LE FIL

La transformation est à l’œuvre

Vendredi 12 février 2021 par Marion Ivaldi

C’est une plongée vertigineuse qui se chiffre à 1 milliard d’euros. Le recul des exportations de vin français est saisissant. Les causes sont connues, multiples, maintes fois analysées : Covid, taxe Trump, Brexit… et structuration de l’offre. Cette crise est prévue pour durer, mais elle peut être atténuée. Atténuée par un soutien de l’État et de l’Europe, qui s’est mis en place en 2020 et qui sera sans doute l’objet de débats en 2021. Atténuée aussi par les actions des entreprises. Par exemple, en faisant preuve d’adaptation aux nouveaux contextes réglementaires et aux tendances de consommation (c’est une des idées clés délivrées lors du dernier Webinaire "La Météo des marchés du vin" réalisé par Vitisphere en partenariat avec Business France). La transformation est à l’œuvre et c’est le moment de s’interroger sur les nouvelles tendances de consommation. Nombreux sont ceux qui prévoient un succès de la canette (qui est déjà une réalité sur certains marchés) ou encore des seltzers (qui frémit en France). Les effervescents et les rosés sont toujours sur une tendance croissante. La valeur « solidarité » est une valeur montante de la communication. En témoigne la publicité récente de Burger King, qui offre des filets de pomme de terre à ses clients pour soutenir une production française en grande difficulté. La filière vin s’est encore peu approprié cette valeur, qui est pourtant intrinsèque à sa culture (et dont nous parlions ici). S’il reste encore beaucoup à explorer, cela ne veut pas dire que la filière est immobile. Elle est extrêmement dynamique dans l’évolution de ses pratiques environnementales, une attente forte des marchés et de la société. Il est vrai que l’on ne peut chasser plusieurs lièvres à la fois. Attention tout de même à ne pas laisser passer des opportunités pour lesquelles le vignoble français pourrait aisément s’affirmer comme leader.

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pg Le 13 février 2021 à 18:58:13
Monsieur Dreyer, a vous lire , je vous considère comme un spécialiste du vin. Votre culture latine m' amène à penser que vous ne considérez pas le vin uniquement comme un produit marketing destiné à faire de l' argent. Vos conseilles sont totalement pertinents . Et , je ne manquerai pas de les suivre le jour ou j' exporterai en Asie. Je suis le premier à m' amuser de certains commentaires historiques ou des plats conseillés qui laissent à penser que nous sommes invité à la table de Montaigne. Dit autrement , plats que l' on ne mange jamais... Cependant , en tant qu' enseignant en sommellerie je m' inquiète que vous ne sensibilisiez pas vos élèves à la culture du vin. La culture du vin , c' est quoi ? C'est plus de 2000 ans d' Histoire . C' est de l' art . C'est de l' architecture . C' est de la littérature (encore Montaigne , mon chouchou du moment...). C'est de la musique. C' est une religion. C'est , C'est, etc ... Une civilisation. Tout le monde le dit . Il est bon de le répéter , parce que c' est une réalité. Le thé ne se résume pas à Lipton ( excusez le gros mots ). Et si la notion de terroir commence à faire son apparition en Asie , c' est que notre civilisation du vin n' a pas apporté qu'une boisson parmi d' autres , qui aurait le mérite d' assouvir la demande blingbling d' une frange d' acheteurs ( que j' aimerais toucher...). Lorsque je bois un (bon ) vin , je scrute l' étiquette pour discerner celui qui l' a fait, où il l' a fait . J' ai un défaut , j' aime les étiquettes bavardes... Parce que la vin n' ai pas seulement une boisson qui peut être fantastique . Elle est aussi une clé d' entrée dans une civilisation. Il en est de même avec le thé. Si je m' intéresse à l" Asie , je ne pourrai me dispenser de me plonger dans le monde du thé. La question n' est pas de savoir si le cérémonial du thé est désuet , inintéressant, inutile . Il est révélateur , marqueur , symbole d' une civilisation. De savoir que le thé que je bois est cultivé sur une colline de Taiwan , qui surplombe la mer de chine , est important. C' est du rêve... Qu'il soit infusé dans une théière de telle forme, en terre cuite ou en porcelaine , c' est encore du rêve. qu'il me soit versé de telle manière dans une tasse de telle forme , a sont importance. Et puis en suite , les parfums , le gout , la conversation qui l' accompagne et les personnes avec qui l'on est.... Vous avez le devoir d' accompagner vos élèves dans la compréhension du monde du vin . Vous êtes un passeur. Sans ce travail , comment voulez vous que ces futurs sommeliers et ces futurs consommateurs aiment le vin . Comment voulez vous que de boisson à la mode ( éphémère ) , le vin s' enracine durablement dans la vie de ces gens ? Vous avez le devoir de les initier à ce qu' est un bon vin pour éviter qu'ils se fassent gruger par les étiquettes bien faites avec un prix bien comme il faut. Nous ( producteurs de vins ) serions fautifs de ne pas suivre vos conseilles. Mais , suivez les miens. Alors , vous verrez dans les yeux de vos élèves une lumière s' allumer. Le grand reproche que je fais aux œnologues est de parler du vin en termes techniques . Ils n' incitent ni à comprendre , ni à aimer le vin . Ils créent , bien au contraire , une barrière qui rebute. Vous ne faites pas partie de cette catégorie de gens ?
CognacXO Le 13 février 2021 à 08:46:27
Parfait, Serge....Tout est dit dans votre commentaire...Il serait bien que l’on vous écoute...
Serge Dreyer Le 12 février 2021 à 15:48:18
J'enseigne les bases de la sommellerie à Taiwan en tant qu'activité annexe à mon métier d'universitaire. Ma contribution à ce débat sera limitée au monde sinophone que je connais. 1. Premier problème: sur la grande majorité des étiquettes de vin , l'information est insuffisante pour ne pas dire carrément à l'ouest. Nos clients sont de mieux en mieux informés mais qu'ont-ils à faire que votre vin ait mûri au soleil de Provence ou à l'ombre des châteaux royaux de la Loire, pour ne citer que ces deux exemples? Si vous êtes amateur de thé, que vous importe qu'on vous dise que ce oolong fait face à la Mer de Chine? 2. le français: illisible pour la grande majorité dans cette région 3. Pas ou rarement une info en anglais sur ce que signifient les labels 'agriculture raisonnée', 'Déméter' etc. Bien que les Taiwanais soient hyperconnectés, beaucoup de gens passent dans les rayons des grandes surfaces et piochent leur vin où il est lisible: USA, Australie, etc. Or la mode chez les moins de 30 ans à Taiwan ce sont les vins naturels et seuls les magasins spécialisés sont capables de leur expliquer ce que c'est. Faites un effort sur les contre-étiquettes: rendements, nature des sols, vinification, accord mets/vins, nombre de bouteilles produites, garde, température de service. La beauté des paysages et l'amour que vous portez à la culture de la vigne, ils s'en f...! Combien ça coûte? Que vais-je pouvoir raconter à mes amis pour valoriser mon acquisition (notion de face extrêmement importante dans le monde sinophone)? Comment vais-je les impressionner à table? Voilà l'important + le plaisir intrinsèque éprouvé à sa dégustation évidemment
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