LE FIL

"Viser loin, tirer court"

Gérard Bertrand salue la levée des taxes américaines à temps pour les ventes de vins blancs et rosés

Mardi 09 mars 2021 par Alexandre Abellan

« Je salue le pragmatisme des États-Unis et de l’Union Européenne qui ont suspendu les taxes bilatérales. C’est un esprit nouveau qui souffle » indique Gérard Bertrand.
« Je salue le pragmatisme des États-Unis et de l’Union Européenne qui ont suspendu les taxes bilatérales. C’est un esprit nouveau qui souffle » indique Gérard Bertrand. - crédit photo : DR
Revendiquant le titre de première marque de vins français aux États-Unis, le négociant languedocien partage son analyse sur les effets de la suspension des surtaxes américaines pour les quatre prochains mois, le temps de négocier le conflit aéronautique Airbus/Boeing.

Comment recevez-vous la nouvelle de la levée des taxes américaines sur les vins français ?

Gérard Bertrand : C’est un soulagement ! Cela fait 18 mois que l’on est dans le dur avec ces taxes aux États-Unis. Cela affecte nos comptes d’exploitation et notre capacité à faire des promotions sur nos vins. Ensuite, il faut être prudent, c’est une période de quatre mois qui s’ouvre à nous. Ce conflit [NDLR : aéronautique entre Airbus et Boeing] dure depuis 17 ans, si les négociateurs règlent en quatre mois ce qui n’a pu l’être en 17 ans, c’est qu’ils sont très forts… L’important, c’est que le vin ne soit plus pris en otage dans un conflit qui ne le regarde pas.

 

Prévoyez-vous une relance rapide de vos ventes ?

Il ne faut pas oublier que notre marque est la première marque de vins français aux États-Unis. Nous avons déjà payé ces taxes [NDLR : de +25 %] sur le tiers de nos volumes. Nous avons déjà un tiers de nos besoins de l’année qui sont là-bas, nous n’avons pas la même flexibilité que si la suspension avait eu lieu en décembre. Il n’y a pas d’annulation de ces taxes qui ont été rentrées. Il va être important de trouver un compromis pour ces volumes vendus. Comme c’est une période importante pour le changement de millésime.

[Cette levée] est à prendre avec d’autant plus d’optimisme que l’on est au début de la campagne d’achats des blancs et rosés pour l’été. Cela va nous permettre de remettre de l’ordre dans les prix. Nous pourrons faire des promotions auxquelles nous n’avions plus droit.

 

Les opérateurs américains vont-ils surstocker les vins français par crainte que les taxes se remettent en place en juillet ?

Nous sommes dans l’inconnu. Nous ne pouvons nous projeter qu’à quatre mois. Il faut prendre les nouvelles les unes après les autres. Livrer jusqu’à la fin juin va permettre de préparer la saison commerciale jusqu’en décembre. Nous verrons après. J’ai appris sur ce marché qu’il faut viser loin et tirer court.

 

Prévoyez-vous des campagnes de communication spécifiques pour aider à la relance commerciale de vos vins ?

Nous faisons tout le temps des campagnes. Ça ne change pas. Ce qui change, c’est la compétitivité que nous retrouvons. Comme sur les rosés où il y a un prix à ne pas dépasser si on veut faire du volume. Sur les vins de terroirs, nos premiers concurrents que sont l’Italie et l’Espagne sont déjà moins chers. Cela va permettre de faire des investissements sur nos marques et renforcer nos équipes. Avec la prudence qui est là, car nous ne savons pas où l’on sera dans quatre mois. Nous faisons deux pas en avant, espérons qu’il n’y en ait pas en arrière.

 

Les ventes qui n’ont pas été réalisées sont perdues, mais espérez-vous regagner des parts de marché alors que se profilent les effets des campagnes de vaccination ?

La restauration est sinistrée comme partout. A partir du mois de mai nous y verrons plus clair et nous pourrons regagner des parts de marché. Ainsi que sur le travel-retail. Ça va se faire progressivement.

 


 

"Presque trop tard" pour les rosés de Provence

Saluant également la bonne surprise de ctte levée de taxes, Brice Eymard, le directeur général du Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP) note que 40 à 50 % du marché annuel des rosés provençaux serait déjà expédié sur le marché américain. "Traditionnellement les achats pour alimenter le marché de février à juillet sont réalisés entre décembre et mars. Il y a eu un pic d'expéditions en décembre (notamment en vrac pour échapper à la taxe). La suspension de la taxe est une bonne nouvelle, mais elle arrive presque trop tard" indique Brice Eymard, qui souligne que si la taxe de +25 % est bien suspendue immédiatement, elle peut concerner les volumes déjà envoyés fin février-début mars.

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