LE FIL

Vignoble du Gard

Des castors font tomber un arbre sur des vignes

Lundi 17 mai 2021 par Alexandre Abellan

Emportant le palissage de trois rangs et cassant une trentaine de pieds de vigne, la chute de ce peuplier est le dernier dégât dû à des castors sur le vignoble de Souvignargue.
Emportant le palissage de trois rangs et cassant une trentaine de pieds de vigne, la chute de ce peuplier est le dernier dégât dû à des castors sur le vignoble de Souvignargue. - crédit photo : Philippe Nouvel
Un vigneron de Souvignargues doit lutter pied à pied contre les ravages de rongeurs s’attaquant aux ceps en bordure d'une rivière s'asséchant de plus en plus précocément.

« Ça commence à faire du dégât » soupire le vigneron Philippe Nouvel, à la tête du domaine Guyot (15 hectares en production à Souvignargues, dans le Gard). Ce dimanche 8 mai, un peuplier de vingt mètres de hauteur et d’un mètre de diamètre est tombé de tout son long sur l’une de ses parcelles de vignes. Bilan des dégâts : trois rangs de vigne à repalisser et une trentaine de ceps à replanter ou reformer. Les dernières pluies du printemps ont fini de fragiliser l’arbre qui avait été attaqué et grignoté depuis des mois par des castors nichant dans l’Aigalade, le ruisseau bordant la commune de Souvignargues.

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« Cela fait une trentaine d’années qu’il y a des castors dans l’Aigalade. Mais depuis six ans, la rivière ne coule plus toute l’année et s’assèche l’été. Quand l’eau diminue, l’instinct des castors est de couper du bois et d’amasser du branchage pour faire barrage et garder l’eau » explique Philippe Nouvel. Venant de finir le découpage du peuplier qui est tombé sur ses vignes, le vigneron prépare le palissage des rangées écrasées ce printemps avant de replanter en 2022 les pieds cassés. Mais ne sont pas les premiers dégâts qu’il doit réparer à la suite des ravages de castor, loin de là

50 à 100 pieds perdus/an

Ses 6 hectares de plantier en bordure du ruisseau ont déjà connu de nombreuses attaques de castors, à la recherche de bois. « Ils coupent le bois au niveau de la greffe, mais comme nos vignes sont palissées, le cep reste maintenu au fil. Les castors passent au pied suivant et remontent ainsi une vingtaine de pieds sur le rang avant de passer à une autre rangée (ils ne s’aventurent pas loin dans la parcelle) » rapporte Philippe Nouvel. Ces dernières années, le vigneron a perdu 50 à 100 pieds par an depuis 2015.

Pour en finir avec ces dégâts répétés, le viticulteur a contacté sans succès des organismes de protection de la faune (« il n’y a pas de solution, on ne peut pas les piéger et les relocaliser »). Au final, il s’est résolu à mettre en place dès juin une clôture électrique, de 10 000 volts, qu’il déployait précédemment à partir de mi-août pour lutter contre les dégâts de sangliers (venant manger ses raisins). En place depuis le millésime 2019, ce système lui évite des dégâts directs de castors (mis à part cette chute d’arbre). « Ça rajoute du travail, avec 1,5 km de clôture sur 6 ha, c’est 2 jours de préparation du terrain et une demi-journée de nettoyage chaque semaine pour tondre l’herbe (si une plante touche un fils, il y a un point de masse et la clôture n’a plus d’effet) » témoigne Philippe Nouvel, qui a investi 250 €/ha de clôture (plus 100 € de changement de batterie tous les deux ans).

"Prévoir soit un fonds d'indemnisation soit le financement de toutes protections "

Les castors ne s’attaquant qu’aux jeunes vignes, Philippe Nouvel semble être le seul vigneron concerné par ces ravages de castors sur la commune de Souvignargues (où il est un adjoint de la maire, Catherine Lecerf). « Il serait intéressant d’avoir un fonds d’aide si d’autres producteurs sont concernés. Il y a un coût de replantation et des enjeux de remise en production » souligne le producteur. Cet appel a été entendu par le sénateur Laurent Burgoa (pour Les Républicains dans le Gard), qui a posé fin avril une question au ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, qui prévient que « l'espèce étant protégée, cette dernière va ainsi prospérer durant les prochaines années et aucun piège ne peut être utilisé pour déplacer cette espèce. Cette problématique n'est donc pas marginale. [Il faut prendre] dès à présent la mesure de la situation et prévoir soit un fonds d'indemnisation soit le financement de toutes protections permettant une cohabitation harmonieuse. » La question sénatoriale n’a pas eu de réponse à date.

Un aperçu du tronc rongé par les castors.

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