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Prime aux perdants ?
Les inégalités du plan de crise fracturent l'unité viticole

Distillation oui, exonérations non. Ne bénéficiant pas d'une enveloppe suffisante pour répondre à tous les besoins, les mesures gouvernementales de soutien à la filière vin augmentent les frustrations.
Par Alexandre Abellan Le 10 juillet 2020
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Les inégalités du plan de crise fracturent l'unité viticole
En mettant la priorité sur la distillation, le gouvernement créé de la frustration dans les bassins n’y ayant pas recours et où la grogne monte, dans les vignobles septentrionaux, mais pas que. - crédit photo : La Corde Sensible de René Magritte, 1960.
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a cote étant mal taillée depuis l’origine, chaque ajout d’un côté semble en déshabiller un autre. Déjà perceptibles il y a quelques semaines, les insatisfactions et tensions entre les vignobles bénéficiant de la distillation de crise et ceux demandeurs d’exonérations de charge se relancent. Ce 9 juillet, le gouvernement barre la route à toute modification du cadre d’allégements de charges qui aurait permis à la filière vin d’en profiter plus largement (pour une exonération de 100 % de mars à juin, il faut justifier d’une perte de 80 % du chiffre d’affaires), tandis que l'exécutif annonce envisager une possible rallonge de 45 millions d’euros à la distillation de crise (actuellement dotée de 150 millions €, permettant de distiller moins de 60 % des 3,3 millions d’hectolitres enregistrés).

« Ça nous fait une belle jambe, nous attendions beaucoup des exonérations. Nous sommes déçus et en colère, le compte n’y est pas » pose froidement Maxime Toubart, le président du Syndicat Général des Vignerons de Champagne (SGV). Le vigneron champenois précise ne pas être jaloux et prôner l’unité, mais avoir la désagréable impression de ne pas être entendu. Un sentiment fort dans le vignoble septentrional (Champagne donc, mais aussi Alsace, Bourgogne…), mais pas seulement.

Pourquoi la filière viticole n’est-elle plus entendue par le gouvernement ?

Ce sentiment que la filière vin n’est pas considérée à sa juste valeur scandalise également Eric Pastorino, le président du syndicat des Côtes de Provence. « Je rejoins ce qu’a dit le président des Vignerons Indépendants de France [sur Vitisphere], aujourd’hui, on doit se poser une question : pourquoi la filière viticole n’est-elle plus entendue par le gouvernement alors qu’elle est unanime et représente un tel poids social et économique ? » interroge le vigneron provençal. Blessé par cette déconsidération apparente, il « n’arrive pas à comprendre que l’on ne soit pas entendus, malgré nos députés qui se démènent et les représentants de la filière qui font un boulot formidable… »

Si Eric Pastorino précise que les vins de Provence se portent bien mieux économiquement que les vignobles demandeurs de distillation (à 60 % le Languedoc-Roussillon et l’Aquitaine), il martèle avec ses tripes que « des structures faibles risquent de disparaître. Quand je vois les milliards accordés à l’aéronautique et à l’automobile, nous n’en demandions pas tant. Nous voulions qu’un seuil de 80 % [de baisse du chiffre d’affaires] passe à 50 %. Ce qui vaut pour un restaurateur ne fonctionne pas pour un viticulteur. Je suis sûr que cela n’aurait pas coûté des sommes folles. »

Prime aux perdants

En creux se dessine le reproche de subventions gouvernementales bénéficiant aux vignobles en déséquilibres structurels (les difficultés commerciales ne datent, par exemple, pas du coronavirus à Bordeaux) et n’aidant pas l’ensemble des bassins viticoles touchés par une crise conjoncturelle inattendue (la mise en place d’un confinement mondial face au coronavirus). « [L’Etat] aide ceux qui ne vont pas en pensant que ceux qui vont bien s’en sortiront. Ce n’est pas le fruit du hasard si nous fonctionnons bien. Nous pilotons nos rendements avec des outils d’équilibre de la Champagne » explique Maxime Toubart, pour qui « notre stratégie, c’est de maintenir la valeur. Ce qui aurait vite remboursé l’enveloppe d’aide en TVA et impôts. »

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Tous les commentaires (1)
Ipi Le 11 juillet 2020 à 11:12:27
La viticulture fran?aise est en tr?s mauvaise passe. Le coronavirus n?est qu?un ?pisode d?une longue trag?die. Les acheteurs internationaux fuient nos vins, confront?s ? toute sorte de murs dont les viticulteurs sont aussi responsables: D?multiplication Et complexit? des appellations, absences de hi?rarchie et de coh?rence dans ces m?mes appellations, multiples noms de ch?teaux plus ou moins inexistants, D?cisions de certification/non-certification Des Odg de cuv?e incompr?hensibles (avec blocage de La marchandise, histoire de mettre de bonne humeur le client qui finira par se fournir en Espagne ou dans les Pays de l?Est....)....etc....etc..... En bref, un m?lange d?intransigeance et de manque de rigueur qui accompagne une montagne d?obligations administratives gouvernementales. Les viticulteurs sont Finalement ?puis?s et ne luttent plus vraiment. Que va-t?il vraiment rester de la viticulture fran?aise dans 10 ans? Jamais la question n?a ?t? autant d?actualit?.....
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