LE FIL

Dépérissement du vignoble

Bientôt de nouveaux champignons et bactéries pour réussir les complantations de vigne

Jeudi 10 décembre 2020 par Marion Bazireau

' Nous avons commandé des plants mycorhizés ou non de deux porte-greffes et nous les avons complantés au vignoble ' indique Coralie Dewasme, ingénieur à Bordeaux Sciences Agro.
' Nous avons commandé des plants mycorhizés ou non de deux porte-greffes et nous les avons complantés au vignoble ' indique Coralie Dewasme, ingénieur à Bordeaux Sciences Agro. - crédit photo : Plan dépérissement vignoble
Une enquête a été menée auprès des viticulteurs bordelais pour comprendre pourquoi certaines parcelles affichent des taux de réussite de complantation inférieurs à d'autres. Des sélections de biostimulants sont en cours pour améliorer la reprise des complants.

Pourquoi certaines parcelles connaissent un meilleur taux de réussite de complantation que d’autres ? Les chercheurs du projet Vitirhizobiome* ont mené l’enquête dans le bordelais, en étudiant les pratiques de 55 propriétés viticoles sur un total de 93 parcelles.

« Nous avons été surpris par ce que nous avons découvert » annonce Coralie Dewasme, ingénieur d’études à Bordeaux Sciences Agro. « D’abord, nous nous sommes aperçus que seuls 27% des viticulteurs arrosent à la complantation, et que moins d’un tiers le fait durant la saison, même quand les conditions sont très sèches ».

"36% des viticulteurs ne tassent pas les sols "

L’enquête a aussi révélé que 36% des viticulteurs ne tassent pas les sols au pied du complant après la plantation. Beaucoup travaillent les sols et la majorité installe des contre-marquants. Le désherbage chimique est peu pratiqué dans les 55 propriétés, si bien que seuls 9% des viticulteurs posent une poche de protection.

Le pralinage avec un mélange boueux à base d’eau, d’argile et de bouse de vache est très peu mis en œuvre (4%) « alors qu’il est connu pour favoriser la reprise des plants en hydratant et en protégeant les racines » explique Coralie Dewasme. L’utilisation de plants mycorhizés avec ou sans Trichorderma est à peine plus fréquente.

« L’enquête a aussi révélé que les viticulteurs n’optent pour un porte-greffe plus vigoureux que celui en place dans le reste de la parcelle que dans 17% des cas, alors que cela est recommandé pour faciliter l’installation des complants dans un environnement concurrentiel » reprend l’ingénieur. Les chercheurs doivent désormais mettre en relation ces résultats étonnants avec les taux de reprise des complants.

Moins d'activité microbienne dans les sols dépérissants

Sur 4 parcelles présentant une forte hétérogénéité, avec des zones où les pieds sont vigoureux et peu sujets à la mortalité, et des zones dépérissantes, ils ont déjà analysé les sols et rechercher la présence d’esca ou d’autres viroses. « Nous n’avons pas identifié de causes pathologiques ou physico-chimiques au dépérissement, mais nous avons constaté de grandes différences dans la composition microbiologique des sols, avec une activité enzymatique bien plus faible dans les zones dépérissantes que dans les zones saines » relate Coralie Dewasme.

Les chercheurs ont prélevé une importante quantité de sol dans l’inter-rang de plusieurs zones, dépérissantes ou saines, d’une de ces parcelles. Un doctorant étudie désormais sous serre l’impact des microorganismes présents dans ces échantillons sur le développement de la vigne pour deux combinaisons de greffon et de porte-greffe, du cabernet-sauvignon sur du riparia gloire Montpellier ou du 1103 Paulsen. « Il regarde aussi si l’ajout de bactéries et/ou de champignons a un effet bénéfique sur la croissance et le développement de la vigne » complète Coralie Dewasme.

"Pas d’effet boost des plants mycorhizés"

« En parallèle, il y a deux ans, nous avons commandé des plants mycorhizés ou non de deux porte-greffes et nous les avons complantés au vignoble » poursuit l’ingénieur. Presque tous sont bien repartis, « et pour l’heure nous ne constatons pas d’effet « boost » particulier pour les plants mycorhizés, que ce soit sur le développement aérien de la vigne ou sur son fonctionnement azoté » indique Coralie Dewasme. Les chercheurs envisagent de retenter l’expérience dans des conditions de reprise plus difficiles.

« Nous envisageons également de tester au vignoble les bactéries sélectionnées sur les deux génotypes ». En cas de réussite, l’objectif est de mettre ces biostimulants à la disposition des viticulteurs.

 

*Le projet Vitirhizobiome a démarré en novembre 2018 et doit durer jusqu’en avril 2022. Il est financé par le PNDV coordonné par Virginie Lauvergeat de l’UMR Ecophysiologie et génomique fonctionnelle de la vigne à l’Inrae de Bordeaux. Le projet fait intervenir l'unité de recherche oenologie de l'Université de Bordeaux, le laboratoire Géoressources et environnement, la cellule de transfert Vitinnov, et l'Austrian Institute of Technology.

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