LE FIL

Maladies du bois

Les clés de la réussite du curetage et du surgreffage des vignes condamnées par l'esca

Vendredi 13 novembre 2020 par Marion Bazireau

Le conseiller viticole Rodolphe Montangon a montré aux vignerons comment surgreffer un pied en phase terminale d'esca.
Le conseiller viticole Rodolphe Montangon a montré aux vignerons comment surgreffer un pied en phase terminale d'esca. - crédit photo : Marion Bazireau
Vitisphere a suivi les conseillers de la Chambre d’agriculture de Gironde lors d’un atelier dédié au sauvetage des vignes atteintes d’esca. Bien réalisés, le curetage et le regreffage permettent un retour en production bien plus rapide qu’une complantation.

Quelques phrases suffisent au conseiller viticole David Clerdan pour convaincre son assemblée de l’intérêt du curetage. « Entre l’arrachage, le trou, l’apport d’engrais, la plantation, le rebouchage, la pose d’un tuteur, l’épamprage, la taille, et l’arrosage, une complantation coûte minimum 9€ par pied » liste-t-il. « Et je ne compte pas les 5 à 7 ans dont la vigne a besoin pour arriver à un bon niveau de productivité. Le curetage demande maximum 5 minutes à un ouvrier qui a deux matinées d’expérience avec l’élagueuse. Sur une journée, il peut sauver 80 ceps, qui produiront à nouveau normalement dès le millésime suivant. Ramenée au pied, l’opération coûte moins de 2€. »

A LIRE AUSSI

Lutte contre les maladies du bois
L’efficacité du curetage se confirme
Maladies du bois
L'esca progresse encore en 2020

Ce 6 novembre, aux Vignobles Benito, dans l'Entre-Deux-Mers, les conseillers de la Chambre d’agriculture ont expliqué à une vingtaine de viticulteurs comment prolonger la vie des ceps touchés par les maladies du bois.

Joignant le geste à la parole, David Clerdan saisit un couteau, pénètre dans un rang, et s’arrête devant un pied très atteint par l’esca. Il se penche à hauteur du tronc. « Je vais retirer un peu d’écorce et gratter pour trouver du bois mou. On recherche le bois spongieux et orangé, chargé de toxines » commence-t-il.

Trouver la porte d’entrée

Son couteau s’enfonce presque tout seul au niveau d’un bras du cep. Le conseiller a trouvé sa porte d’entrée. Il se munit alors de sa petite élagueuse électrique Pellenc. « Il ne faut pas avoir peur de mettre le pied à nu, on doit éliminer toute trace d’amadou pour lui sauver la vie » insiste-t-il. Quelques secondes lui suffisent pour nettoyer tout le long du cep. Il arrête l’élagueuse, reprend son couteau et le plante un peu partout pour vérifier qu’il n’y a plus que du bois dur. Sur la face qu’il n’avait pas explorée, sa lame pénètre sous l’écorce. Il se saisit à nouveau de l’élagueuse et réitère l’opération, en veillant à créer une petite rigole pour que l’eau ne stagne pas.

En 5 minute, il a terminé, alors qu’il s’est arrêté plusieurs fois pour répondre à des questions. « Si le curetage est bien réalisé, 85% des pieds ne représenteront pas de symptômes d’esca l’année prochaine » assure-t-il, promettant que 10 des 15% pourront être sauvés en réitérant l’opération. « Y a-t-il un moment à privilégier dans l’année ? » lui demande un vigneron. « Dès que vous avez un temps mort, de l’automne au printemps » répond le conseiller. « Cela vaut pour les pieds présentant la forme lente de la maladie. En cas de forme apoplectique, lorsqu’un pied se dessèche totalement, il faut intervenir dans les trois jours. »

"Dans 70% des cas le porte-greffe est encore vivant "

Quand le curetage n’est plus possible, il reste le surgreffage. C’est ce que les viticulteurs vont découvrir en rejoignant Rodolphe Montangon, quelques rangs plus loin. « Dans 70% des cas, quand vous pensez que votre souche est morte, le porte-greffe est en fait encore vivant » leur indique-t-il. « Le surgreffage reste bien moins coûteux que la complantation, autour de 4€ par pied. Et il vous permet de conserver un système racinaire bien installé. Le pied produira une demi-récolte au bout d’un an et une récolte normale au bout de deux ans. Vous pouvez le faire à l’automne ou après le débourrement. »

Le conseiller invite le groupe à se rapprocher d’un pied en phase terminale d’esca. A l’aide d’une fourche, il creuse la terre pour dénuder le porte-greffe. « Regardez, là vous avez une blessure, surement causée par un outil de travail du sol. Il faut que je creuse encore. On va couper le porte-greffe à un endroit où la périphérie est propre et nette » explique-t-il. Rodolphe Montangon scie le pied et découvre du bois nécrosé. Il le recoupe quelques centimètres plus bas.

Il faudra ensuite fendre le porte-greffe. « Mais pour éviter qu’il ne s’oxyde je vais d’abord prélever mon greffon. Vous pouvez acheter des bois en pépinière ou travailler avec vos propres bois à partir de plants non taillés si vous êtes sûrs qu’ils sont sains. Ils doivent être bien verts, en montée de sève » préconise-t-il aux viticulteurs.

Couper sur la cloison

Le conseiller se saisit de son sécateur et sectionne un sarment sur un pied voisin. Il coupe les extrémités et garde un greffon d’une dizaine de centimètres. « Je vais travailler avec le milieu du sarment car c’est là que les bourgeons sont les plus fructifères » révèle-t-il. Puis, il délivre une astuce à son public. « Vous voyez le trait noir ? C’est l’empreinte pétiolaire. Si vous coupez ici, vous êtes sûrs de couper sur la cloison, où il n’y a pas de moelle. Votre bois est protégé de l’oxydation. Tous les anciens taillaient comme ça. »

Rodolphe Montangon taille le greffon en biseau, « d’un geste précis et continu. » Puis il se réagenouille près du tronc du porte-greffe, prend un couteau à fendre de 3 centimètres de large et tape dessus avec un marteau de sorte que la lame s’enfonce complètement. « L’idéal c’est d’être dans l’alignement du rang mais le plus important est de fendre là où le bois est le plus sain » assure-t-il.

Il retire le couteau de la fente, y insère un tournevis pour la maintenir ouverte, et reprend son greffon. En s’aidant du tournevis, il insère le greffon de sorte à ce que son écorce soit en parfaite continuité avec celle du tronc. « C’est très important, les deux cambiums doivent bien se toucher » prévient-il. « Il faudra ensuite mastiquer pour éviter l’oxydation. On peut utiliser de l’argile en poudre mouillée dans l’eau. Puis on rebutera le cep pour préserver l'humidité. La terre du cavaillon fait très bien l’affaire s’il n’a pas été désherbé. On peut aussi utiliser du sable maintenu avec des pochons. »

Le conseiller explique aux viticulteurs qu’il insère généralement deux greffons dans la fente. « Quand ils ont pris, j’élimine les petites racines blanches, je choisis le plus joli et j’ébourgeonne l’autre. »

 

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé