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Comment la 5G va changer la viticulture

Lundi 08 février 2021 par Marion Bazireau

Les entreprises agricoles éloignées des grandes axes routiers n'auront pas une 5G d'aussi bonne qualité.
Les entreprises agricoles éloignées des grandes axes routiers n'auront pas une 5G d'aussi bonne qualité. - crédit photo : Lavinya
Robots plus légers, capteurs moins chers, pilotage des tracteurs à distance… Des experts ont imaginé comment le déploiement généralisé de la 5G d’ici 2030 pourrait changer la vie des agriculteurs et viticulteurs.

« On nous parle de vaches connectées, de champs inondés de capteurs, de tracteurs sans chauffeur, ou de robots autonomes mais qu’en sera-t-il vraiment ? ». AgroTIC, la chaire d’entreprises portée par L’Institut Agro de Montpellier SupAgro et Bordeaux Sciences Agro a enquêté auprès d’experts pour prendre la mesure de ce que l’arrivée de la 5G va changer.

La 5G ne va pas bouleverser le marché des stations météorologiques connectées. « En tout cas, pas si on retient l’autonomie comme critère essentiel, explique Nathalie Toulon, responsable adjointe de la chaire, dans son rapport. Les technologies LTE-M et NB-IoT intégrées à la 5G vont probablement venir concurrencer LoraWan et Sigfox elles mais ne permettront pas de satisfaire de fortes contraintes de consommation ».

La 5G autorisera en revanche un transfert plus rapide des images prises par les capteurs de rendements fixées sur un quad ou un tracteur, avec un traitement des données en différé ou en temps réel sur un Cloud. « Aujourd’hui les images sont récupérées sur un support de stockage puis traitées ultérieurement au laboratoire grâce à des modèles deep learning » rappelle le rapport.

Des robots moins lourds

L’utilisation de robots pour pulvériser ou désherber suppose un traitement de données massives en temps réel. « La largeur de bande de la 5G qui autorise jusqu’à 120 Mb/s en liaison montante permettra de se passer d’embarquer les algorithmes d’intelligence artificielle sur les machines » estiment les experts, avec plusieurs avantages : une diminution du poids, des coûts de production, de la consommation électrique, et de l’impact sur le sol. Le système a déjà été testé avec succès sur des drones.

Avec la 5G, il sera aussi possible de valoriser des communications descendantes, envoyer des données de missions sur la machine, mettre à jour des terminaux à distance et sans interruption, ou récupérer en direct dans le tracteur des données traitées par les plateformes web, telles que des cartes de préconisations pour la modulation.

"Tracteur télécommandé"

Les tracteurs pourront être pilotés à distance. « Début 2020, la société de télécommunications Elisa et le fabricant de tracteurs Valtra ont transformé un tracteur de série en une machine de travail télécommandée 5G » illustre Nathalie Toulon « Une caméra 360° est fixée sur le toit du tracteur offrant à l’opérateur à distance une vue de l’environnement en temps réel dans des lunettes de réalité virtuelle. Il peut examiner les alentours en tournant la tête. La 5G est alors nécessaire pour assurer le très haut débit requis par la vidéo 4K et permettre à l’opérateur de faire bouger les roues du tracteur sans latence, avec une vraie sensation de conduite ».

"La 4G suffit aux smartphones"

La 4G suffit à la plupart des usages « avancés » des smartphones. Le principal bénéfice de la 5G sera d’améliorer les débits, de réduire la latence, de permettre l’utilisation d’applications faisant du traitement en temps réel, de la vidéo 360° ou de la réalité virtuelle pour la formation ou la télémaintenance.

Capteurs moins chers

La généralisation de la 5G, moins coûteuse pour les développeurs pourrait surtout permettre aux agriculteurs d’acheter davantage de capteurs, et de déployer des systèmes de pièges connectés pour surveiller l’apparition des ravageurs ou mieux piloter l’irrigation.

« Aujourd’hui, on essaye d’équiper nos exploitations avec au moins un capteur. Pour une station météo, un capteur de sol… on est tout de suite sur des coûts minimums de 500 euros, avec des abonnements annuels pour l’accès aux données. Donc il faut pouvoir garantir le retour sur investissement. On arrive sur la nouvelle génération qui est plus sensible aux objets connectés mais on n’est pas encore à en mettre partout ! L’IoT massif n’est pas encore pour demain ! » témoigne d’ailleurs Baptiste Cuny, Responsable Innovation Services chez Maïsadour. « Moi ce que j’attends de l’évolution des réseaux mobiles c’est d’abord la fin des zones blanches ! » poursuit-il.

La fin des zones blanches ?

La 5G va largement reposer sur les nouvelles bandes de fréquences des ondes millimétriques. « Ces dernières nécéssitent un maillage plus serré des antennes et sont peu favorables aux grandes zones géographiques peu densément peuplées » regrette Nathalie Toulon.

Pour les entreprises agricoles éloignées des grands axes routiers ou des zones d’activités, la 5G passera probablement par des fréquences inférieures et des ondes de longue portée. Il est peu probable qu’elles permettent d’atteindre les performances maximales promises ailleurs.

La situation devrait quand même s’améliorer sous l’effet du « New Deal Mobile », un accord passé entre l’Etat et les opérateurs de réseaux mobiles pour améliorer la couverture du territoire. Par ailleurs, l’État a lancé le plan « France Très Haut Débit » qui prévoit le haut débit pour tous, principalement via la fibre, à l’horizon 2025 ou 2030.

 

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Claire LAVAL Le 09 février 2021 à 15:10:59
L'avènement de la 5 G ce sont des masses de données à traiter et une croissance exponentielle des dépenses énergétiques et des émission de CO2 afférentes*. Et cela dans quel but ? Pouvoir traiter ses vignes depuis son ordinateur et, encore mieux, pour obtenir à moins cher, des informations météo que l'on aura contribuer à rendre plus catastrophiques en utilisant les techniques qui en vont accélérer la dégradation. Tous les paysans capables d'interconnecter 2 neurones devraient militer contre ces usages de la 5 G, et pour la sobriété numérique dans tous les domaines. D'autant qu'effectivement la 5 G ne résoudra pas le problème des zones blanches. Est-ce que ces interrogations là sont dans le programme des formateurs des étudiants de l'Agro de Montpellier et de Sup Agro de Boirdeaux? Honte à eux si ce n'est pas le cas! Déconnecter la nouvelle générations d'un attrait irraisonné pour les objets connectés c'est un objectif essentiel pour construire l'avenir... Si l'on veut qu'il y en ait un. * En 2020, avant le développement de la 5 G, le numérique c'était déjà 4% des émissions de CO2 mondiales avec un trend ascendant de +8% par an.
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