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L'heure des comptes

30 à 60% de pertes de récolte liées au gel dans la Vallée du Rhône et les vignobles du Sud

Mardi 20 avril 2021 par Marion Bazireau

La vague de froid n'a épargné presque personne.
La vague de froid n'a épargné presque personne. - crédit photo : DR
Aucune zone viticole n’a été épargnée par les épisodes de gel. Dans l’Hérault ou dans le Gard, les dégâts sont estimés à 35%, avec des pics à 70% à Saint-Chinian ou au Pic-Saint-Loup. La Provence, l’Aude, les Pyrénées Orientales et la Corse peuvent également s’attendre à une petite récolte.

« Des vignerons que j’ai toujours vus optimistes et à la tête de domaines qui se portent bien se demandent s’ils doivent continuer. Ils sont découragés, s’inquiète Jacques Rousseau, responsable des services viticoles à l’Institut Coopératif du Vin. D’autres sont fatalistes, habitués aux coups du sort ».

Comme presque partout en France, les cœurs ne sont pas à la fête du nord de la Vallée du Rhône aux Pyrénées Orientales.

60% de la production perdue vers Cairanne ou Gigondas

En attendant de voir comment la vigne va repartir dans les semaines à venir à venir, l’ICV indique qu’entre 30 et 35% des bourgeons ont grillé en Ardèche. Dans le nord de la Vallée du Rhône, plus de 60% de la production est perdue à Condrieu, ou en Côte-Rôtie. Même chose plus au sud vers Cairanne ou Gigondas.

Au domaine de la Présidente, à Sainte-Cécile-les-Vignes, Simon Gauthier a fait le tour des 137 hectares de vigne. « C’est le viognier qui a le plus souffert. Heureusement, il ne constitue pas une grosse proportion de notre encépagement. Les grenaches s’en sortent moyennement, contrairement à la syrah qui a plutôt bien tenue ».

"Nous avons pris peur"

Au global, le responsable technique estime pour l’heure que 30% des bourgeons sont détruits. « Nous avons pris peur quand nous avons commencé à faire le tour des parcelles, car ce sont celles qui jouxtent l'exploitation qui sont plus impactées. Heureusement nous avons ensuite eu de bonnes surprises en allant notamment vers Châteauneuf et dans les vignes en coteaux ».

Le domaine de la Présidente débourse 35 000€ par an pour assurer ses vignes de la grêle, rien contre le gel. « Nous avons parié sur le mauvais cheval, regrette Simon Gauthier, qui tient à rassurer ses clients. Nos stocks de 2019 et 2020 et la part que nous vendons habituellement en vrac vont nous permettre de fournir tout le monde ».

« Sur la rive droite du Gard, nous sommes entre 30 et 60% de pertes » reprend Jacques Rousseau. Sur la rive gauche et dans les vignobles de Tavel, Lirac ou Tain, elles seraient a priori de 30%.

Dégâts supérieurs à 2019 en Provence

En Provence, Jacques Rousseau pense que les dégâts seront légèrement supérieurs à ceux de 2019. « Pour l’instant les vignerons ne s’affolent pas trop mais nous devons rester prudents. Nous ne savons pas comment les bourgeons qui étaient en train de débourrer ont vécu les -6 voire -7°C, comme au Luc. »

De la Camargue aux Cévennes, tout le Gard est touché. 60% des bourgeons auraient grillé dans le nord des Costières-de-Nîmes. « A l’échelle du département, on est plutôt entre 30 et 35% » poursuit le responsable des services viticoles.

Jacques Rousseau a fait le même constat que les techniciens de la Chambre d’agriculture de l'Hérault, avec une très grande majorité des parcelles sinistrées, à des degrés variés.

« A Florensac, j’ai vu beaucoup de parcelles avec 40 à 60% des bourgeons marrons. Dans le biterrois certaines sont rasées à 100%, notamment dans les cuvettes et les points bas, alors que dans les coteaux l’air a mieux circulé. La Vallée de l’Orb a également beaucoup souffert ». 60 à 80% des parcelles sont touchées à Saint-Chinian. Dans le Pic-Saint-Loup, la cave de Saint-Mathieu-de-Tréviers aurait perdu 70% de sa future récolte.

"Très inquiet pour le chardonnay"

L’Aude a été victime des deux épisodes de froid. 35 à 40% des bourgeons y seraient détruits. Concernant les Pyrénées-Orientales, les dégâts sont très variables. « La Vallée de l’Agly est extrêmement affectée ».

En Corse, les vignobles de Figari, Sartène et Ajaccio ont également subi des dommages.

A l'échelle de la grande région, Jacques Rousseau est très inquiet pour la future récolte de chardonnay, viognier, colombard, et du cabernet-sauvignon dans les zones précoces. « Et le chardonnay, sur lequel on voyait souvent les premières inflorescences, et fait très peu de bourgeons secondaires » rappelle-t-il, contrairement aux grenache, merlot ou cinsault, qui produisent davantage de contre-bourgeons.

Cerise sur le gâteau, Jacques Rousseau alerte sur l’état des réserves en eau. « On espère de la pluie. Le mildiou au moins, on sait le gérer ».

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