LE FIL

Gironde

Privés de salaires par leur employeur chinois, trois salariés gagnent aux prud’hommes

Mercredi 01 juillet 2020 par Colette Goinere

Passé sous pavillon chinois, le château de Pic vit des heures difficiles.
Passé sous pavillon chinois, le château de Pic vit des heures difficiles. - crédit photo : Creative Commons CC0
Le conseil des Prudhommes de Bordeaux ordonne que le propriétaire chinois du château de Pic verse les trois mois d’arriérés de salaires à trois employés de cette propriété en AOC Cadillac Côtes de Bordeaux, implanté au Tourne en Gironde.

Le délibéré est tombé le 25 juin dernier. Ce jour-là le Conseil des Prud’hommes de Bordeaux a donné raison à trois employés du château de Pic, à savoir le tractoriste, le chef de culture et une cadre administrative, qui avaient porté l’affaire en justice. Les trois autres salariés (un chinois, un couple, elle française et lui chinois) n’ont pas jugé utile de saisir en référé le conseil des Prud’hommes.

La veille de l’audience, le 17 juin dernier, les employés avaient reçus un mail de la part de l’actionnaire, le groupe XU, installé dans le nord de la Chine à Yinchuan, leur indiquant que la conjoncture n’était pas « terrible » et que la distribution des vins en Chine liée à la restauration souffrait. En conséquence, le tractoriste, le chef de culture et la cadre administrative étaient licenciés. Une décision qui ne sera pas suivie d’effet. Hélène Pauly, la responsable administrative du château est toujours en poste : « Mon travail quotidien consiste à faire patienter les fournisseurs et à renégocier des reports de dettes » lâche-t-elle. A la vigne, ce n’est pas mieux. « C’est une forêt vierge. Elle n’a pas été taillée. Il n’y a plus de gazoil pour faire tourner les tracteurs « confie-t-elle.

Rénovations hasardeuses

Pourtant tout avait démarré sous les meilleurs auspices. En 2012, le chinois Shourui Wu à la tête d’un groupe spécialisé notamment dans l’immobilier rachète cette propriété de 31 ha. Très vite les investissements s’enchainent :  arrachage de quelques 25 ha, replantation sur 18 ha, rénovation intérieure du château, sans pour autant remanier la toiture qui va provoquer nombres de gouttières. Mais il y a surtout un gros projet de chai à barrique enterré lancé en mai 2016. Une co-gérante d’origine taiwanaise est chargée de suivre ce dossier. Une petite entreprise de maçonnerie s’attaque au chantier. « Il n’y a pas eu d’étude de sol, pas d’étude de béton, pas de suivi par un architecte » note Bernard Pitoux, chef de culture et maitre de chai. Très vite, un des murs montés présente des malfaçons. Finalement fin octobre, l’entreprise de maçonnerie déclare forfait. Elle abandonne le chantier.  Quelques semaine semaines plus tard, trente mètres de murs s’effondrent. Le propriétaire chinois entame notamment une procédure à l’encontre de la co-gérante. Un expert judiciaire nommé, ordonne de tout raser. Fin de partie.

En décembre 2017, un bloc de granit de 40 tonnes livré par container maritime est installé sur la propriété. Dans la culture chinoise il est censé porter chance. Pas sûr.  A l’été 2019, la propriété passe dans le giron d’un autre chinois, la famille XU. Très vite le climat se dégrade. « L’actionnaire ordonne, mais il n’y a pas de plan sur le long terme ni de gestion. Depuis décembre, il n’y a plus de trésorerie « observe Helene Pauly.  

3000 hl de vin qui correspondent à quatre millésimes attendent dans le chai tout comme 28 00 bouteilles stockées. Bernard Pitoux, toujours salarié du château, tourne en rond : « Je bricole à l’atelier, je m’occupe du chai. Depuis six ans on fait avec les moyens du bord. Ainsi je n’ai jamais pu obtenir un tombereau à vendange » indique-t-il.

"Méconnaissance de la vigne"

Corinne Lantheaume, secrétaire du syndicat de l’agroalimentaire CFDT Gironde, qui assiste les trois salariés, a son idée : « C’est toujours le même scénario. Les chinois achètent de beaux bâtiments, ils se prennent en photos devant les grilles du château. Mais ils ont une gestion aberrante, une méconnaissance de la vigne, du droit du travail et de la culture française. C’est un vrai problème » souligne telle.

Récemment alertée, la MSA étudie une aide pour les salariés et demande leurs coordonnées « Je suis tenue de faire une demande préalable auprès du propriétaire chinois pour communiquer les coordonnées des employés. Ce dernier a répondu que la démarche de la MSA n’était pas nécessaire car nous allions être payés dans deux jours ». Une promesse non tenue. De son côté, la chambre d’agriculture de la Gironde, a proposé que Laurent Chu qui anime l’association viticole franco-chinoise serve « d’intermédiaire"dans cette affaire.

Pendant 15 jours, le propriétaire chinois peut faire appel de la décision du Conseil des Prud’hommes. La CFDT qui soutient les salariés, va entamer plusieurs procédures : le mandat d’un huissier chargé de saisir le matériel à hauteur de la dette (16 000 € correspondant aux arriérés de trois mois de salaires), une demande de résiliation judiciaire des contrats de travail, et une demande de dépôt de bilan.

 

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