LE FIL

Albéric Bichot

En 2021, les vins de Bourgogne ne voient pas "ce qui pourrait être pire que l’an dernier"

Mardi 02 mars 2021 par Alexandre Abellan

Présidant la maison Albert Bochot depuis 1996, Albéric Bichot siège au comité permanent du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne et au conseil de bassin Viticole Bourgogne-Beaujolais-Jura-Savoie.
Présidant la maison Albert Bochot depuis 1996, Albéric Bichot siège au comité permanent du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne et au conseil de bassin Viticole Bourgogne-Beaujolais-Jura-Savoie. - crédit photo : DR
Avec optimisme et résilience, le nouveau président de l’Union des Maisons de Vins de Grande Bourgogne (70 entreprises pour 60 % des commercialisations de vins de Bourgogne et du Beaujolais) et de la Fédération des Négociants Eleveurs de Grande Bourgogne (y ajoutant 40 maisons de Jura et de Savoie) fait le point sur une période compliquée par la crise sanitaire, mais faisant jaillir les forces du vignoble bourguignon.

Comment les négociants de la Grande Bourgogne ont-ils vécu l’année 2020 ?

Albéric Bichot : Je vais vous parler de ce que je connais le mieux, la Bourgogne. Nous avons tous souffert, mais il semble que l’on ait moins souffert que d’autres régions. Cela peut s’expliquer parce que nous sommes plus petits et plus diversifiés (dans nos produits et nos marchés : restauration, grande distribution, export…). C’est l’une de nos forces.

 

Le blanchiment des vins de Bourgogne joue-t-il commercialement ?

C’est l’une de nos forces. La Bourgogne se blanchit naturellement. Les nouvelles plantations se font actuellement dans le Mâconnais et à Chablis. Les aléas climatiques ont plus fait souffrir le pinot noir que le chardonnay, mais pour la première fois, en 2020 plus de 75 % de la récolte a été blanche. Mis à part le rosé, il semble que la consommation se fasse de plus en plus sur les vins blancs.

 

Vous évoquez les aléas climatiques, comment le négoce approche-t-il la production de vins de Bourgogne : faut-il augmenter la production et réussir à la lisser entre les millésimes ?

La capacité de production est un vrai sujet de fond. Ce n’est pas un sujet ponctuel qui doit être accéléré par la crise. L’important, c’est le copilotage amont/aval entre la production, le négoce et le monde coopératif pour s’adapter le mieux possible au marché. Nous avons vu trop de petites récoltes ces dernières années. Les Volumes Complémentaires Individuels (VCI) sont des outils de pilotages appréciables pour les deux familles. Il n’y a pas d’opposition : jamais nous n’avons eu autant de viticulteurs négociants et de négociants viticulteurs.

 

Comment appréhendez-vous 2021, qui reste une année de toutes les incertitudes, économiques et sanitaires ?

Nous espérons que le plus dur est passé. Nous ne voyons pas ce qui pourrait être pire que l’an dernier où tout nous est tombés dessus : Brexit, covid, taxes Airbus… Nous avons eu l’expérience de l’an passé qui nous a donné des informations. Nous sommes prêts à continuer sur notre lancée, avec nos atouts. Il faut continuer à être dynamique, même si nous n’avons pas de visiteurs, de déplacements et de salons. Nous nous sommes adaptés plutôt bien. En 2020 nous avons connu l’inconnu, nous savons maintenant ce qu’il en est pour 2021.

 

Que restera-t-il de la crise covid dans le monde d’après ?

Nous sommes très impatients du post-covid. Il y aura des traces et des restes. Là où l’on pouvait voyager pour un oui ou un non, on se posera la question. Est-il pertinent par exemple de faire un aller-retour à New-York pour une dégustation ? Quand tout sera fini, tout le monde aura envie d’aller voir ses clients, mais la question de la durabilité se posera.

 

En matière de développement durable, prônez-vous des obligations de certification environnementales ?

Mon agenda n’est pas coercitif. Ma maison, Albert Bichot, est passée au bio après 15 ans de travail. J’apporterai mon témoignage pour démystifier des craintes. Mais il n’y a pas que le bio pour la durabilité de nos vignobles de Bourgogne. De vraies questions vont se poser pour que le dépérissement de la vigne ne devienne pas un problème grave. Comme l’irrigation pour protéger les jeunes plants.

 

Comment le négoce perçoit-il les tensions viticoles autour des aires d’appellation de Bourgogne en Beaujolais ?

Le sujet existe depuis la création de l’INAO, en 1936. Le Beaujolais peut se replier en Bourgogne, c’est historique et naturel. Du point de vue du négoce, nous sommes très liés. Le temps fera son travail, mais ce n’est pas en temps de crise que l’on peut régler les tensions. Il faudra attendre le post-covid.


 

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