LE FIL

Conflit d'intérêt

Le consortium sélectionné pour réétudier le glyphosate se retire

Vendredi 24 juillet 2020 par Marion Bazireau

L'Anses avait fait son choix par défaut, son appel à candidatures n’ayant reçu que quatre réponses.
L'Anses avait fait son choix par défaut, son appel à candidatures n’ayant reçu que quatre réponses. - crédit photo : Flickr
Ce retrait fait suite aux suspicions de conflit d’intérêt relayées par le journal Le Monde le 16 juin dernier. Seul le CIRC travaillera sur le potentiel cancérogène du glyphosate, avec des résultats attendus en 2021.

Fin avril, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), ainsi qu'un consortium scientifique constitué de sept laboratoires coordonnés par l’Institut Pasteur de Lille, avaient été retenus par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) pour réétudier le potentiel caractère cancérogène du glyphosate, en vue de sa réévaluation par l’Union Européenne fin 2022.

Ce 23 juillet, l’Anses a annoncé le retrait du consortium de sept laboratoires. L'agence ne financera que l’étude proposée par le CIRC, avec des résultats attendus pour le second semestre 2021.

Un risque de suspicion sur le résultat des études

L'histoire a démarré le 16 juin, quand le journal Le Monde a publié un article intitulé « Glyphosate : la déontologie de l’Anses mise en cause », dans lequel il relayait les propos de « lanceurs d’alerte » anonymes et une question au gouvernement de la députée Delphine Batho, dénonçant tous deux un conflit d’intérêt, « les modalités techniques de l’appel d’offres ayant été déterminées par un panel d’experts dont le patron, Fabrice Nesslany, de l’Institut Pasteur de Lille, a finalement remporté l’appel d’offres. »

Dans son communiqué, l’Anses indique que « les questions soulevées risquant de créer un climat de suspicion sur le résultat des études […], la coordination du consortium lauréat (l’Institut Pasteur, NDLR), suivie par plusieurs laboratoires impliqués, a fait part du retrait de sa participation. » Elle se défend en rappelant que « si la présence des mêmes scientifiques à plusieurs étapes du processus a pu interroger, l’absence de conflit d’intérêt du coordonnateur du consortium, et de tous les responsables des laboratoires impliqués, vis-à-vis de l’industrie phytosanitaire avait été vérifiée. »

L’Anses précise également que, bien que scientifiquement pertinent, elle avait fait son choix par défaut, son appel à candidatures n’ayant reçu que quatre réponses.

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popol Le 25 juillet 2020 à 10:22:54
Un parallèle à établir avec notre crise du COVID où l'on s'aperçoit qu'il devient quasi impossible de faire réaliser des études pour évaluer les impacts sanitaires des produits concernés en toute neutralité. Les comités scientifiques constitués ne sont publics que de nom puisque les experts convoqués ont bien trop souvent des liens directs de financement avec les industriels de la santé (big pharma) ou en la circonstance de l'agrophyto pour le glyphosate. Nous récoltons les fruits d'une politique ou la puissance publique a été affaiblit et ne tient sa survie que par des financements privés. Dans le même ordre d’idée et malgré un discours de façade permanent devenu insupportable, le problème est semblable quand il s'agit de la recherche agronomique sur le bio qui progresse à la marge car le biais du financement privé là aussi interagit négativement, privilégiant le court-termisme et l'exploitation maximale de l'industrie agrophyto en quête de profits.
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