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Tendance de marché
Les vins d'Italie et d'Espagne misent fortement sur le bio

Convaincues du potentiel important des vins biologiques sur les grands marchés export, les filières espagnole et italienne s'organisent pour tirer profit de la « vague verte », indéniablement favorisée par la crise sanitaire.
Par Sharon Nagel Le 10 mai 2021
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Les vins d'Italie et d'Espagne misent fortement sur le bio
Dans la région de Castilla La Mancha, la superficie conduite en bio est passée de 1 500 ha en 2001 à plus de 61 000 ha en 2019, soit la moitié des surfaces nationales - crédit photo : DO La Mancha
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Les Marches se positionnent comme le porte-drapeau du bio italien

D’après une enquête récente réalisée par Vinitaly-Nomisma Wine Monitor auprès des entreprises italiennes, les vins biologiques et autres cuvées issues du développement durable formeront le fer de lance de l’augmentation de la consommation de vin aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, au Japon et en Australie, dépassant de loin les produits actuellement en vogue comme les rosés ou les vins faiblement alcoolisés. Leur ressenti est corroboré par l’analyste britannique IWSR, qui affirme que les vins bios devraient capter 4 % du marché mondial d’ici 2024, contre 2,75 % actuellement. L’Italie représente un quart des vignobles biologiques dans le monde, en hausse de plus de 100 % au cours de la dernière décennie, mais certains représentants de la filière réclament une plus grande structuration afin de suivre leur évolution et de tracer leur avenir.

Début avril, la région des Marches, au centre-est du pays, a signé un pacte pour créer un « district unique biologique » voué à devenir « le plus grand espace européen attentif au développement de pratiques durables et à la santé des consommateurs ». A cette occasion, le conseiller régional à l’Agriculture Mirco Carloni a appelé de ses vœux la création d’une base de données nationale sur la production et la commercialisation de vins biologiques, estimant qu’il s’agit d’un « choix stratégique pour faire croître une pratique à haute valeur ajoutée ». Cette demande sera transmise au ministre italien de l’Agriculture et vient en soutien à celle d’Alberto Mazzoni, représentant des consortiums au Comité vin auprès du ministère. « À ce jour, les consortiums italiens ne sont pas en mesure de suivre la tendance d'un modèle de production de plus en plus stratégique, ni de soutenir son évolution par des scores plus élevés dans les appels à proposition européens, nationaux et régionaux », a-t-il déploré. Selon les chiffres ministériels, l’Italie compte 107 000 hectares de vignes biologiques, la région des Marches se positionnant au troisième rang derrière la Calabre et Basilicate. Mais le bio y est peu valorisé : sur 100 producteurs de raisins biologiques, seule une dizaine commercialise des vins bios.

 

160 000 ha en Espagne d’ici 2023

De son côté, l’Espagne dispose de données détaillées sur l’évolution de son vignoble et elles sont éloquentes. Entre 2001 et 2019, la superficie nationale du vignoble biologique a fait un bond de près de 1 000 %, pourcentage qui dépasse 4 000 pour la région de Castille-la Manche. Celle-ci a devancé d’autres régions espagnoles comme Murcie ou l’Estrémadure pour se hisser au premier rang avec 61 260 ha de vignes biologiques en 2019 sur un total national de 121 230 ha. Et l’avancée du vignoble bio en Espagne n’est pas près de s’arrêter : selon l’analyste britannique The IWSR, 160 000 ha seront conduits en bio d’ici 2023. Cela, sachant que les Espagnols eux-mêmes en boivent très peu : ainsi, 91 % des vins biologiques espagnols sont destinés à l’export.

Globalement, la physionomie du vignoble espagnol a beaucoup évolué ces dernières années. En 20 ans, l’Espagne a perdu près de 180 000 hectares de vignes pour passer sous la barre du million d’hectares (944 478 ha au 31 juillet 2020, pour un potentiel de production de 989 279 ha), d’après les données que vient de publier le ministère de l’Agriculture. Durant cette période, la filière s’est professionnalisée – à travers l’augmentation des surfaces moyennes entre autres – et l’encépagement a été réorienté pour mieux coller à la demande internationale. Ainsi, l’airen, qui totalise encore 205 000 ha, soit 22 % du vignoble national, a vu ses surfaces diminuer de 134 000 ha depuis l’an 2000. Les cépages rouges bobal, garnacha tinta et monastrell ont également perdu une trentaine de milliers d’hectares chacun, tandis que le tempranillo a gagné 84 000 ha. Des cépages comme la syrah (+17 000 ha), le verdejo (+20 000 ha), le cabernet-sauvignon (+13 000 ha) et le merlot (+8 000 ha) ont également gagné du terrain. Reste à savoir si cette orientation posera problème à l’avenir dans un contexte de réchauffement climatique, mais pour l’heure, elle témoigne d’une volonté de la filière espagnole de répondre au plus près de la demande internationale, tout comme ses ambitions en matière de vins bios.

 

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