LE FIL

Pour maintenir le marché

Les vins IGP appellent à la distillation des vins AOP rouges excédentaires

Mardi 08 décembre 2020 par Alexandre Abellan

Pour Gérard Bancillon, la distillation de crise a fait ses preuves et n'a reçu 'que des échos positifs du marché'.
Pour Gérard Bancillon, la distillation de crise a fait ses preuves et n'a reçu 'que des échos positifs du marché'. - crédit photo : DR
Interview de Gérard Bancillon, le président de la Confédération des vins à Indication Géographique Protégée (IGP) de France qui ne souhaite pas voir se déverser les surplus de vin d’appellation sur le segment des vins de pays.

Vous demandez une nouvelle distillation de crise : la campagne de commercialisation en vrac s’annonce-t-elle si difficile pour les vins rouges ?

Gérard Bancillon : On ne craint pas tellement pour les IGP, on craint pour les AOP rouges qui sont en difficulté. Elles l’étaient déjà la campagne précédente et on craint de voir affluer les volumes de rouges amenant à une chute des cours en IGP. Ce n’est pas seulement un enjeu d’AOP, ce sont les entreprises les plus performantes par leur valorisation en bouteille dans le CHR qui sont les plus impactées par le confinement. Ces entreprises n’ont pas de réseau de vente de vin en vrac, c’est pour ça qu’il faut ouvrir une distillation pour écouler les volumes qui n’ont pas de marché. Un prix de 78 €/hl comme au printemps avait permis de donner un signal de maintien des marchés.

 

N’ayant pas encore prorogé ses actes délégués pour valider l’aide au stockage, la Commission Européenne annonce ne pas envisager des fonds dédiés à la gestion de la crise viticole… Qui subventionnerait cette nouvelle distillation et quand devrait-elle avoir lieu pour vous ?

Il est trop tard pour imaginer une distillation cette fin d’année, ce serait bien en janvier 2021. Le panel de solution utilisé lors du premier confinement a fait ses preuves : la distillation de crise, l’aide au stockage et les exonérations de charges. La mesure essentielle est la distillation, avec ces mesures en complément. Je ne suis pas capable de quantifier les volumes à distiller, mais les mêmes causes vont créer les mêmes effets : la Commission Européenne doit valider le même dispositif.

Plus le gouvernement français mettra la main à la poche, plus ce sera judicieux. Ce sera d’autant plus légitime que le gouvernement impose la fermeture du CHR et qu’il doit jouer le jeu : en fermant nos clients, il impose une dégradation de nos marchés. La filière pourra ensuite voir ce qu’elle peut faire. Mais c’est la seule à avoir pioché dans son Programme National d’Aides (PNA).

 

Lors du prochain conseil spécialisé vin de FranceAgriMer (ce 9 décembre), la filière vin va débattre d’autorisations de plantation différées de cinq ans, s’apparentant à des arrachages temporaires. Est-ce un bon levier pour vous ?

Ce serait une très bonne chose, efficace rapidement. L’intérêt est de retirer immédiatement des volumes, en donnant le temps de trouver le moment le plus opportun pour replanter, ou pas. Ça dégagerait le ciel pour cinq années. Mais il n’y a pas une seule solution pour résoudre la crise actuelle.

 

Vous regrettez depuis des mois la porosité entre IGP et AOP : quels sont les leviers envisageables pour y remédier ?

Nous demandons l’étanchéité, mais ne sommes pas sûrs de l’obtenir. Nous avons créé un groupe de travail, mais nous ne trouvons pas de solutions avec l’administration pour une étanchéité réelle entre les segments. Il n’y a pas de solution toute faite.

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VOS RÉACTIONS
Durandeux Jean paul Le 08 décembre 2020 à 12:08:04
Messieurs le marché du vin à toujours été une pyramide quand la base s'effondre la pyramide tombe attention aux désastres d'une profession déjà durement touché
craoux Le 08 décembre 2020 à 09:12:38
La position de G. Bancillon mérite d'être clarifiée. Personnellement, je ne comprends pas son discours. L'étanchéité au plan réglementaire entre AOP et IGP existe bel et bien. Elle repose sur la revendication à la récolte dans un statut parfaitement défini (AOP avec affectation parcellaire, ou IGP) et la confirmation des lots, dans le statut revendiqué, mise en place par les ODG via le contrôle interne. Partant, des volumes confirmés en AOP n'ont de débouchés que dans leur statut ou suite à un déclassement en VSIG (suivi administrativement). Je ne comprends pas comment les AOP rouges viendraient perturber le marché IGP " par porosité " puisqu'une AOP ne peut pas être vendue sous le statut d'une IGP ! Ce discours syndical doit être clarifié. Nécessairement (concurrence sur le prix ?).
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