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Comment préparer l’après-Covid
« Il faut aborder cette crise comme si elle s'installait sur la durée »

L'analyste britannique Wine Intelligence redouble d'efforts pour guider les professionnels vers un avenir plus positif. Cette semaine elle a organisé deux webinaires pour apporter idées et conseils et préparer l'après-Covid.
Par Sharon Nagel Le 12 juin 2020
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« Il faut aborder cette crise comme si elle s'installait sur la durée »
Le grand gagnant de la crise de 2008 ? Le prosecco. - crédit photo : Pixabay
S

i les entreprises devaient retenir un seul mot de la crise du Covid-19, c’est sans doute « adaptation ». Transformer des parkings en terrasse de restaurant, métamorphoser des restaurants en boutiques de vente à emporter, ou encore lancer la fabrication de gel hydro alcoolique : les exemples d’adaptation réussie sont légion. « La crise correspond à la théorie du « cygne noir » » explique Juan Park, directeur Espagne et Amérique du Sud auprès de Wine Intelligence. Entendons par là, des événements inédits et imprévisibles dont les conséquences sont inconnues, qui obligent à repenser son modèle d’entreprise et à se rendre compte de ses erreurs stratégiques. Trop d’accent mis sur le secteur CHR ou sur un marché donné, ou bien gamme de produits trop restreinte qui ne permet pas de répondre à la nouvelle demande, sont autant d’éléments qui nécessitent des ajustements. Mais se lamenter sur le passé n’a jamais permis d’aborder l’avenir sereinement et qui dit crise, dit également opportunités. « Les analystes prennent l’exemple de la fermeture d’une ligne de métro », poursuit Juan Park. « Les passagers doivent modifier leur itinéraire. Une fois la ligne ré-ouverte, certains reprendront leurs habitudes antérieures tandis que d’autres auront découvert de nouveaux itinéraires qui fonctionnent mieux et les conserveront. C’est ce qui va se passer avec cette crise ».

 

Comment le prosecco est né de la dernière crise

Voici pour la théorie, mais Juan Park cite un exemple concret assez édifiant. Pendant la crise de 2008, le cava s’est développé au détriment du Champagne, puis les Italiens se sont engouffrés dans la brèche. « Inexistant il y a dix ans, le prosecco a tiré profit de nouvelles habitudes de consommation provoquées par la crise. Il a été positionné avec habileté pour répondre à une demande de petits luxes du quotidien, de fêtes informelles entre amis ou en famille, offrant un goût agréable et un bon rapport qualité-prix. La suite des choses, nous la connaissons ». Pour le Champagne, l’histoire est en train de se répéter mais quelles sont les autres opportunités qui pourraient être saisies par la filière ? « Les crises servent souvent de déclencheurs ou d’accélérateurs de tendances et d’occasions de consommation. Cette fois-ci, on a vu un engouement en faveur de packagings relativement récents, dont les BIB. En termes de styles de produits, les jeunes – qui aux Etats-Unis, par exemple, ont découvert la consommation de vin à domicile – affectionnent les vins effervescents parfumés aux fruits, faiblement alcoolisés, éventuellement conditionnés en cannettes. La crise pourrait accélérer ces tendances », estime Juan Park, qui insiste sur l’intérêt de communiquer à l’heure actuelle : « Chaque euro dépensé fera plus de « bruit » en ce moment ».

 

Se préparer pour une nouvelle crise

Il ne s’agit pas uniquement d’investir dans les efforts de communication classiques, mais plutôt de montrer aux consommateurs qu’on appréhende leurs inquiétudes et leurs besoins. « Certaines propriétés proposent des séjours bien-être gratuitement au personnel soignant. Un bar à Pampelune en Espagne a fait venir un robot pour servir la bière : il ne le fait pas bien mais cela crée le buzz et permet de réactiver les habitudes de consommation. Enfin le célébrissime restaurant Noma à Copenhague propose des burgers et un verre de vin pour marquer son ouverture ». Autre initiative, en Vénétie, une cave en panne de commercialisation dû au confinement s’est retrouvée avec 6 000 bouteilles de prosecco non vendues. Elle a lancé un concours de conception d’étiquette dont la valeur des trois prix augmente en fonction du nombre de bouteilles pré-vendues. A noter, comme l’a souligné Juan Park, qu’aucune de ces initiatives n’impliquent de brader ses produits : « Les remises peuvent sembler avantageuses sur le court terme, mais à long terme elles dévalorisent la marque », martèle l’analyste. Et de conclure : « Les préférences des consommateurs sont indéniablement modifiées par les crises. On peut s’attendre désormais à des innovations réelles et pertinentes. Le phénomène du « cygne noir » est douloureux mais il oblige à se remettre en question et à trouver des solutions valables à l’avenir. Il faut aborder cette crise comme si elle s’installait sur la durée, en s’adaptant pour pouvoir l’affronter. Si elle disparaît, ce sera un plus ».

 

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