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Espagne
Les producteurs dénoncent des prix en dessous des coûts de production

La grogne monte chez les viticulteurs espagnols qui accusent les bodegas de payer les raisins à des prix inférieurs aux coûts de production. Face aux manifestations qui se multiplient dans les régions viticoles, le ministre de l'Agriculture convoque une réunion de la filière la semaine prochaine.
Par Sharon Nagel Le 14 septembre 2020
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Les producteurs dénoncent des prix en dessous des coûts de production
Pau Roca, directeur général de l’OIV, a fait part au ministre espagnol de l’Agriculture de ses inquiétudes pour le secteur vitivinicole au niveau international. - crédit photo : MAPA
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Des prix « en chute libre »

Ce 10 septembre, c’est dans la ville de Villarrobledo en Castilla-La Mancha que les viticulteurs espagnols ont exprimé leur colère face à des prix qu’ils affirment être en chute libre. D’après l’organisation agricole UPA, les prix payés aux producteurs seraient inférieurs de 30% à ceux de la dernière campagne. Alors même, qu’un décret royal publié l’été dernier précise que les prix reçus par les producteurs doivent au moins couvrir le coût effectif de production. Face à cette dégringolade, les organisations syndicales ont affirmé que les manifestations allaient se multiplier tant que la situation ne serait pas réglée. Ce, d’autant plus que les syndicats dénoncent aussi des contrats qu’ils qualifient d’illégaux, car faisant état de prix qui couvriraient les coûts de production. Dans ce contexte, le ministre de l’Agriculture, Luis Planas, a annoncé qu’une réunion sera organisée le 16 septembre avec les représentants du secteur viticole pour analyser les prix. Le ministre a également rencontré ce 9 septembre le directeur général de l’OIV, l’Espagnol Pau Roca. Celui-ci a présenté le plan stratégique de l’OIV pour la période 2020-2024 approuvé en juillet dernier et qui doit être ratifié par l’assemblée générale de l’Organisation lors de sa prochaine réunion en novembre à Paris. D’après l’agence Efeagro, Pau Roca a également profité de cette rencontre pour exprimer ses inquiétudes sur la conjoncture mondiale du secteur vitivinicole, évoquant une baisse de 11% des échanges internationaux en volume et de près de 22% en valeur au cours des derniers mois. Après la France, l’Espagne est le pays le plus touché par la crise, a indiqué le directeur général de l’OIV, qui a souligné la problématique des stocks dans un contexte de perspectives de récolte « relativement bonnes » dans des pays comme la France, l’Italie et l’Espagne.

 

Sept mois consécutifs de baisses des exportations en vrac

Il faut dire que l’Espagne a beaucoup souffert du double impact de la fermeture du secteur CHR – beaucoup fréquenté par les Espagnols – et de la baisse des exportations. Selon les organisateurs de la World Bulk Wine Exhibition dans la newsletter mensuelle de son Bulk Wine Club, les exportations de vins en vrac espagnols sont en chute libre, elles aussi. La baisse se chiffre à -22 millions de litres en avril (-22%) et -30 millions (-28%) en mai. Les expéditions en direction de la Chine, la Russie, la France et le Canada ont fortement régressé, une chute qui n’a pas été compensée par la progression des ventes en Allemagne, au Royaume-Uni, au Japon et au Danemark, pour ne citer qu’eux. « Le mois de mai était le septième mois consécutif de baisse des exportations de vins en vrac par l’Espagne », note la WBWE. Sur dix mois jusqu’en mai 2020, les exportations ont totalisé 8,7 millions d’hectolitres, soit près de 500 000 hl de moins que lors de la même période de la précédente campagne. La France, qui figure dans le peloton de tête des pays importateurs de vins en vrac espagnols, a logiquement contribué fortement au déclin global en avril et mai. Mais la Russie, également, y joue un rôle important, avec des baisses respectives de 80% et de 97% sur ces deux mois. En cause, selon la WBWE, la nouvelle loi fédérale qui est entrée en vigueur en juin dernier et exerce un impact négatif sur les importations de vins en vrac en Russie. Pau Roca estime que le secteur dans son ensemble devra subir deux années de crise avant de pouvoir remonter la pente.

 

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