LE FIL

Jean-Marie Fabre

"Plus la récolte 2021 se rapproche, plus la pression monte" pour de nouvelles aides

Jeudi 01 avril 2021 par Alexandre Abellan

Pour garder le moral en ce printemps de toutes les incertitudes, Jean-Marie Fabre se projette dans les combats à mener pour que la filière vin traverse les difficultés qui s’annoncent.
Pour garder le moral en ce printemps de toutes les incertitudes, Jean-Marie Fabre se projette dans les combats à mener pour que la filière vin traverse les difficultés qui s’annoncent. - crédit photo : Luc Jennepin (Vignerons Indépendants de France)
Le président des Vignerons Indépendants de France fait le point sur les impacts prévus et aides attendues dans le vignoble après les annonces présidentielles du 31 mars de nouvelles restrictions sanitaires pour les prochaines semaines.

Dans le discours du président de la République, Emmanuel Macron, retenez-vous les annonces d’une forme de rerereconfinement et de fermeture des écoles, ou les perspectives de réouverture de la restauration mi-mai et d’accélération de la campagne vaccinale ?

Jean-Marie Fabre : Je retiens les deux ! Dans les informations majeures communiquées hier soir, la première est capitale : on se dirige vers six à huit semaines de restrictions d’après les pistes de sortie évoquées entre mi-mai et début juin. Ces restrictions arrivent alors qu’approchent les vacances de Pâques. Comme l’année dernière, la fréquentation va être très réduite dans nos caveaux de vente [directe] sur le mois d’avril et le début mai.

Même si je salue la perspective de réouverture et de vaccination, cela augure au moins d’un semestre où nos réseaux de distribution sont fermés, la perspective étant juillet/août pour les terrasses et les restaurants et septembre pour le retour à une vie plus normale de salons et de déplacements. Au moins jusqu’au moins de juillet, le vignoble va vivre avec les contraintes de fermeture de ses réseaux de distribution. J’ai compris que les aides aux secteurs fermés administrativement vont se maintenir, il doit en être de même pour les secteurs connexes qui en dépendent fortement, comme la filière vin. Pour les vignerons indépendants, 62 % de nos réseaux sont fermés.

 

L’exécutif annonce le maintien des aides économiques actuelles, mais vous indiquiez qu’elles n’étaient déjà pas suffisantes auparavant. Quelles sont vos demandes pour l’accès aux fonds de solidarité, les exonérations de charges et les Prêts Garantis par l’État (PGE) ?

Pour le fond de solidarité, il va falloir maintenir le secteur [vin] dans la liste S1 et ne pas le modifier avant juillet et la réouverture totale du réseau CHR. Les pertes de chiffres d’affaires s’annoncent à plus de 50 %... Concernant les exonérations de charges, nous sommes pour l’instant sur l’application en 2021 des dispositifs votés en 2020. Selon les besoins, il faudra déterminer s’il est nécessaire de prolonger l’outil d’un an.

Aujourd’hui, plus de 70 % des vignerons indépendants ont souscrit un PGE. Alors que les banques leurs demandent de s’engager sur leur remboursement (report ou non d’un an, étalement ou non sur cinq ans…), nous portons l’allongement de l’amortissement (et demandons la rétroactivité pour les entreprises s’étant prédéterminées et le souhaitant). Nous voyons poindre les prêts participatifs, un outil aujourd’hui très peu adapté à la typologie des vignerons indépendants (par l’augmentation du besoin en fonds propres de l’entreprise qui tiennent de l’actionnariat et le plafond de 2 millions € de chiffre d’affaires).

Pour les PGE, nous rentrons dans une phase où l’Europe n’a plus le choix que de réétudier leurs conditions d’amortissement.

 

Le déblocage d’aides européennes semble être la priorité de la filière vin depuis ce début d’année.

Nous sollicitons un vrai plan d’accompagnement européen. Dans de nombreux bassins viticoles (Aquitaine, Val de Loire, Occitanie, Sud-Est…) les inquiétudes se recoupent. Plus la vendange 2021 se rapproche, plus la pression monte. Nous avons des outils, il faut les financer. Le Programme National d’Aides ne va pas le permettre cette année, l’enveloppe allant être consommée (notamment pour les projets d’aides à l’investissement). Un budget européen doit être dédié au secteur viticole.

La Commission Européenne doit entendre que le secteur viticole est impacté directement par la dégradation de l’économie en général. Ni l’Espagne, ni l’Italie, ni les autres pays producteurs ne le démentiront. Il est nécessaire que l’Union Européenne ne passe pas à côté de son obligation en rejetant notre demande d’accès aux marges sous plafond. L’an passé on nous avait répondu qu’ils avaient été consommés et ils avaient finalement été utilisés pour une politique européenne. Que l’on ne nous fasse pas le même coup !

 

L’urgence se situe donc à Bruxelles ?

Dans les semaines qui viennent, la filière étudie les aides [de gestion du marché] à demander au ministère de l’Agriculture. Pour mobiliser les outils nécessaires, il faut que l’Union Européenne s’engage. Nous avons les outils de distillation de crise, de vendange en vert et d’aide au stockage privé. Nous demandons une prise de conscience de la Commission pour qu’elle soit au rendez-vous. La problématique est la gestion des conséquences de la crise sanitaire sur nos volumes et nos marchés.

Si l’Union Européenne ne le fait pas, elle va à l’encontre du projet communautaire agricole et du maintien de territoires économiques. Il s’agir de structurer des bassins et de préserver des familles.

 

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