LE FIL

A (s’)offrir

3 livres sur le vin à mettre sous le sapin de Noël

Samedi 12 décembre 2020 par Alexandre Abellan

Trois approches et formats différents pour une même passion du vin.
Trois approches et formats différents pour une même passion du vin. - crédit photo : DR
De la réflexion à la vulgarisation sur le vin, un trio livres promet des heures de lectures aux amateurs et professionnels.

"Le Monde du vin aujourd’hui" de Jacky Rigaux, un plaidoyer pour les vins de terroir plus nuancé qu’il n’y paraît

« Intensité plutôt que puissance, complexité plutôt que concentration, tels sont les qualificatifs qui viennent à l’esprit du buveur de vins de terroirs » définit Jacky Rigaux dans Le Monde du vin aujourd’hui (éditions Terres en Vue). Prenant le parti des vignerons et terroirs en résistance face à l’industrialisation demandée par une consommation mondialisée, l’écrivain-psychologue dresse le portrait d’une filière vitivinicole toujours en mutation. Défendant l’approche des vins nature, Jacky Rigaud ne se place pas en contempteur des premiers acteurs de ces transformations. A commencer par une évocation tout en nuance de l’héritage du critique américain Robert Parker et de l’œnologue bordelais Michel Rolland.

« En 1999, Robert Parker était au faîte de sa gloire et le marché du vin en pleine réorganisation mondiale. Ce marché grandissant et ambitieux s’est engouffré dans les notes distribuées par Robert Parker pour définir une nouvelle hiérarchie, une nouvelle classification fondée sur la note, censée rendre obsolètes les vieilles classifications européennes par terroirs. Une nouvelle esthétique du vin était lancée, fondée sur une méthode capable d’évaluer la puissance, la richesse olfactive et la volupté » écrit Jacky Rigaux, soulignant qu’« au-delà de 95 sur 100, on est dans le grand vin ! »

Dans le Wine Advocate, le prescripteur « Robert Parker initia les américains des classes moyennes à la pratique de la dégustation » et « popularisé les vins de Bordeaux [et] de la Vallée du Rhône (en particulier Châteauneuf-du-Pape) » mais pas de Bourgogne (suite au procès perdu contre François Faiveley en 1994). L’auteur ajoutant que « Michel Rolland accompagna le retour de la viticulture bordelaise vers la qualité, dans une dynamique d’assemblage de ses cépages et de château comme marque première du vin »

Rendant à César ce qui lui appartient, Jacky Rigaux écrit que « Michel Rolland et Robert Parker ont joué un rôle important dans la promotion moderne du vin. Acteurs essentiels de sa mondialisation, ils doivent nous permettre d’en interroger les contours et les facettes »

 

"Le Dernier tonnelier" de Jean-François Bazin, roman de terroir et d’histoires des tonneliers de Bourgogne

Suivant les aventures familiales de la tonnellerie Cruchaudet dans les Hautes-Côtes, Jean-François Bazin propose dans le Dernier tonnelier (éditions Calmann Lévy) une fiction d’inspiration historique ancrée dans les vins et la gastronomie de Bourgogne. Président du syndicat des tonneliers et foudriers de Bourgogne, Camille Cruchaudet découvre la femreture à la rentrée 1971 de la formation de CAP tonnellerie du lycée viticole de Beaune par une décision du ministère de l’Agriculture. Les pouvoirs publics prônant la modernisation des contenants de vinification et d’élevage avec les citernes en béton affranchi, inox, résine époxy, carreaux de verre, polyester…

« Selon les idées qui ont cours alors en haut lieu, le fût en bois de chêne paraîtrait la survivance d’un passé révolu. Il n’aurait été qu’un simple accident de vingt siècles dans l’histoire du vin » explique l’auteur, Jean-François Bazin, « or, et on n’y avait pas pensé, le fût en bois de chêne fait mauvaise tête. Opiniâtre, il résiste. Il tient bon. Très vite, il apparaît irremplaçable pour un élevage qualitatif ».

L’auteur suit alors une mobilisation de dix ans pour le rétablissement de ce cursus (d’invitation de critiques dans le vignoble à la création du plus grand foudre du monde), aboutissant à la relance de la formation par un décret de 1983.

 

"Couleur vigne" de Nicolas Lesaint, album du cycle de la vigne

Directeur du château de Reignac, Nicolas Lesaint est une figure bien connue des réseaux sociaux vignerons, militant pour la démystification et la vulgarisation de la filière vin (notamment avec le blog de la propriété en Entre-deux-Mers). Si ses followers connaissent son goût pour le dessin, le grand public peut maintenant en découvrir l’ampleur dans sa première bande-dessinée : Couleur vigne (éditions Féret). « Chaque matin une lutte, chaque journée un plaisir, chaque saison une ride, chaque millésime une histoire » pose en prologue l’album, suivant de la taille à la fin des vendanges Martin, venu surmonter ses démons dans le travail du vignoble bordelais.

Faisant inévitablement écho aux Ignorants d’Etienne Davodeau (éditions Futuropolis), Couleur vigne partage son esthétique de lavis à l’encre et son discours pédagogique sur le travail viticole. Alors que les Ignorants bénéficient d’un dessin plus professionnel, Couleur vigne propose un discours résolument nuancé et profondément ancré dans la réalité du vignoble. Qu’il s’agisse d’enjeux de rentabilité économique et, inévitablement, de traitements phytosanitaires.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé