LE FIL

Essai de deux ans

Des sénateurs proposent d’assouplir la loi Évin dans les stades

Mardi 23 juin 2020 par Alexandre Abellan

« Nous demandons que cessent ces attaques répétées contre la loi Évin » alerte l’ANPAA.
« Nous demandons que cessent ces attaques répétées contre la loi Évin » alerte l’ANPAA. - crédit photo : ANPAA
Ayant l’objectif de soutenir économiquement les clubs sportifs, un plan de relance sénatorial préconise de faciliter la communication et la commercialisation de boissons alcoolisées pendant les compétitions.

Proposant notamment d’« assouplir la loi Évin dans les enceintes sportives avec une évaluation en 2022 » le groupe de travail chargé d'étudier les conséquences de la crise sanitaire sur le secteur du sport compte « accompagner la relance économique du secteur » du sport à la suite de la pandémie de coronavirus. Il s’agit notamment « d'autoriser la consommation dans les stades de certains alcools et certaines publicités pendant deux ans, jusqu'à la fin de la saison 2021-2022, puis de réaliser une évaluation indépendante de cette évolution » rapporte ce 17 juin en commission le sénateur Jean-Jacques Lozach (groupe Socialiste et Républicain).

Remettant son rapport, l’élu de la Creuse estime que « le régime d'autorisation qui permet aux clubs de vendre de l'alcool dix fois par saison n'est pas satisfaisant. Pourquoi limiter ces exceptions si elles ne posent pas de difficulté ? Par ailleurs, leur contrôle paraît pour le moins défaillant, donnant lieu à des inégalités entre les clubs. » Afin d’aider économiquement les clubs de sport, ces sénateurs proposent donc d’amender la loi Évin.

"Lobby parlementaire de l’alcool"

« Après avoir élargi les possibilités de communication publicitaire lors de la précédente mandature*, le lobby parlementaire de l'alcool repart à l'assaut en faisant sauter un des derniers verrous de la loi Évin qui interdit le sponsoring du sport par les cigarettiers et les alcooliers » s’indigne un communiqué de l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA). « Cibler la loi Evin est une solution de facilité. Rappelons que son objectif est de protéger les jeunes de la consommation d’alcool » ajoute l’ANPAA, estimant que « ce nouvel épisode montre que les lobbies de l’alcool n’ont pas cessé leur activité durant la crise et qu’ils sont toujours au chevet de parlementaires prêts à les écouter. Sous le prétexte du soutien au sport, l’industrie de l’alcool n’a qu’une priorité : rogner progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France se soit dotée. »

Réponse du berger à la bergère, dans un communiqué, les Brasseurs de France, la Fédération Française des Spiritueux et la Fédération Française des Vins d’Apéritif indiquent ne pas souhaiter ces évolutions réglementaires. « Les organisations professionnelles, représentant les entreprises du secteur des boissons alcoolisées, [...] estiment en effet indispensable de préserver les équilibres réglementaires actuels sur ces questions sensibles » précisent les trois organisations, soulignant que « ni les organisations du secteur ni leurs entreprises adhérentes n’ont été consultées dans le cadre de ces travaux sénatoriaux ».

Proposition au ministère

Au Sénat, les propositions d’évolution de la loi Évin n’ont pas soulevé de critiques au sein de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication. « Vos propositions, cher Jean-Jacques, sont très appréciées ; certaines d'entre elles sont extrêmement fortes. Nous les ferons entendre auprès de la ministre des sports » pointe la sénatrice Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission, ajoutant que « le sport est en effet le grand oublié des préoccupations de cette crise, derrière le secteur de la culture ce qui n'est pas peu dire ! »

 

* : Soit la clarification de la loi Évin concernant la communication œnotouristique (cliquer ici pour en savoir plus).

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé