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Résidus de pesticides

26 plaignants poursuivent Valérie Murat pour dénigrement des vins de Bordeaux

Mardi 03 novembre 2020 par Alexandre Abellan

Seule l'audience devant le tribunal de Libourne permettra aux demandeurs d'exprimer leurs reproches, qu'ils gardent pour l'intant secrets.
Seule l'audience devant le tribunal de Libourne permettra aux demandeurs d'exprimer leurs reproches, qu'ils gardent pour l'intant secrets. - crédit photo : Google Maps
Tous girondins, 11 AOC, 10 vignerons, 3 fédérations, 1 négociant et 1 interprofession assignent l’association Alerte aux Toxiques et sa porte-parole devant le tribunal de Libourne pour donner leur vérité sur les traces de produits phytos décelés.

Réunie ce 29 octobre, la chambre civile du tribunal judiciaire de Libourne renvoie au 26 novembre prochain l’audience pour « dénigrement collectif à l’égard de la filière des vins de Bordeaux » de l’association Alerte aux toxiques et de sa porte-parole, Valérie Murat. Ouverte par le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), suite à la publication de ses analyses de résidus phytos dans 22 vins labélisés Haute Valeur Environnementale (HVE), cette procédure civile prend une ampleur inédite avec l’arrivée de 25 nouveaux demandeurs. « C’est une auberge espagnole, des présidents de syndicats et leurs châteaux cités dans l’étude interviennent » résume maître Eric Morain, l’avocat de Valérie Murat.

A l’attaque initiale du CIVB s’ajoutent celles de trois fédérations : la section Nouvelle-Aquitaine de la Fédération des Coopératives de France, la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB) et la Fédération des Négociants de Bordeaux et Libourne (Bordeaux Négoce). Onze syndicats viticoles se sont également déclarés : les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur, Côtes de Bourg, Entre-deux-Mers, Graves et Graves Supérieures, Margaux, Médoc, Haut-Médoc et Listrac-Médoc, Pessac-Léognan, Saint-Julien, Saint-Emilion, Saint-Emilion Grand Cru et Lussac-Saint-Emilion, Sauternes et Barsac, et enfin l’Union des Côtes de Bordeaux (UCB). S’ajoutent à la procédure dix exploitations viticoles et un négociant bordelais.

"Entre les mains de la justice"

Les plaignants sollicités par Vitisphere indiquent invariablement ne pas souhaiter répondre : « pas de communication pendant la procédure », « on ne commentera pas une affaire qui est en cours devant le tribunal », « ce dossier est entre les mains de la justice. Je ne souhaite pas commenter avant l’issue »… Donnée par leurs avocats, cette consigne de silence avant le jugement du tribunal compte ne pas desservir l’attaque, ou plutôt servir la défense, d’Alerte aux toxiques. Il faut dire Valérie Murat s’est pour sa part exprimée sans retenue dans les médias à la suite de la publication de son étude (« la certification HVE est une vaste escroquerie » dans le Monde) et sur les réseaux sociaux (« #tupeuxmourir » sur Twitter).

« On ne doit pas se laisser faire. Cette malhonnêteté intellectuelle ne passe plus, il faut que ce qui soit dit corresponde à la réalité, mais pas à des mensonges » s’exclame Philippe Carrille, le propriétaire du château poupille, propriété certifiée bio qui ne fait pas partie des 22 analysés, mais souhaite participer à la procédure pour ne pas opposer les systèmes bio et conventionnels. En cohérence avec ses propos passés, le vigneron des Côtes de Castillon estime que « ce sont des gens nocifs qui font beaucoup de mal pour exister sous les feux de la rampe, mais n’en ont rien à faire des toxiques. Sinon ils ne s’intéresseraient pas qu’aux vignes, mais aussi aux domiciles pour récupérer des substances nocives pour l’homme. Des vignerons bordelais vont disparaître parce qu’on donne une image salie de leurs vins. Nous ne sommes ni pire, ni meilleur qu’ailleurs, mais nous sommes dans l’amélioration. HVE est une marche vers des certifications plus pointues. »

"Procédure bâillon"

Pour l’avocat Eric Morain, l’un des enjeux de cette procédure sera de revenir aux fondements du dénigrement : « il ne s’agit pas de diffamation, portant sur l’honneur. Le dénigrement porte sur un produit commercial, ce qui est plus rare et compliqué à démontrer. » Actifs sur les réseaux sociaux, les soutiens de Valérie Murat dénoncent une « procédure bâillon » se basant sur la demande d’amendes importantes, des sommes parties de 100 000 € et qui grimpent avec le nombre d’intervenants. En soutien, une pétition récolte aujourd’hui plus de 5 000 signataires et une levée de fonds réunit 7 000 €.

L’audience du 27 novembre prochain mettant en état le dossier, les plaidoiries et le jugement ne sont pas attendus avant le printemps 2021.

 

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VOS RÉACTIONS
Éric Le 08 novembre 2020 à 03:59:33
Bonjour, Les plaintes du CIVB appartiennent à un autre temps. Le monde du vin à Bordeaux n'est pas progressiste, tout le monde le sait. Si le vin de Bordeaux se consomme moins, ce n'est pas à cause de Murat. Ouvrez les yeux ou Bordeaux perdra de son influence sur le marché... c'est déjà le cas. Un viticulteur productif
DEVILLERS Le 04 novembre 2020 à 16:14:15
Courage Valérie ! Il s'agit d'un combat noble. Il va falloir tenir bon pour en sortir vainqueurs. Je pense moi aussi à Elise Lucet dont les reportages mettent irrémédiablement en exergue la mauvaise foi des lobbies.
Marianne Le 04 novembre 2020 à 08:09:32
Analyses, données , santé, principe de réalité et de vérité, choix de consommateurs, liberté d'information et d'expression, demande d'évolution des pratiques agronomiques, démonstration scientifique... constat factuel : déni, attaque du marketing et de la (mauvaise) communication de la part des plaignants avec bouc émissaire. La réponse et le constat sont clairs : l'image prévaudrait sur la réalité. Cela a le mérite de séparer le bon grain de l'ivraie ( voire ivresse!). A sabrer le droit de savoir du consommateur, la coupe est pleine. Effet : Hors de question d'acheter l'ivraie. L'abus d'ivraie est dangereux pour la santé, surtout sans modération. Bon courage à tous, santé ! A la votre !
Benji Le 04 novembre 2020 à 00:01:21
Il est grand temps de réagir aux attaques incessantes des pseudos donneurs de leçons écolos improductifs ! Quand on vois les faux reportages,les chiffres sans aucunes donnés scientifiques,les znt,le glyphosate,le mancozebes tous à la charge de l’agriculture poussée par des médias et des fonctionnaires lobotomises bobo écolos parisiens on peut se demander si l’agriculture et la viticulture ont un intérêt pour ce pays! Toutes ces attaques financées par des lobbys bios et les GAFA à des seules fins capitalistes( aux détriments des vrais producteurs bio ,hve ou raisonnées)! Le savoir faire,la culture,l’agriculture et la viticulture française sont en train d’en faire les frais en laissant les marchés internationaux à nos concurrents qui n’ont aucunes de ces contraintes ! Ces mêmes donneurs de leçons qui se plaignent de ne plus avoir de textiles français,d’industries Françaises,etc..... vont-ils se rendre compte qu’ils détruisent notre métier
Zorro Le 03 novembre 2020 à 20:51:22
Élise Lucet au secours. Fait nous une vrai enquête.
Dominique Le 03 novembre 2020 à 15:40:51
On aurait aimé un tel enthousiasme pour se porter parties civiles lors des procès pour fraudes sur des vins de Bordeaux. Au lieu de cela, dans ces affaires qui les touchent, la plupart des plaignants ont brillé par leur absence. D'autres ont demandé un euro de dommages et intérêts ! Quelle conviction dans la plainte ! Il est stupéfiant de voir ceux qui ont maintenu l'ancien président de la FGVB ( condamné pour fraudes ) venir jouer maintenant les oies blanches et se plaindre d'un Bordeaux bashing auquel ils ont abondamment contribué. Pas de chance : cette procédure va arriver à l'audience au printemps, en même temps que le procès en correctionnelle de Hubert De Bouärd et Philippe Casteja. Ce n'est plus un plan de communication, c'est un suicide médiatique collectif. On avait vraiment besoin d'autre chose dans le désastre actuel.
MG Le 03 novembre 2020 à 14:59:19
C'est comme dans la cité de la peur ici : "Ça va trancher chérie !"
craoux Le 03 novembre 2020 à 10:11:28
C'est une curée … plutôt de débattre au fond, voire le cas échéant - si nécessaire - de pointer les biais (et de corriger) dans les pratiques, ces pros se regroupent en meute pour littéralement "mordre". On aurait pu imaginer, on aurait souhaité une réponse plus intelligente. Je m'autorise une réaction immédiate : je n'achèterai plus de vins du Bordelais jusqu'à nouvel ordre …
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