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Premières estimations
Le négoce aurait 70 000 hl de vins à distiller

Ayant accès à la distillation de crise, les négoces non-vinificateurs seraient peu demandeurs. Ce qui leur permet d'assumer leurs critiques sur ce plan d'aides à la filière vin.
Par Alexandre Abellan Le 12 juin 2020
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Le négoce aurait 70 000 hl de vins à distiller
Les premiers retours de l’Union des Maisons du Vin (UMVIN) indiquent que les volumes à distiller par les négociants non-vinificateurs seront très faibles. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives 2019)
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evant être imminemment publiée au Bulletin Officiel du ministère de l’Agriculture, l’ouverture du dispositif de distillation de crise aux négociants suscite des craintes dans les vignobles qui souhaitent bénéficier de cette mesure de déstockage des excédents liés à la crise du coronavirus. Alors que le volume budgétaire de la mesure, aux alentours de 2 millions d’hectolitres, s’annonce inférieur aux besoins de déstockage de la filière, estimés entre 3 et 3,5 millions hl.

« D’après les premiers retours, les volumes à distiller seront faibles pour les négociants-vinificateurs. De l’ordre de 70 000 hl de vins, sans VSIG (vin sans indication géographique) » indique Michel Carrère, le président de l’Union des Maison des Vins du Sud-Ouest (UMVIN Sud-Ouest). « Les volumes vont être faibles, avec quelques dizaines de milliers d’hectolitres. On ne s’attend pas à 100 000 hl » confirme Georges Haushalter, le vice-président du syndicat des négociants bordelais (Bordeaux Négoce). « Il est tout à fait équitable que les négociants puissent présenter des volumes. Des négociants ont retiré et doivent retirer des vins qui n’ont pas de débouchés commerciaux. Comme les rosés 2019 dont la campagne n’aura plus lieu » précise le négociant girondin.

Ça paraissait inévitable

Arrivée la veille du vote en conseil spécialisée vin de FranceAgriMer de la distillation de crise, la demande du négoce de bénéficier de la distillation de crise a pu surprendre dans le vignoble. Certains vignerons craignant que cette arrivée de volumes supplémentaires puisse déséquilibrer un outil calibré sur les excédents de la seule production. « Ça ne me choque et ne me surprend pas que le négoce bénéficie de l’aide à la distillation. Ça paraissait inévitable pour les produits à rotation rapide (vins sans indication géographique, rosés, marques nationales, marques de distributeurs…) » explique Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, qui indique ne pas avoir saisi « la volonté de l’UMVIN de se passer de cet outil. Et de lutter contre en jugeant que ce n’était pas la bonne solution, ni le bon prix. »

Si les négociants vont pouvoir bénéficier de cette aide à la distillation, ils restent critiques sur ses modalités de déploiement et de financement. Ainsi, Georges Haushalter assume ses demandes de baisser l’aide à la distillation : « nous demandions un prix qui ne soit pas incitatif, pour que les vignerons préfèrent la distillation à la vente au négoce. Certains syndicats de vignerons voulaient une mesure sociale, mais le négoce ne voulait pas créer d’effet d’aubaine. » Le négociant bordelais regrette que le plan d’urgence auprès de la production n’aide pas à la relance des marchés et souhaite que les vignerons bénéficiant des aides à la distillation réduisent leurs rendements 2020.

On peut craindre que l’année prochaine il faille à nouveau distiller…

Une approche partagée par Etienne Maffre, le président de l’Union des Maisons de Vins du Rhône, qui est partisan d’une limitation des prochains rendements, par vendanges en vert ou décisions interprofessionnelles. « C’est une question de cohérence, la collectivité nationale ne peut pas être là pour subventionner la production » estime le négociant rhodanien, pour qui « le principe d’une distillation de crise c’est d’être un fusil à un coup pour rééquilibrer le marché. Mais s’il ne se relance pas, on peut craindre que l’année prochaine il faille à nouveau distiller… La famille du négoce déplore que pour une régulation de l’offre, dont on partage le principe de réduction des stocks, l’on ampute le budget de la promotion, qui est le plus important pour préparer la suite et redémarrer le plus vite possible. »

L’ouverture de la distillation de crise au négoce ne ferme pas les débats sur la gestion de cette crise, et de son après.

 

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