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Sauternes

Château d'Yquem certifié bio en 2022

Jeudi 23 juillet 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 24/07/2020 11:11:05

La conduite en bio « n’est pas une découverte totale, nous avions déjà la moitié du vignoble en bio à titre d’essai » indique Francis Mayeur.
La conduite en bio « n’est pas une découverte totale, nous avions déjà la moitié du vignoble en bio à titre d’essai » indique Francis Mayeur. - crédit photo : G. Uferas (château d’Yquem)
Ayant surmonté l’épreuve du feu du millésime 2020, et sa pression mildiou inédite, le premier grand cru classé supérieur en 1855 est confiant pour la suite de sa conversion.

Conversion emblématique. Annoncée comme une évidence le 13 mai 2019 par Bernard Arnault, le président de LVMH, la conversion à la viticulture biologique du château d’Yquem s'est amorcée dans la foulée, pour viser une certification dès le millésime 2022. « Depuis le 12 août 2019, nous avons enclenché la démarche, mais cela faisait deux ans que nous testions la moitié des surfaces en traitement bio » pointe Sandrine Garbay, la maître de chai du premier grand cru classé supérieur en 1855. Avec un millésime 2020 très propice au développement du mildiou dans le vignoble de Bordeaux, « pour notre première année 100 % bio, nous avons été servis par la météo ! » résume Francis Mayeur, le directeur technique du château d’Yquem.

Sur les 100 hectares de vignes de la propriété, le principal défi aura été de pouvoir passer en tracteur dans des parcelles aux sols pentus, argileux et travaillés mécaniquement pour les traiter après les fortes pluies. « Notre difficulté se résume au lessivage du cuivre. Cela a demandé de l’anticipation pour protéger les vignes avant, et de la réactivité pour retourner le plus rapidement possible dans les parcelles » rapporte Francis Mayeur, qui dispose désormais d’un sixième pulvérisateur pour couvrir le vignoble.

"Chaud et humide, c’est tropical"

Disposant d’une station météo depuis 140 ans, le château d’Yquem n’a jamais enregistré un plus fort cumul de pluie entre avril et mai qu’en 2020 (qui se positionne juste devant les millésimes 1932, 1992, 2012 et 2013). Cette année étant la cinquième plus chaude enregistrée (derrière 2011, 2003, 2005 et 2017), ce millésime est déjà « hors norme. Chaud et humide, c’est tropical ! » résume Francis Mayeur, qui travaille à Yquem depuis 1983. Avec douze traitements en moyenne et une dose de cuivre arrivée au plafond réglementaire (4 kg/ha), le grand cru s’est acharné à limiter les dégâts (finalement réduit aux grappes et feuilles de quelques parcelles).

Pour lutter contre un mildiou particulièrement virulent, « nous avons alterné les hydroxydes et oxydes de cuivre, avec une résine de pin pour plus coller. Nous avons utilisé des biocontrôles autorisés (Blason) et des huiles essentielles d’orange pour sécher plus vite les feuilles… Avec du souffre à chaque fois, par crainte du black-rot » détaille Francis Mayeur. Ayant déjà affronté la forte pression mildiou du millésime 2018, le directeur technique souligne qu’il n’a pas essuyé d’orage de grêle cette année. Si le changement climatique peut expliquer la hausse des précipitations et des températures printanières, il apporte également un automne plus sec et chaud, ce qui est propice à la maturité des baies botrytisées souligne Francis Mayeur.

La malédiction des millésimes en "2"

Ayant passé sans trop de casse cette première année de conversion, le château d’Yquem contrecarrer la malédiction des millésimes en 2 pour sa certification en 2022. Le grand cru classé a en effet déclassé le millésime 2012, comme avant lui les récoltes 1992, 1972…

 

 

 

« Nous faisions du bio sans le savoir avec le travail du sol, l’utilisation de fumier organique, la plantation de haies, la confusion sexuelle… Et pas d’anti-botrytis évidemment » souligne Francis Mayeur. Photo : G. Uferas (château d’Yquem)

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VOS RÉACTIONS
Dominique Le 27 juillet 2020 à 23:26:25
Cher Semillon, permettez que je ne sois pas satisfait de l'état dans lequel se trouvent nos appellations de Bordeaux. Prenons cette magnifique appellation de Sauternes à l'identité exceptionnelle. Elle est aujourd'hui totalement sinistrée. Bien sûr, quelques grandes fortunes y installent des activités connexes au vin. De beaux bâtiments sont restaurés. Mais plus personne n'y vit correctement du vin lui-même, et pas seulement depuis le Covid. Si ces grandes fortunes avaient eu, en temps voulu, une vision pour cette appellation et avaient contribué à ré-enchanter les vrais liquoreux, on n'en serait pas là. Au lieu d'une réflexion stratégique collective de long terme, on a eu une vision rabougrie d'épiciers, une juxtaposition de logiques d'entreprise défendant juste leur propre étiquette. Et le passage en bio de Yquem avec 20 ans de retard ( dont je me réjouis quand même ) n'est malheureusement qu'une manifestation de plus de ces opportunités manquées. Où est donc passé l'esprit collectif qui a enfanté les appellations d'origine ?
Semillon Le 27 juillet 2020 à 13:47:53
@Dominique, vous semblez être un insatisfait permanent. Que les grands crus n'aient pas été les tout premiers à se lancer dans du bio c'est un fait, mais le virage semble être pris et vous pourriez vous en réjouir, mais non. A vous écouter, il ne faut pas que Bordeaux reste dans ces pratiques ancestrales mais il ne faut pas non plus que Bordeaux essaye de changer et de devenir un peu plus vertueux. Donc quel virage doivent prendre les vignerons ? Vous qui semblez tout connaitre...
Dominique Le 27 juillet 2020 à 08:48:04
Bel exemple du retard à l'allumage des grands crus de Bordeaux, pas vraiment en phase avec les préoccupations de la société. A force d'être confiné dans Bordeaux-Centre la semaine et au Cap Feret le week end, on finit par ne plus être que dans un entre-soi, coupé d'un monde où on parle de pesticides, de biodiversité et de changement climatique. Ceux qui étaient les "locomotives" de Bordeaux ne sont plus que des wagons supplémentaires à tirer. Pour ne pas dire des boulets vu leur réputation de collet monté. Depuis 2007, la bio s'est considérablement développé à Bordeaux, contre l'opinion de l'establishment en place. Les mouches changent d'âne. Tant mieux mais pas d'Yquem bio en bouteille avant 2023, voire plus. Quelle avant-garde !
slow Le 25 juillet 2020 à 08:08:42
c'est un échec pour la technique bio. c'est à l'encontre des résultats promis. plus de passages, plus de produits associés plus de co2 produit. cette technique a un prix trop élevé. il faut un vrai produit bio pour lutter contre le midiou pour remplacer le cuivre qui est dépassé, car trop polluant pour les sols.
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