LE FIL

Produire du vin ne doit plus tuer

Vendredi 07 mai 2021 par Alexandre Abellan

Drame individuel et multifactoriel, chaque suicide reste une question sans réponse. Jusque-là cachée par la pudeur des familles et l’intimité des proches, cette tragédie de l’agriculture française frappe désormais visiblement le vignoble. En une semaine, trois personnalités du vignoble ont mis fin à leurs jours (à Aniane, Puget-Ville et Arbois). Si aucune généralité ne peut en être tirée, ce ne sont hélas pas de premiers cas isolés. On peut y voir le symptôme d’une fragilité exacerbée par un trop-plein de calamités.

Les crises se succèdent, se cumulent, pèsent sur le pouvoir de résilience et peuvent saborder le vouloir d’existence. Aux difficultés commerciales démultipliées (taxes américaines, fermetures des restaurants, annulations des salons…) s’ajoutent un gel historique (aux conséquences réelles mal appréhendées par le gouvernement français et la Commission Européenne) et des épreuves individuelles (qui n’appartiennent qu’à l’intimité). Les dernières digues éclatent. Et le mot tabou de suicide est prononcé par de plus en plus de lèvres dans la filière vin.

Craint depuis des mois par les représentants de la filière et ses assistants sociaux, ce signe de désespoir n’est pas une fatalité. S’il n’existe pas de solution miracle, les opérateurs se trouvant acculé dans une impasse peuvent se rapprocher de conseillers psychologiques, juridiques et syndicaux. Alors que la honte de l’échec contraint les vignerons et négociants au silence solitaire, les exceptionnelles conditions actuelles doivent briser cette spirale mortifère. Chaque suicide est un drame pour la filière vin, qui doit affronter cette question pour y apporter une réponse.

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VOS RÉACTIONS
stratos Le 09 mai 2021 à 10:05:54
Etre vigneron c'est un sacerdoce mais il faut hélas aussi vivre c'est un métier complet exigeant, du travail de la vigne par toute température aux chaix ou de Juillet à Octobre de la préparation des chaix au suivi des cuvées avec des journées de 15 heures ou plus pendant cette période suivie par la démarche de prospection pour commercialiser son vin. Le tout complété par des trésoreries tendues. La succession de quelques problèmes sur ce parcours qu'il soient climatiques, œnologiques, commerciaux....Ont raison de tout volontarisme quand ensuite il faut pouvoir expliquer à son épouse et ses enfants ce choix....qui est inexplicable ne vous donne pas beaucoup de choix. Bon courage
Pierre Le 08 mai 2021 à 19:48:52
Des viticulteurs se suicident , peu de vos lecteurs réagissent ,beaucoup acceptent les difficultés KO debout sans perspectives avec les angoisses du survivre demain , le vigneron meurt en silence pour ne pas écorner le fabuleux mythe du vin, la vérité pour les nombreux petits producteurs vinificateurs ou coopérateurs qui voient baisser leurs répartitions , et bien éloigné des images des investissements encore réalisés par les grands domaines, la reprise devrait venir ....la formule d'une reprise en forme de K ... Une partie des entreprises repartent vers hauts une autre partie sombre .... il faudra accompagner ce désastre , subventions aux arrachages,droits a la retraite anticipée pour certains exploitants, revalorisation du montant des retraites, nous sommes la sidérurgie des années 80 , sans usine à défendre , sans bannière à brandir sans communauté forte et rassemblée ...Hélas
J.Henry DAVENCE Le 08 mai 2021 à 09:33:32
Ce n'est pas produire du vin vin qui tue, ni la honte (quel vilain mot inapproprié pour de telles circonstances!!!) mais les difficultés économiques et toutes les pressions (administratives, commerciales, médiatiques,..etc), la solitude du décideur qui s'exercent sur les différents métiers du vigneron, producteur, vinificateur, commercial, gestionnaire, employeur le tout soumis aux aléas de la nature.. Alors oui ces trois disparitions viennent s'ajouter à une longue liste de vignerons anonymes ayant eux aussi choisi de disparaître brutalement en se suicidant. La résilience atteint sans doute ses limites dans le monde viticole actuel où l'individualisme crasse supplante l'émulation collective et l'entraide humaine qui animaient les vignerons jusqu'à la fin du siècle dernier. Des pensées émues pour toutes les familles et leurs proches et merci pour les vins qu'ils ont produit pour notre plaisir .
POUIZIN François Le 08 mai 2021 à 06:17:05
Félicitations pour votre éditorial. Sincères condoléances aux familles. Il faut mettre en place un accompagnement psychologique, intrusif peut être, parce que c’est souvent les meilleurs et les plus courageux, ceux qui ont pris le plus de risques, que nous allons perdre. Leurs familles vont souffrir terriblement mais ce sera aussi une grande perte pour la viticulture.
Valerie murat Le 07 mai 2021 à 17:29:28
En revanche, quand il s agit des ouvrier.e.s viticoles et des riverain.e.s dont dzs enfants exposees et empoisonné.e.s par les pesticides de synthese pulverisees sur des vignes cultivées chimiquement, ça ne fait ni la une, ni l édito de la vigne et aucun crédit n est jamais débloqué par le ministère
Stéphanie Mougneau Le 07 mai 2021 à 13:52:29
Bonjour, Que de drames dans cette belle et noble profession de viticulteur. VIGNERONS, grâce à vos productions vous nous donnez de la joie, du réconfort. L'ivresse parfois. Rien ni personne ne mérite que l'on s'ôte la vie. Quel triste constat. Mes pensées vont vers leurs familles respectives. Paix à leurs âmes. Tristement mais chaleureusement. Stéphanie Mougneau
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