LE FIL

Parole de ministre

Les planètes s’alignent pour supprimer les taxes américaines sur les vins français

Vendredi 26 février 2021 par Alexandre Abellan

« Je suis déterminé et plutôt optimiste du fait des signaux qui ont été envoyés et qui semblent démontrer que nous sommes dans un état d’esprit nouveau [entre les États-Unis et l’Europe] » indique Franck Riester ce 25 février à Cognac.
« Je suis déterminé et plutôt optimiste du fait des signaux qui ont été envoyés et qui semblent démontrer que nous sommes dans un état d’esprit nouveau [entre les États-Unis et l’Europe] » indique Franck Riester ce 25 février à Cognac. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Venu écouter la filière de Cognac, le ministre au commerce extérieur affirme la mobilisation des plus hauts représentants de l’État afin de négocier la résolution du conflit aéronautique transatlantique qui touche le vignoble depuis des mois.

Si vous faites remarquer à Franck Riester, le ministre délégué en charge du commerce extérieur, que le gouvernement ne semble se mobiliser que depuis le début 2021 sur les impacts pour le vignoble français des taxes américaines mises en place depuis la fin 2019, il vous rétorquera, comme ce 25 février lors d’une visite de distilleries en Charente qu’il n’y a eu aucun retard à l’allumage. Mais plutôt une accélération grâce à la mise en place de nouvelles conditions, plus propices.

« Il y a d’abord un levier activé [par l’Union Européenne] qui a permis à l’administration américaine de revenir à la table des discussions. Ce sont les taxes que l’on a appliqué fin novembre sur Boeing et un certain nombre d’autres produits américains. Deuxièmement c’est le changement d’administration. Vous voyez bien que Donald Trump prenait des décisions erratiques, il était dans le conflit, alors qu’il faut de la négociation » explique Franck Riester. Le ministre ajoutant « qu’avec les outils propres aux européens d’affirmation de souveraineté que l’on a activés et le changement d’administration mettre dans une situation plus favorable qu’il y a quelques mois pour sortir par le haut de ce contentieux. »

"Objectif personnel"

Connaissant ses dossiers, le ministre a su rassurer les représentants de la filière charentaise. « Il nous a dit que la désescalade sur les vins et spiritueux est son objectif personnel. Et aussi celui du chef de l’État » rapporte Raphaël Delpech, le directeur du Bureau National Interprofessionnel de Cognac. Qui souligne que la filière charentaise « a tenu à parler au nom de l’ensemble de la filière des vins et spiritueux ».

Demandant des actions concrètes, les représentants du vignoble et du négoce ont reçu l’engagement du ministre de prendre contact avec Katherine Tai, la nouvelle représentante américaine au Commerce (USTR), dont la nomination doit être prochainement validée par le Congrès. « Dès que la ministre américaine au commerce, Katherine Tai sera confirmée, le commissaire en charge du commerce, Valdis Dombrovskis, a comme mission de prendre contact avec elle et de lui dire que la désescalade est la position de l’Union Européenne. Comme je le ferai moi-même dans la foulée » indique Franck Riester.

Victime collatérale

Le ministre ajoutant que « nous disons à l’administration américaine, que si vous levez vos tarifs douaniers, on lève de suite les nôtres. La balle est dans leur camp, très clairement. » Cette instrumentalisation transatlatique des vins et spiritueux dans des conflits commerciaux n’est pas pour plaire à la filière des eaux-de-vie charentaises. Raphaël Delpech demande ainsi « à l’avenir que les vins et spiritueux ne se retrouvent plus au cœur de contentieux transatlantiques, des deux côtés ». En juin 2021, le conflit commercial sur l’acier et l’aluminium doit ainsi mener à une hausse prévue des taxes européennes sur les bourbons américains, de 25 à 50 %. Une perspective d’escalade qui rend anxieux à Cognac.

« On va continuer de se mobiliser, parce que c’est essentiel dans la relance. On va avoir besoin d’exportations » indique Franck Riester, ajoutant que « pour nous c’est un dossier politique majeur et prioritaire dans la relation nouvelle que l’on souhaite fonder avec les États-Unis, cette nouvelle relation transatlantique. »

 


Fonds de solidarité

Revenant sur les demandes de la filière vin d’un fonds de compensation, Franck Riester indique « travailler avec la Commission pour utiliser un fonds de compensation […]. C’est une discussion qui a été entamée avec la Commission. On a écrit avec Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, et Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, pour demander à l’Europe de créer ce fonds. Mais l’objectif principal d’avenir c’est la suspension à très court terme de ces taxes. Je ne suis pas sûr de réussir, mais c’est en tout cas le dossier politique prioritaire du gouvernement en matière de commerce extérieur. »

Une priorité qui convient à la filière du Cognac, qui soutient la demande de la filière d’un fonds de compensation, mais précise que « pour nous, l’urgence c’est de prévenir, pas de guérir. La taxe fait très mal à certaines PME, mais ne nous met pas à genou à date », comme l’indique Raphaël Delpech.

 




 

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