LE FIL

Maladies du bois

L'esca progresse encore en 2020

Lundi 12 octobre 2020 par Marion Bazireau
Article mis à jour le 23/10/2020 15:42:14

Sous sa forme apoplectique, l'esca peut conduire au déssèchement total des raisins.
Sous sa forme apoplectique, l'esca peut conduire au déssèchement total des raisins. - crédit photo : DR
L’esca est en recrudescence dans le Languedoc sur tous les cépages. La maladie s'exprime à la fois sous forme lente et foudroyante. La progression est moins sévère à Cognac et dans la Loire. En Alsace, c'est le riesling qui a été le plus fragilisé par la contrainte hydrique.

Référent national sur les maladies du bois et le dépérissement de la vigne, Bruno Doublet ne dispose encore d’aucun retour chiffré concernant l’esca. Mais les premières remontées du terrain ne laissent rien présager de bon.

« Dans l’Aude, il n’y a même pas besoin de faire de comptages, on a vu les symptômes progresser à l’œil tout au long de l’année » lance Jean-Dominique Fourment, conseiller viticole pour le Cicovi.

Comme souvent, les symptômes de l'esca sont d'abord apparus sur le grenache et le mourvèdre. « Puis la maladie a touché tous les cépages, en prenant aussi bien des formes lentes que des formes apoplectiques, avec un dessèchement rapide des raisins » reprend le conseiller, avançant l’hypothèse que la vigne a mal supporté la sécheresse de l’été après s’être fortement développée au printemps.

"Peut être pas lié à la météo"

« Mais peut être que cela n’est pas lié à la météo, et que la maladie continue inéluctablement sa progression. Les vignerons commencent à vraiment s’inquiéter. Ceux qui cultivent du mourvèdre sont désemparés. Certains tentent le curetage, mais une fois que les vignes adultes sont touchées je crois qu’il n’y a plus grand-chose à faire pour stopper l’inoculum. Il faut vraiment qu’ils soignent la taille des jeunes vignes et mettent en œuvre un maximum de prophylaxie pour retarder les contaminations » insiste Jean-Dominique Fourment.

A Cognac aussi, la maladie est en légère progression. « L'esca s'est un peu plus exprimée qu’en 2018 et 2019 d’après les comptages réalisés sur nos 55 parcelles d’ugni blanc à la véraison. Nous restons dans la moyenne des 10 dernières années, avec 7,1 % de ceps touchés essentiellement par des formes lentes » indique Jean-Baptiste Morineau, ingénieur chargé d’études en viticulture au Bureau National Interprofessionnel du Cognac.

Statut quo en Alsace

L’esca a fait exactement autant de dégâts qu'en 2019 sur les parcelles de l'observatoire alsacien. 6,97% des pieds présentent des symptômes, avec 1,3% d'apoplexies sévères. « 3,44% des ceps d’auxerrois sont touchés, contre 3,67 l'an passé. Le gewurztraminer est à un niveau stable autour de 8%. En revanche, le riesling a légèrement plus souffert cette année, avec 7,06% des pieds contaminés, contre 6,72 en 2019. Ce n'est pas étonnant car c'est le cépage pour lequel l'expression des symptômes dépend le plus de la contrainte hydrique » expose Sophie Louise-Adèle, ingénieure viticole à l'IFV. 

« Ces résultats sont surement un peu sous-estimés car les comptages ont été arrêté début septembre mais je suis quand même rassurée, commente Marie-Noëlle Lauer, conseillère à la Chambre d'agriculture. Cet été j'ai vu des parcelles jusqu’à présent saines exprimer très fortement la maladie et je m'attendais à pire. »

"Pression moyenne, à moyenne +"

Ce 7 octobre dans le Maine-et-Loire, Thomas Chassaing était en train de réaliser des comptages pour l’observatoire d’Interloire. « Je suis dans une parcelle de Savennières touchée à 8%, mais je pense que globalement la pression 2020 sera similaire à 2019, moyenne à moyenne « + ». »

Comme tous les ans, ce technicien à l’ATV49 voit beaucoup d’apoplexie dans les vignes plantées sur schistes avec le porte-greffe SO4, sensible aux à-coups hydriques.

En Bourgogne le porte-greffe 161-49 C a fait plus de dégâts que l'esca

« J’espère que nous n’aurons pas un report sur 2021 mais l'esca s'est peu exprimé cette année alors que nous nous attendions à une explosion de la maladie compte tenu de la sécheresse » rapporte Pierre Petitot, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture de Côte d’Or. Habituellement très touchés, même les chardonnays âgés de 12 à 30 ans ont été relativement épargnés.

Dans la région, c’est la très forte extériorisation des symptômes de dépérissement liés au porte-greffe 161-49 C, sur des vignes de plus en plus vieilles, qui inquiète les viticulteurs. « Dans certaines parcelles le taux de ceps concernés par ce dépérissement est passé de 10 à 80% » regrette Pierre Petitot.

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