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Episode gélif

Le gel réduit la récolte des vignobles de moitié en Languedoc-Roussillon

Lundi 12 avril 2021 par Michèle Trévoux

Jérôme Despey, président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault : 'Nous avons demandé à tous de se mobiliser pour mettre en place des mesures d’urgence pour accompagner les agriculteurs sinistrés '.
Jérôme Despey, président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault : 'Nous avons demandé à tous de se mobiliser pour mettre en place des mesures d’urgence pour accompagner les agriculteurs sinistrés '. - crédit photo : Michèle Trévoux
La gelée dans la nuit du 7 au 8 avril a été d’une ampleur inédite en Languedoc-Roussillon où la récolte 2021 pourrait être réduite de moitié. Confrontés à la détresse des sinistrés, les responsables professionnels réclament des mesures d’urgence.

« C’est une gelée qui restera dans les annales ». Ce vendredi 9 avril, à l’issue d’une réunion de crise en présence du préfet de l’Hérault, des parlementaires, de l’association des maires et des responsables professionnels, Jérôme Despey, président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault a présenté une première estimation de l’impact du gel sur le vignoble héraultais. « Cet épisode de gel est exceptionnel par son ampleur. 100 % du vignoble de notre département est impacté. Quelques zones à l’est du département et dans le Minervois sont moins touchées avec des dégâts inférieurs à 50 %, mais sur la plus grande partie des surfaces, les pertes sont au-delà de 50% et atteignent plus de 80 % dans certaines communes. C’est un désastre. La température est tombée jusqu’à -8°C dans certains secteurs. Mêmes dans des vignes au stade bourgeons dans le coton, on constate des dégâts ».

5 millions d’hl partis en fumée en une nuit

Président de la Coopération Agricole, Boris Calmette n’est pas plus optimiste : il annonce une récolte 2021 réduite de moitié en Languedoc-Roussillon : « Ce sont 5 millions d’hl et 500 M€ de chiffre d’affaires qui sont partis en fumée en une nuit. Ce manque à gagner va avoir d’énormes répercussions sur les exploitations mais également sur les structures coopératives, dont les coûts de vinification vont être multipliés par deux. Les jeunes viticulteurs les plus dynamiques, qui se sont endettés, sont les plus vulnérables. Il faut trouver des moyens pour les aider », a-t-il plaidé. La présidente de la FDSEA a souligné la détresse des agriculteurs suite à ce gel : « Nous avons été submergés d’appels. Certains étaient en pleurs, d’autres dégoûtés… Leur moral a chuté aussi bas que les températures ».

Des mesures d’urgence

La chambre d’Agriculture a immédiatement mis en place une cellule de crise avec un numéro d’appel pour accompagner les agriculteurs en difficulté. Elle a également envoyé un questionnaire par mail à ses 5000 ressortissants pour recenser l’ensemble des dégâts. Par ailleurs une réunion de crise a eu lieu le vendredi 9 avril au matin en présence du préfet de l’Hérault, des parlementaires, de l’Association des Maires et des responsables professionnels. « Nous avons demandé à tous de se mobiliser pour mettre en place des mesures d’urgence pour accompagner les agriculteurs sinistrés », précise Jérôme Despey. Exonération de la taxe sur le foncier non bâti, prise en charge des cotisations sociales, année bancaire blanche avec le report de toutes les annuités … sont les mesures qui ont été évoquées. Jérôme Despey réclame également une mobilisation du PGE et un prolongement au-delà du 30 juin.

Exit la distillation de crise

Autre source d’inquiétude pour les responsables professionnels, les risques de pertes de part de marché notamment sur les marchés export, du fait de cette probable contraction du volume de production. « J’en appelle à la responsabilité de tous. Il faut engager une concertation au sein des interprofessions pour éviter qu’une flambée des cours nous fasse sortir du marché », soutient Jérôme Despey. La veille de la gelée, le président du conseil spécialisé vin de France Agrimer négociait une distillation de crise. La brusque chute des températures a radicalement changé la donne.

De gros dégâts sur les AOC du Languedoc

Le CIVL annonce de gros dégâts sur les AOC su Languedoc. En Terrasses du Larzac, on parle d'une perte de 80 % des volumes ; En Grès de Montpellier, elle serait de 30 à 90 %. En AOC Picpoul de Pinet, dans l'Hérault, 15 à 90 % des vignes sont touchées : la proximité de l'étang de Thau n'a pas protégé la vigne.

En Pic Saint-Loup, les températures ont atteint -7° C à - 8° C et on table pour l'instant sur 50 % de pertes, avec une situation hétérogène dans l'appellation. Dans l'appellation Saint-Chinian, le gel a grillé environ 50 % des vignes. Même chose pour l'AOC Faugères. Quant à l'AOP Languedoc-Pézénas, elle est touchée à hauteur de 20 à 90 %. Dans tous les cas, les vignes de plaine ont été plus touchées que celles des coteaux. 

L'Ouest du Languedoc semble relativement épargné. A la Clape, l'effet tempérant de la mer a protégé l'appellation. Mais les dégâts sont hétérogènes : si le cru La Livinière a été moins touché, ce n'est toutefois pas le cas du cru Boutenac en Corbières. L'ensemble de l'AOP a souffert, avec 65 à 70 % des parcelles impactéesLe littoral a été moins touché, de l'ordre de 30 à 40 %. Quant aux appellations de l'Ouest audois, elles ont, aussi, été relativement épargnées avec un impact sur 15 à 20 % des surfaces, à l'exception de Malepère, près de Limoux, la plus gelée. 

La perte de récolte en IGP est estimée entre 60 et 90 % dans l'Hérault, des deux tiers dans l'Aude et entre 60 et 70 % en Cévennes gardoises.

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