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Réflexions de crise
Les vins de Bordeaux mis face aux demandes du négoce

La Chambre d'Agriculture de Gironde souhaite diffuser au plus grand nombre les retours des marchés concernant les goûts actuels du marché, d'après les profils recherchés par les négociants bordelais.
Par Alexandre Abellan Le 13 juillet 2020
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Les vins de Bordeaux mis face aux demandes du négoce
Animées par Catherine Duperat, la directrice de Bordeaux Négoce, les sessions de dégustation du 8 juillet ont aligné deux Bordeaux blancs, deux Bordeaux rosés, deux vins de France (merlot et cabernet sauvignon), trois Bordeaux rouges standards, deux Bordeaux rouges premium et 4 Médoc rouges. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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pération pédagogie ce 8 juillet au Vinopôle de Blanquefort avec la dégustation de 15 vins correspondants à des profils recherchés par les marques des maisons de Bordeaux. Organisée par le syndicat des négociants de Bordeaux (Bordeaux Négoce) et la Chambre d’Agriculture de Gironde (CA33), cette présentation d’échantillons bruts de cuve d’appellation (Bordeaux et Médoc) et sans indication géographique (cépages merlot et cabernet sauvignon) doit permettre aux 45 professionnels ayant dégusté sur la journée (œnologues conseils, représentants de syndicats viticoles, courtiers…) d’avoir en tête les attentes et besoins des négociants avant les prochaines vendanges.

Si les caves particulières en contact direct avec le consommateur connaissent bien les goûts de leurs clients, celles faisant appel à des courtiers ou des négociants passent par un filtre explique Laurent Bernos, le directeur du service vigne et vin de la CA33, qui va donc à la source des metteurs en marché pour faire remonter les informations aux producteurs de vin. « L’objectif est de coller aux goûts du consommateur, de suivre les tendances de marché » affirme Laurent Bernos, qui évoque le besoin de « plus de rondeur et de couleurs dans les assemblages. On cherche le croquant, la structure, la vivacité et les arômes fruités ». Pour se faire, l’ingénieur agronome propose donc de travailler en conséquence les pratiques culturales et œnologiques afin d’atteindre le profil de vin attendu.

Date de récolte

Alors que les effeuillages sont finis dans le vignoble bordelais, il semble un peu tardif pour intervenir davantage sur l’itinéraire viticole sur la hauteur de feuillage à la vigne. « La date de récolte est un point clé de la décision cette année » indique Laurent Bernos, qui en fait non seulement un levier de maturité, mais de contrôle des arômes fruités et du degrés d’alcool. Sachant que la décision se fait au cas par cas, sur dégustation des baies, selon la spécificité de chaque parcelle et les impératifs de chaque exploitation. Evoquant également les leviers de vinification (choix de levures, modalités de macération…), Laurent Bernos souligne qu’il « faut garder la typicité de Bordeaux, [tout en répondant à] la demande d’aujourd’hui ».

Alors que le décalage entre l’offre et la demande se creuse à Bordeaux (avec 3,5 millions d’hectolitres commercialisés sur la dernière campagne, alors que 5 millions hl sont produits), l’adaptation des profils aux goûts modernes ne suffira pas reconnaît Jean-Samuel Eynard, secrétaire-adjoint de la Chambre d’Agriculture de Gironde. « Je pense qu’une porte de sortie, c’est d’augmenter la contractualisation entre vignerons et négociants » estime le vigneron des Côtes de Bourg. Se disant incapable de comprendre pourquoi il n’y a pas plus de partenariats, le président de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles de Gironde (FDSEA33) reconnaît que « des vignerons ne sont pas prêts à voir passer l’œnologue de leur négociant dans leurs chais deux fois par semaine, des négoces ne sont pas prêts à mettre le budget pour contractualiser sans avoir la certitude de tout vendre derrière. »

Sortie de crise

Estimant que ce n’est pas à la Chambre d’Agriculture de se positionner sur les débats concernant les rendements 2020, son président, Jean-Louis Dubourg, souhaite « aider les viticulteurs à avoir les meilleurs éléments pour produire les vins attendus par le marché et le négoce [et] préparer les viticulteurs à avoir une meilleure résilience, à bien connaître leurs points forts et faibles face à une situation inconnue, pour rebondir et subir le moins possible. » En matière de « stratégie de sortie de crise, pour mois c’est un tout. On a commencé par la campagne de distillation (pour laquelle il manque des fonds), ensuite il va falloir arracher dans le vignoble, puis relancer la promotion pour regagner des parts de marché » prévient Jean-Samuel Eynard.

Cette dégustation d’échange avec le négoce devrait s’institutionnaliser pour devenir annuelle à l’avenir (la précédente initiative datant de 2018). Devant se tenir en début d’année, ce rendez-vous pourrait être complété par une dégustation avec les acheteurs de la grande distribution. Cette réflexion doit devenir habituelle, n’étant pas inhérente à la période de crise commerciale actuelle conclut Laurent Bernos.

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Tous les commentaires (1)
VignerondeRions Le 17 juillet 2020 à 16:21:05
C'est ? la fois une bonne id?e et en m?me temps un constat d'?chec pour la fili?re. Je vends mes vins aux particuliers et ?a progresse mais je ne peux pas ?tre toute l'ann?e sur la route, je suis aussi dans mes vignes et dans mon chai. S'il y a un truc qui me surprend, c'est qu'un n?gociant me dise sur le m?me produit que nous vendons plut?t bien, c'est invendable (!!!) Soit ma client?le particuli?re est compl?tement folle, soit les acheteurs sont d?connect? de l'attente du consommateur. Dans tous les cas le constat d'?chec est r?el, et le probl?me c'est qu'on n'?change jamais avec nos potentiels acheteurs pour enfin r?pondre ? leurs attentes puisqu'il y a un filtre nomm? "Courtier".
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