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Avis d'expert

Des astuces pour éviter les dépenses inutiles en produits de biocontrôle

Mercredi 09 décembre 2020 par Marion Bazireau
Article mis à jour le 10/12/2020 08:06:45

Sur mildiou, les produits de biocontrôle ne présentent un intérêt que lorsqu’ils sont utilisés seuls en début de saison.
Sur mildiou, les produits de biocontrôle ne présentent un intérêt que lorsqu’ils sont utilisés seuls en début de saison. - crédit photo : D. Blancard (Inrae)
Les produits de biocontrôle ne sont efficaces contre le mildiou et l’oïdium qu’à certains moments de la saison. Il faut les associer aux bons produits et surveiller la météo pour ne pas les gaspiller.

« Nous récupérons les cahiers de traitement de 40% du vignoble de l’Yonne. En 3 ans, la part du biocontrôle est passée de 16 à 24% de l’IFT des viticulteurs hors désherbage. C’est une bonne nouvelle, mais cette progression n’a pas que du bon » prévient Guillaume Morvan, chargé de la coordination de l’équipe vigne de la Chambre d’agriculture de l’Yonne.

« Une partie de ces produits ne sert à rien » pose-t-il. « En complément des produits phytosanitaires classiques, les produits de biocontrôle n’ont d’intérêt que si la pression mildiou ou oïdium est modérée, explique-t-il, or beaucoup de viticulteurs les utilisent aussi en cours de saison alors que la pression est faible, ou quand la pression est très forte, ce qui n’apporte pas de protection supplémentaire ».

"La météo joue souvent des tours "

L’utilité des produits de biocontrôle dépend aussi de la météo. Guillaume Morvan l’illustre en prenant l’exemple des phosphonates, les plus utilisés. « Les viticulteurs pulvérisent du Redeli ou un autre produit en même temps que le cuivre pour qu’il prenne le relai lorsqu’il sera lessivé. S’il ne pleut pas dans les huit jours, c’est sans intérêt. S’il pleut beaucoup, ce n’est pas suffisant ».

Le conseiller constate aussi que beaucoup font de mauvais choix d’associations. « Lorsque l’on utilise un stimulateur de défenses ou un phosphonate, il ne faut pas mettre un antimildiou systémique mais un produit de contact » rappelle-t-il. Les viticulteurs n’ont pas encore beaucoup de repères. « Les produits de biocontrôle ont été mis sur le marché très rapidement. Au final, ce sont les viticulteurs qui les testent » reconnait Guillaume Morvan.

Pour leur éviter les dépenses inutiles, le coordinateur a quelques astuces à leur donner. Sur mildiou, il estime que les produits de biocontrôle ne présentent la plupart du temps un intérêt que lorsqu’ils sont utilisés seuls avant la floraison, et tant que la pression des pathogènes est faible. « Cela peut suffire à contenir le développement des maladies, avec un IFT hors produits de biocontrôle qui reste à zéro ». I

lls sont plus utiles en association avec le soufre pour lutter contre l’oïdium. « 3 kgs d’Armicarb et 2 kgs de soufre donnent souvent de bons résultats » constate Guillaume Morvan.

Peu efficaces contre le black-rot et les insectes

Selon lui, aucun produit de biocontrôle ne fait barrière au black-rot. « Et les insecticides ne sont pas plus efficaces que les produits que les viticulteurs avaient déjà à leur disposition » estime-t-il.

Les produits de biocontrôle peuvent en revanche se montrer efficaces contre le développement du botrytis. « Mais ceux qui sont constitués de bactéries ou de champignons sont très difficiles à maîtriser. On ne sait jamais s’ils vont marcher et je n’ai pas tendance à les préconiser ».

"Une béquille contre botrytis "

Guillaume Morvan reconnaît néanmoins qu’ils ont eu le mérite de faire sauter le pas aux vignerons qui n’osaient pas réduire leur utilisation d’antibotrytis classiques. « A l’approche des vendanges, l’Armicarb ou le Mevalone leur ont servi de béquille ». En 2018, 40% des viticulteurs chablisiens avaient recours aux antibotrytis. L’an passé, ils n’étaient plus que 10%.

Il recommande aux viticulteurs de ne pas construire le calendrier de traitement en associant systématiquement un produit de biocontrôle aux phytos classiques. « S’ils traitent quatre ou cinq fois, deux passages avec Roméo, par exemple, suffisent largement, à déclencher en fonction de la météo ».

Guillaume Morvan rappelle aussi que l’utilisation des produits de biocontrôle est encadrée par une réglementation, avec des délais avant récolte et un nombre d’applications à respecter. « Comme avec les produits classiques, ils peuvent très bien se faire pincer par les agents de la DRAAF pour mauvais usages de produits phytosanitaires s’ils passent trop souvent ou remplissent mal leur cahier de traitement » conclut-il.

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VOS RÉACTIONS
VdL49 Le 15 décembre 2020 à 17:04:29
Bonjour, je me permets de réagir à cet article parce qu'il contient un certain nombre d'inexactitudes ou de raccourcis. Sur l’intérêt des associations phosphonates et cuivre, le lessivage n'est pas un interrupteur on/off, un cuivre peut-être partiellement lessivé auquel cas les phosphonates peuvent compléter en efficacité ce cuivre qui n'est plus qu'en partie présent. Les cadences en conventionnel dépassent régulièrement les 8 jours et dans ce cas, les phosphonates grace à leur systémie pourront venir protéger les nouvelles feuilles formées après l'application du cuivre. Sur le biocontrole et les insectes, il n'est pas fait mention de la confusion sexuelle qui est efficace et se développe chaque année même si ce n'est pas une méthode "insecticide" à proprement parler. En arbo ou en maraîchage, il y a également des méthodes à base de virus ou d'huile essentielle qui fonctionnent très bien sur les insectes. Peut etre qu'il y a apprendre de ces autres systèmes qui ont plus de succès (success ?) sur les insectes. Sur les associations produits systémiques / SDN, il y a différents type de SDN. Certains sont systémiques auquel cas en effet l’association n'a pas d'intérêt, d'autres SDN induisent une réponse locale et la systémie d'un chimique peut être très pertinente dans ce cas-ci. Sur le black rot, l'effet du soufre qui est un produit de biocontrole, est reconnu notamment en AB et en association avec du cuivre.
CognacXO Le 10 décembre 2020 à 00:00:00
Au final, si je comprend bien l’article, on est prêt à payer cher des produits de biocontrôle dont on ne sait pas réellement leur efficacité, on ne sait pas réellement non plus leurs associations avec d’autres produits pour qu’ils restent soi disant un minimum efficace, et non plus à quels moments les appliquer....et pour finir, le viticulteur doit faire lui même l’expérimentation grandeur nature!.... Mais enfin....de qui se moque-t-on?...Arrivé à ces conclusions, ces produits devraient être gratuits..on devrait même payer les viticulteurs pour les utiliser...N’est-il pas vrai que pour essayer des médicaments, on rétribue les gens qui servent de cobayes?...À bon entendeur, amis vignerons, pensez y bien: la seule chose que savent soigner ces produits, c’est votre crédulité... et votre compte en banque...
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