LE FIL

Taille tardive, nébulisation…

La Bourgogne multiplie les essais contre le gel

Lundi 26 avril 2021 par Clément L'Hôte

De nombreux capteurs ont été installés à hauteur de bourgeons sur une parcelle du domaine Naudin-Ferrand afin d’évaluer la variabilité spatio-temporelle des températures.
De nombreux capteurs ont été installés à hauteur de bourgeons sur une parcelle du domaine Naudin-Ferrand afin d’évaluer la variabilité spatio-temporelle des températures. - crédit photo : Clément L'Hôte
De nombreuses expérimentations menées cette année par les chambres d’agriculture, le BIVB et ou l’université de Bourgogne doivent fournir des données objectives aux viticulteurs pour les prochaines années.

Faut-il privilégier certains moyens de lutte face au gel ? Leur efficacité est-elle la même selon les parcelles ?

En Bourgogne, de nouvelles réponses pourraient arriver d’ici peu, apportées par une “cellule” de lutte contre le gel, mise en place par la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB) et les chambres d’agriculture de la région.

"50 parcelles suivies"

Avec le soutien financier de la Région Bourgogne Franche-Comté, le groupe coordonne plusieurs études de terrain. « On va aller voir une cinquantaine de parcelles, sujettes à différentes techniques de lutte ou non, et déterminer si on a des écarts significatifs en termes de dégâts, d’un point de vue statistique », développe Benjamin Bois, maître de conférences à l’Université de Bourgogne.

Dans les Hautes-Côtes, l’une de ses doctorantes évalue ainsi la structuration spatiale du gel sur le microclimat d’une parcelle test de 2 ha, ainsi que la taille tardive [lire encadré].

Comparaison des techniques antigel

En parallèle, l’université et le BIVB effectuent différents tests de brûlage de paille, dans des parcelles en Côte-d’Or et dans l’Yonne. « C’est la première évaluation à ma connaissance », estime Benjamin Bois.

Entamée en 2020, l’étude doit permettre de déterminer si le voile de fumée produit permet de réellement de limiter l’influence du soleil matinal, et donc un dégel trop rapide. « On mesure les températures avec des capteurs au niveau des bourgeons », précise le chercheur.

De son côté, la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire a mis à l’essai le thermonébulisateur viti-protect, qui produit de la vapeur d’eau pour combattre le gel, de même que les tours anti-gel ainsi que les extracteurs d’air.

Dans une autre étude, c’est l’impact de l’entretien des sols qui est évalué. Dans l’Yonne, des capteurs ont été installés sur une même parcelle afin d’évaluer l’efficacité de deux modalités que sont les bougies et les fils chauffants, face à un témoin non protégé. Dans le même département, trois parcelles faisant l’objet de tailles tardives sont suivies.

"Résultats dans un mois"

Très attendus par les viticulteurs comme par les pouvoirs publics, les premiers résultats pourraient arriver d’ici un mois. “Pour avoir des données chiffrées, il faut pouvoir compter les inflorescences, afin d’évaluer les dégâts sur bourgeons primaires et sur bourgeons secondaires”, prévient Benjamin Bois. Des données d’autant plus pertinentes qu’elles seront coordonnées et obtenues à la suite d’un épisode de gel majeur.

« La taille tardive pourrait être une alternative moins coûteuse »

L’université de Bourgogne mène un double essai sur une parcelle du domaine Naudin-Ferrand, à Magny-les-Villers. De nombreux capteurs ont été installés à hauteur de bourgeons afin d’évaluer la variabilité spatio-temporelle des températures sur une même parcelle. « L’altitude ne varie que de 10 mètres entre le haut et le bas de la parcelle, et les différences de températures peuvent atteindre jusqu’à 6 degrés », révèle Catinca Gavrilescu, doctorante à l’Université de Bourgogne et responsable de l’essai.

Idéalement, ses travaux pourraient aider à la mise au point d’une méthode d’évaluation des secteurs sensibles à l’échelle d’une appellation.

En parallèle, un essai sur la taille tardive a été mis en place sur la parcelle. Une méthode déjà pratiquée, dans le Chablisien notamment, et que la doctorante cherche ici à évaluer. « Il y a trois modalités : taille fin février, taille fin mars et taille fin avril. Dans ce dernier cas, une prétaille est effectuée, mais on ne touche pas aux bois sélectionnés, qu’on laisse entiers avec les entrecoeurs. Et sans plier. On espère qu’avec le phénomène d’acrotonie, certains bourgeons moins développés échappent aux dégâts. La taille tardive pourrait être une alternative moins coûteuse que certains outils. »

Mais Catinca Gavrilescu prévient, « il faut éviter une taille trop tardive, qui pourrait entraîner des pertes de récolte majeures. »

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé