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Plaque tournante
La crise covid menace les réexportations de vins depuis Hong Kong

La pandémie et la fermeture des frontières ont exacerbé les difficultés auxquelles doit faire face le marché du vin de Hong Kong. D'après les données sur les échanges, son rôle de plaque tournante des vins fins diminue comme peau de chagrin, un sujet aussi épineux que sensible qui va diviser le « Mondo Vino » de Hong Kong
Par Natalie Wang (Vinojoy) Le 19 janvier 2021
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La crise covid menace les réexportations de vins depuis Hong Kong
Ce qui est alarmant, c'est la diminution des réexportations par Hong Kong. - crédit photo : DR
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Chute des importations et des réexportations

Les données publiées par le gouvernement de Hong Kong montrent que les importations de vin au cours des neuf premiers mois de 2020 ont chuté de 23,2 % en valeur pour passer à 5,1 milliards de dollars HK (soit 545 M€), tandis que les volumes ne dépassent pas 25,49 millions de litres, soit une baisse de 20,9 % en un an. Ces données doivent être interprétées avec prudence et compréhension, car le coronavirus a décimé les ventes de vin dans le secteur CHR et a fait fuir les visiteurs aisés. Toutefois, malgré l'image de marque de Hong Kong, la réalité est tout autre. Les réexportations de vins ont considérablement diminué au cours de cette période, à cause de la fermeture des frontières depuis le début de la pandémie et pendant plusieurs mois. En 2020, les réexportations entre janvier et septembre ne totalisaient plus que 600 millions de dollars HK (soit 64 M€), soit environ 11 % de la valeur totale des importations de la ville. Il s'agit là d'une nouvelle baisse par rapport aux 17,1 % en 2019, enregistrés pendant les troubles sociaux qui ont duré plusieurs mois, et le pic de 44 % en 2015.

 

Une dégringolade longtemps attendue

Des manifestations pendant plusieurs mois en 2019 ont dissuadé les touristes de venir depuis le continent, sachant qu’en temps normal, les grands vins auraient fait partie de leurs emplettes de produits de luxe. Par conséquent, depuis le début des manifestations de grande envergure en juin, le nombre de visiteurs a chuté de plus de 40 % au cours du second semestre, selon les données publiées par le Conseil du tourisme de Hong Kong. Les importations hongkongaises de vin ont chuté de 26,4 % en valeur et de 19,6 % en volume par rapport à l'année précédente. En 2020, la fermeture des frontières pour contenir la propagation du Covid-19 en provenance de la Chine continentale a eu pour effet de paralyser quasiment le commerce transfrontalier de vin, notamment celui des vins fins entrant illicitement sur le territoire et en particulier les grands crus de Bordeaux, les vins de Bourgogne et les valeurs sûres en provenance de Napa et d'Italie. Sur le plan logistique, un dédouanement plus rapide et un traitement préférentiel proposés dans plusieurs ports chinois, surtout dans la province voisine de Guangdong, ont amené les opérateurs et les producteurs à préférer une arrivée directe sur le territoire chinois.

 

Hong Kong doit-il se réinventer ?

Bien évidemment, la pause des réexportations de vin depuis Hong Kong reflète également une demande plus faible en Chine continentale, en raison du ralentissement économique, des guerres commerciales et de la pandémie. Comme l’observe Liv-Ex dans son rapport 2020 sur les vins fins, un point d’interrogation demeure sur l'avenir de Hong Kong comme plaque tournante des vins fins : l'idée de profiter de Hong Kong comme « une porte d'entrée sur le marché du vin en Chine continentale » est malheureusement fallacieuse. Pour cette raison, de plus en plus de vignerons à qui nous avons parlé redirigent leurs exportations vers d’autres destinations. Les voyages et le commerce internationaux étant loin d'être normalisés, le secteur du vin à Hong Kong doit peut-être se tourner vers son marché intérieur pour se réinventer et s'imaginer autrement.

 

 

Ce qui est alarmant, c'est la diminution des réexportations par Hong Kong. Le rôle prisé de Hong Kong en tant que plaque tournante du commerce des vins fins porte pour beaucoup sur la diffusion des vins vers les pays d'Asie du Sud-Est tels que la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge et surtout vers la Chine continentale. Cette dernière reçoit jusqu'à 90 % des réexportations hongkongaises.




 

Tous ne partagent pas ce point de vue…

Cet article n’a pas manqué de susciter une réaction chez le fameux dégustateur américain James Suckling. Dans les commentaires, ce dernier estime que « le rôle de Hong Kong en tant que plaque tournante des vins fins pour l'Asie se poursuit malgré les effets négatifs de la pandémie et des manifestations ». Et de souligner le fait que Hong Kong compte « le pourcentage le plus élevé de cavistes professionnels d'Asie. Nous avons les principales maisons de vente aux enchères de vin. Et nous avons le pourcentage le plus élevé d’amateurs éclairés de vins de haut de gamme ». James Suckling déclare que « les vins continuent également à être expédiés en Chine continentale après leur achat à Hong Kong, tant officiellement qu'officieusement. Le problème, c’est que le marché chinois du vin s'effondre, surtout depuis que des droits de douane punitifs ont été imposés aux vins australiens… qui représentaient un pourcentage élevé du marché chinois des vins fins ». Réfutant l’idée que Hong Kong servait de plaque tournante pour des vins destinés à des marchés comme la Thaïlande et le Cambodge – qui « passent par Singapour » – le dégustateur américain estime que le rôle de Hong Kong « ne sera renforcé que lorsque la pandémie sera maîtrisée et que la libre circulation entre les pays sera assurée. Notre avenir ne fait aucun doute » conclut-il.

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