs continuent de porter des projets d’installation et d’agrandissements. Alors que des autorisations de nouvelles plantations ont été attribuées ces dernières années (2 300 hectares d’autorisations de plantations nouvelles en 2020) la SAFER continue de voir se « tendre la situation sur les terres plantables, dont la valeur, selon les crus, dépasse les 10 000 euros/ha » sans que « l’augmentation du prix des vignes ne soit pas pour autant atténuée ».

A noter que le prix des vignes hors AOP se valorise de 0,9 % (à 14 500 €/ha), suivant une « remontée progressive depuis 10 ans » note la SAFER.

 

* : A l’exception du Languedoc-Roussillon (- 1,7 %), du Sud-Ouest (- 3,9 %) et de l’Alsace-Est (- 14,1 %). « Ce dernier bassin est particulièrement impacté par la crise sanitaire et la baisse des ventes de vin, qui a fragilisé les trésoreries des exploitations et entraîné des cessations d’activité » prévient la SAFER.

 

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