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Vallée du Rhône

L’opposition vigneronne à l’extension des carrières redevient judiciaire

Vendredi 21 mai 2021 par Alexandre Abellan

« Le massif du Lampourdier vu depuis la terrasse de Châteauneuf-du-Pape. Les carrières ne sont pas visibles » indique un document fourni par la société Delorme dans son dossier à la préfecture du Vaucluse.
« Le massif du Lampourdier vu depuis la terrasse de Châteauneuf-du-Pape. Les carrières ne sont pas visibles » indique un document fourni par la société Delorme dans son dossier à la préfecture du Vaucluse. - crédit photo : Société Delorme
Les appellations de Châteauneuf-du-Pape et des Côtes-du-Rhône portent devant la justice administrative un projet de défrichement sur le massif du Lampourdier. Le début d’une nouvelle lutte.

A l’ouest du Vaucluse, le massif du Lampourdier doit tenir du sanctuaire et ne plus faire carrière dans l’extraction de calcaire réclament les vignerons rhodaniens. Ce 20 mai, le tribunal administratif de Nîmes a tenu une audience en référé pour étudier l’attaque d’une disposition de l’arrêté préfectoral du 3 mars 2021 permettant à la société Delorme de poursuivre et développer ses activités d’extraction de roches (son autorisation d’exploitation de 2005 étant arrivé à terme en avril 2021). Dans leur action, l’Organisme de Défense et de Gestion de l’appellation de Châteauneuf-du-Pape, le Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Rhône et quatre riverains contestent plus précisément l’autorisation de défrichement de 3,3 hectares sur la partie Est du massif.

Les opposants à cette extension du périmètre d’extraction estiment que la société Delorme a encore largement de quoi s’occuper sur la partie ouest du massif. En creusant d’abord les espaces déjà utilisés, avant d’en sacrifier de nouveau et de causer des modifications en série. A commencer par les flux d’air (et donc des microclimats viticoles), le paysage (avec l’ouverture de nouvelles brèches), la faune (avec des dérogation pour l’atteinte à des espèces protégées)... Pour la carrière et la préfecture, le plan de phasage validé prévoit que ce défrichement ne sera pas effectif avant plusieurs années. Mais « un plan de phasage se modifie, rien n’est gravé dans le marbre » rétorque Christine Freslard, la directrice de l’ODG Châteauneuf-du-Pape, qui se garde bien de se prononcer sur l’issue de l’audience, dont le délibéré est attendu avant cette fin mai.

Croissance sans fin ni frein

Cette action en référé ne serait que la première étape d’une nouvelle procédure judiciaire pour protéger le terroir viticole des appellations du Vaucluse. Actif depuis une vingtaine d’années, le contentieux entre le vignoble et les carrières du massif du Lampourdier semble reparti pour durer. En cause pour le vignoble, « des proportions d’extraction de calcaire difficilement compatibles avec la culture de la vigne AOC au pied de la carrière » explique Christine Freslard, qui note que les difficultés de cohabitation viennent d’une croissance sans fin ni frein des tonnages extraits. « Nous sommes conscients qu’il y a un besoin de roches calcaires. Nous ne demandons pas un arrêt immédiat de l’activité, mais une exploitation plus raisonnable » plaide Christine Freslard.

Les appellations rhodaniennes ont déjà attaqué les activités des carrières en justice par passé. La dernière action remonterait à 2011, avec la contestation infructueuse d’un arrêté préfectoral d’extension d’activité bénéficiant aux deux autres carrières du massif (Lafarge et SCV). Le contexte a évolué depuis analyse Christine Freslard : « à l’époque, les textes et procédures étaient différents. Nous n’avions pas d’autre choix que de demander un arrêt total de l’activité. Aujourd’hui nous demandons plus de mesure. »


 

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