LE FIL

Du blanchet au pourprin

Michel Pastoureau et la palette des couleurs du vin

Samedi 31 octobre 2020 par Alexandre Abellan

Michel Pastoureau et la palette des couleurs du vin
- crédit photo : Académie du Vin de Bordeaux
Recevant le prix Montaigne de l’Académie du Vin de Bordeaux, l’historien du Moyen-Âge relit avec brio un texte du XIIIème siècle pour faire revivre la langue colorée de l’ancien français.

« On parlait déjà de vins blancs et rouge en latin, ce sont des couleurs conventionnelles sans rapport avec la couleur réelle. S’il était blanc, le vin aurait la couleur du lait » note le professeur Michel Pastoureau. Historien médiéviste connu pour ses œuvres sur les couleurs, il vient de recevoir le prix Montaigne de l’académie du vin de Bordeaux pour son ouvrage Jaune. Histoire d’une couleur (éditions le Seuil, 2019) et saisit l’occasion de se pencher sur le sujet des couleurs du vin au Moyen-Âge.

Recevant son prix ce 26 octobre à la mairie de Bordeaux, l’historien de la symbolique occidentale s’appuie sur le Dit des vins de France, poème du trouvère normand Henri d’Andeli rédigé vers 1220, pour retrouver la palette des couleurs du vin en ancien français. Le texte relate « une compétition imaginaire à la cour du roi Philippe Auguste pour juger les meilleurs vins de France. On demande à un prêtre anglais de juger 58 crus » raconte Michel Pastoureau, s’amusant d’une « longue tradition de britanniques départageant les vins » (le classement de 1855 se basant sur des cotations anglaises).

"Les trois vainqueurs sont…"

Au terme de la compétition, « le prêtre reconnaît 51 bons vins et 7 mauvais (qui n’existent plus actuellement : vins de Bretagne, du Maine… le plus mauvais est celui du Mans). Les trois vainqueurs sont les vins de Chablis, de Bordeaux et de Saint-Emilion. Qu’il juge dignes d’être les égaux du vin de Chypre, qui passait à l’époque pour être le meilleur vin du monde » résume Michel Pastoureau, qui note le vocabulaire des couleurs. Avec neuf nuances pour les blancs, du très clair (blanchet) au plus saturé (fauvelet) et sept nuances pour les rouges : du légèrement roux au nerci (tirant sur le noir), en passant par le rouge, tuilé, pourpre…

« On ne parle pas de rosé, au moyen âge on préférait le blanc en France, après l’influence britannique en Aquitaine, le rouge est devenu plus à la mode » précise l’historien. « En rendant leur histoire aux couleurs, vous avez redonné des couleurs à l’histoire » salue Xavier Darcos, le président du Jury du Prix Montaigne. « Comme Montaigne, vous avez le souci de la mesure autant que la transmission, c'est donc avec joie que nous vous décernons le prix qui porte son nom » renchérit Jean-Pierre Rousseau, le grand chancelier de l’Académie du Vin de Bordeaux.

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