LE FIL

Dérogation au 85/15

La nécessité d'assembler les millésimes s'éloigne en Provence

Vendredi 19 juin 2020 par Alexandre Abellan

« Nous ferons le point en Provence après le 31 août et les gros mois de consommation de rosé » indique Éric Pastorino, le président de l’ODG Côtes de Provence.
« Nous ferons le point en Provence après le 31 août et les gros mois de consommation de rosé » indique Éric Pastorino, le président de l’ODG Côtes de Provence. - crédit photo : CIVP
Portée par la filière des vins français, la demande d'un assemblage 70/30 ce millésime perd en vigueur face aux difficultés réglementaires rencontrées à Bruxelles et aux perspectives commerciales moins mauvaises que prévues.

Sujet déjà sensible en temps normal, le mécanisme du 85/15 (soit l’ajout d’un maximum de 15 % d’un millésime à un vin revendiquant une autre année de récolte) devient encore plus épineux depuis que l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV) porte une demande de dérogation de 70/30 pour le millésime 2020 (soit une possibilité d'intégrer jusqu'à 30 % de millésime 2019 dans le millésime 2020, tout en revendiquant ce dernier). Initiée en mars dans le Sud-Est en plein le confinement (stoppant des ventes) et après les gelées dans le Var, cette demande permettrait de valoriser les vins rosés 2019 invendus sous la nouvelle étiquette du millésime 2020.

Notamment demandé en Provence et dans certaines zones du Languedoc, ce passage du 85/15 au 70/30 serait également soutenu par les filières espagnoles et italiennes souligne un membre de la Confédération Nationale des producteurs de vins AOC (CNAOC). Mais malgré ces soutiens, « les voix du succès sont proches de zéro. Il y a des enjeux réglementaires, mais c’est moins problème législatif que de volonté » tranche ce connaisseur des arcanes bruxelloises.

De la mesure d'urgence à l'outil optionnel

Dans le vignoble provençal, la perspective d’une fin de non-recevoir par la Commission Européenne laisse assez impassible. « Ça peut être un outil utile, mais nous ne sommes pas sûr de l’obtenir et d’en avoir besoin » explique Éric Pastorino, le président du syndicat viticole des Côtes de Provence. Témoignant d’un contexte très évolutif en cette période de crise du coronavirus, cette approche relativiste s’appuie sur une baisse des ventes moins élevée que craint au début du confinement. « Chaque mois la tendance est un peu meilleure. Ou plutôt un peu moins mauvaise. Nous avons enregistré -36 % de sorties de chais en mars, -22 % en avril et -9 % en mai. Du premier janvier à fin mai, la baisse est de -18 % » rapporte Brice Eymard, le directeur général du Conseil Interprofessionnels des Vins de Provence (CIVP).

Diminuant depuis mars grâce à cette résilience commerciale, la pertinence du 70/30 dépend désormais des ventes estivales. « Si les ventes des mois de juillet-août sont identiques à celles de l’an passé, nous n’aurions pas besoin d’utiliser ce mécanisme » souligne Éric Pastorino. La filière provençale attend donc la fin août pour savoir si le 70/30 sera réellement nécessaire, en fonction des résultats des deux principaux mois de consommation de rosé (comptant s'appuyer sur les relances du tourisme et de la restauration) et des prévisions de vendanges (qui s'annonceraient peu généreuses). Se souvenant des tensions sur les cours d'il y a deux ans, la perspective d'une mise en stock pourrait même apaiser le pilotage des rosés de Provence. « Mais attention, il y a un bémol. Les situations sont hétérogènes selon les caves. Nos données sont macroéconomiques, des cas peuvent être plus exposés » pondère Brice Eymard.

"Valeur de nos vignobles"

Concernant les autres leviers d’aides conjoncturelles au vignoble, les vins de Provence indiquent une faible appétence pour la distillation de crise, mais un fort intérêt pour le stockage privé, ainsi qu’une grande déception pour le dispositif d’exonérations de charges. Avec un seuil d’accès de 80 % de perte du chiffre d’affaires, « peu d’entreprises pourront en bénéficier. On se demande si nos politiques tiennent compte de la valeur de nos vignobles en termes d’emplois et de valeur ajoutée » conclut amèrement Éric Pastorino.

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