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Episode de froid
L'Europe viticole touchée gravement par le gel

La vague de froid qui a envahi la France la semaine dernière s'est répandue sur une grande partie de l'Europe, de l'Allemagne à l'Espagne en passant par le Luxembourg, la Slovénie et l'Italie. Au-delà de la désolation immédiate, elle pose de nouveau la question de la protection du secteur vitivinicole contre les aléas du changement climatique.
Par Sharon Nagel Le 13 avril 2021
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L'Europe viticole touchée gravement par le gel
Les nappes de fumée ont enveloppé une partie de la colline de Montalcino en Toscane, où les vignerons ont dû faire face à des températures glaciales comme dans beaucoup de régions européennes - crédit photo : Consortium Brunello di Montalcino
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omme en France, des vignerons à travers l’Europe sont en train d’évaluer les conséquences des températures arctiques qui ont balayé bon nombre de régions viticoles la semaine dernière. Si l’heure est encore au bilan, plusieurs vignobles annoncent d’ores et déjà des pertes importantes. En Espagne, d’après le système d’assurance récolte Agroseguro, des milliers d’hectares de vignes mais aussi d’autres cultures seraient concernés en Estrémadure et en Catalogne, pour ne citer qu’elles. De l’autre côté des Alpes, ce sont plusieurs grandes régions italiennes qui annoncent d’importants dégâts. Ainsi, dans le Centre-Nord (Toscane, Emilie-Romagne, Piedmont, Vénétie), où les températures sont descendues jusqu’à -7°C, de nombreux vignobles seraient très touchés. « Nous sommes passés de températures au-dessus de 20-25°C (la première anomalie) ces derniers jours à des gelées la nuit dernière (la deuxième anomalie) » expliquait le président de l’organisme agricole Cia en Vénétie, Gianmichele Passarini. « Dans notre région, ce sont les zones de contreforts, de collines et le secteur de Trévise qui ont été les plus touchés… Malheureusement, on prévoit encore quelques nuits avec des températures froides : dans les collines, notamment dans les vignobles dédiés au Prosecco, les vignes étaient en pleine croissance avec un débourrement vigoureux et ils risquent de s’affaisser… Il faudra quelques jours pour savoir si les dégâts sont irréversibles. Ce serait sans aucun doute une situation dramatique sachant que cette année nous misons sur la reprise des exportations pour surmonter les difficultés subies par la filière durant la pandémie ».

L’AREV demande un budget dédié

Plus au Sud, dans la région d’Ombrie, ce sont les cépages précoces et notamment le sangiovese et le grechetto qui ont été les plus touchés. Là aussi, sous l’effet des températures qui ont grimpé jusqu’à 27°C, la vigne était en plein débourrement. Il faut remonter jusqu’au début des années 2000 pour constater de telles conditions météorologiques extrêmes, notent les responsables agricoles locaux. Enfin, même dans les zones côtières et proches des côtes, comme celles de la Toscane, le mercure est descendu jusqu’à -9%. Dans le célèbre vignoble de Montalcino, beaucoup de vignerons ont brûlé des ballots de paille pour tenter de protéger leurs vignes. Le président du consortium de Brunello de Montalcino, Fabrizio Bindocci, reste optimiste, évoquant des dégâts limités : « Une bonne partie des bourgeons sont encore en dormance et pour les autres, nous comptons sur une deuxième pousse ». Il n’empêche que cet épisode de forte montée des températures suivie de gelées pointe une nouvelle fois la vulnérabilité de la filière face au changement climatique. Outre les demandes nationales de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, au niveau européen l’AREV est montée au créneau pour réclamer la mise en place de « systèmes beaucoup plus efficaces pour protéger les viticulteurs contre les risques climatiques de plus en plus importants et dévastateurs qui touchent toutes les régions viticoles européennes ». Insistant sur l’insuffisance des budgets actuels, l’Assemblée estime que « le plan de relance, ainsi que la future politique agricole et les orientations du Green Deal européen, doivent favoriser une réelle durabilité de la viticulture ». Elle réclame un budget dédié pour soutenir, entre autres, les actions en faveur de la viticulture de précision et de la lutte contre le gel (dont les éoliennes), des instruments de couverture d’assurance contre les risques climatiques et le développement de fonds de mutualisation pour la stabilisation des revenus des viticulteurs et d'une réserve européenne efficace pour la gestion des crises.

 

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