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Brexit

VI-1, le certificat britannique des vins importés repoussé, avant d'être enterré ?

Vendredi 26 mars 2021 par Sharon Nagel

L’agent en vin Daniel Lambert se voit désormais obligé d’augmenter ses stocks pour faire face aux délais logistiques provoqués par le Brexit, qui pourraient même s’aggraver
L’agent en vin Daniel Lambert se voit désormais obligé d’augmenter ses stocks pour faire face aux délais logistiques provoqués par le Brexit, qui pourraient même s’aggraver - crédit photo : Daniel Lambert
Les autorités britanniques viennent d’annoncer que l’entrée en vigueur du fameux VI-1 certificat à l’importation des vins est reportée jusqu’au 31 décembre 2021. Prochaine étape pour le secteur du vin outre-Manche : l’enterrer définitivement, pour l’Union Européenne et le reste du monde.

Une volonté des deux côtés de la Manche

A partir du 1er juillet prochain, les opérateurs travaillant sur le marché britannique devaient fournir le fameux certificat VI-1, entraînant une série d’analyses coûteuses. « Ce report est un gros soulagement pour le secteur du vin au Royaume-Uni », reconnaît Miles Beale, directeur de la Wine & Spirit Trade Association. Mais les professionnels des deux côtés de la Manche militent pour une suppression pure et simple de cette obligation. « La bataille est loin d’être gagnée », confirme, en effet, Miles Beale. « Ce report ne reflète qu’un comportement attentiste ». Son avis est partagé par l’ensemble des professionnels.

« Le secteur britannique s'est uni pour parler d’une seule voix, un ralliement qui est sans précédent », se félicite l'agent commercial Daniel Lambert, devenu l’un des porte-paroles du mouvement de contestation, qui pointe l’inutilité de cette formalité douanière, qui n’existe pas pour les autres boissons alcooliques. « Qu’il s’agisse d’un pays européen ou tiers, ce formulaire n’a aucune utilité, il est parfaitement superflu, car toutes les informations figurent déjà sur d’autres documents comme le connaissement ». Pour l’agent en vin, qui représente quelque 350 caves particulières dans toute la France, le gouvernement britannique devrait prochainement se rendre à cette évidence : « Je pense que le gouvernement abandonnera le VI-1 au cours des semaines à venir », affirme-t-il, évoquant un autre facteur qui risque de peser dans la balance : « Lorsque j’ai parlé avec la députée Irène Tolleret, elle a convenu que l’UE doit aussi supprimer ce formulaire. À une époque où on essaie de rendre la procédure d’importation plus harmonieuse et plus facile pour tout le monde, pourquoi ajouter une barrière au commerce ? Il faut un peu de bon sens, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas des gouvernements, pour se rendre compte que c'est dans l'intérêt de tous et que cela permettra à chacun d'économiser de l'argent ».

 

Une aggravation de la situation à prévoir

Si Daniel Lambert est particulièrement critique vis-à-vis des autorités britanniques dans la gestion du Brexit, il n’épargne pas non plus Bruxelles : « Au sein de l’Union Européenne, on a considéré que c’était un problème britannique. C’est faux, sur une chaîne d’approvisionnement il y a deux côtés, et l’UE n’a pas fourni à ses opérateurs un protocole clair d’action. C'est à des entreprises comme la mienne qu'il incombe d'expliquer aux producteurs ce qu'ils doivent faire pour acheminer leurs marchandises jusqu'au point de sortie du pays, en général Calais ».

De plus, affirme-t-il, le problème a été exacerbé par le manque d’approche uniformisée à travers la zone : « Il y a une règle différente pour chaque pays européen. Les règles d'exportation appliquées en France, par exemple, sont très différentes de celles de l'Italie, de l'Espagne ou de l'Autriche ». Et les difficultés ne sont pas près de se résoudre. Les problèmes logistiques, qui se sont déjà traduits par des délais qui sont passés de « 5-6 jours à 5-6 semaines », seront aggravés lorsque les contrôles douaniers reprendront normalement. « Le Royaume-Uni ne dispose pas actuellement des capacités logistiques pour contrôler les camions – en ce moment, ils passent sans aucun contrôle. Mais le gouvernement est en train de faire construire un parking géant où tout sera vérifié et les délais vont donc s’allonger ».

 

Des tarifs exorbitants pratiqués par les sociétés de logistique

Il faut y ajouter, par ailleurs, de nouvelles étapes réglementaires, prévues en avril et en juillet, ainsi que la question des produits biologiques. Sans parler des coûts déjà engendrés, dont certains sont considérés par Daniel Lambert comme scandaleux : « Je trouve choquant que les entreprises de logistique profitent du formulaire EX1. Les douanes françaises m'ont dit qu’il ne pouvait être rempli que par des opérateurs enregistrés auprès de la douane, mais que l'enregistrement du certificat était gratuit. Or, les sociétés de logistique le facturent à des prix exorbitants. C'est la même chose avec le C88 du côté britannique ». Enfin, certaines pratiques, comme le groupage, qui permettent à de petites entreprises d’être présentes sur le marché britannique sont condamnées, estime l’agent, pour qui, de chaque côté de la Manche « les deux parties doivent s'entendre et faire en sorte que cela fonctionne, car ce sont les consommateurs qui en pâtissent ».

 

« Coûts faramineux et retards de livraison »

Comme Daniel Lambert, Sandra Feral, directrice export auprès de Vinovalie dans le Sud-Ouest, compte sur la suppression du certificat VI-1. « Tout le monde espère qu’on ira vers une annulation », confirme-t-elle. « C’est une barrière douanière, certes non tarifaire, mais une barrière quand même. Ce formulaire va non seulement engendrer des coûts faramineux mais fait craindre également des retards dans les livraisons à cause des analyses ». Pour Vinovalie, l’enjeu est de taille : la société coopérative expédie des vins d’une valeur de 2 millions d’euros par an au Royaume-Uni, son premier marché export.

 

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