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Consommation mondiale

Pas de rebond avant 2024 estime The IWSR

Mercredi 03 juin 2020 par Sharon Nagel
Article mis à jour le 05/06/2020 11:42:58

Réticents au début à fréquenter les restaurants et autres bars, les consommateurs ne pourront pas se passer de l’ambiance offerte par le secteur CHR à plus long terme, estime The IWSR
Réticents au début à fréquenter les restaurants et autres bars, les consommateurs ne pourront pas se passer de l’ambiance offerte par le secteur CHR à plus long terme, estime The IWSR - crédit photo : Pixabay
Au moment où les consommateurs commencent timidement à reprendre leurs habitudes d’avant-crise, l’analyste britannique The IWSR estime qu’il faudra attendre cinq ans pour que le secteur des boissons alcooliques renoue avec ses performances de 2019.

« Il est très clair que la pandémie va entraîner des répercussions plus profondes et plus durables pour le secteur mondial des boissons alcooliques que tout ce que nous avons connu auparavant. Même le ralentissement qui a suivi la crise financière de 2008 a été moins grave que ce que nous observons actuellement. À bien des égards, 2019 a peut-être été la dernière année « normale » pour le secteur des boissons alcooliques ». Les commentaires de Mark Meek, PDG de The IWSR, sont sans ambages. Non seulement les pertes subies dans le secteur CHR et celui du « travel retail » n’ont pas été compensées par les ventes en grande distribution ou dans le circuit du commerce électronique, mais les effets psychologiques et physiques de la crise vont continuer à avoir un impact durable sur la consommation. Décrivant la reprise sous forme de « Swoosh Nike », The IWSR prévoit un redressement à long terme bien plus progressif que le rebond initial. En réalité, la pandémie ne fait qu’accentuer des failles existantes, quel que soit le secteur d’activité. Ainsi, l’analyste souligne qu’en 2019 la consommation de vin aux Etats-Unis avait diminué pour la première fois en 25 ans, tandis que le déclin se poursuivait en Europe du Nord-Ouest. Exception faite des vins effervescents, qui pourraient rebondir plus fortement que les vins tranquilles, estime The IWSR, grâce à une « annualisation » de la consommation des bulles. Parmi les facteurs qui pourraient accélérer la reprise, l’analyste cite bien sûr l’e-commerce en tant que nouvel accès au marché, de même que l’innovation et même la premiumisation.

L’absence des BRIC

En effet, s’il existe un consensus autour du fait qu’en temps de crise les consommateurs ont tendance à acheter des produits moins chers, The IWSR prévoit une stabilité dans le haut de gamme. Il pourrait même s’y produire une progression en raison de l’intérêt des produits en tant que placements. Mais globalement, les prix moyens vont sans doute stagner – à l’image de la crise de 2008 – et les promotions se multiplier sur les grandes marques. Si l’analyste estime qu’il faudra cinq ans pour se remettre de la pandémie, c’est aussi parce que les BRIC ne voleront sans doute pas au secours du marché mondial cette fois, contrairement à ce qui s’est passé en 2008-2009. « La Chine va probablement donner un coup de pouce, surtout si l’épidémie n’y refait pas surface, mais vraisemblablement la Russie, l’Inde et le Brésil ne contribueront pas autant à la demande cette fois-ci », poursuit Mark Meek. « Le nouveau BRIC, à savoir l’Afrique, sera sans doute très impacté par les prix bas du pétrole et la crise du Covid-19 qui risque de se développer sur ce continent ». Cette situation est aggravée dans l’immédiat par une réticence parmi les consommateurs à fréquenter les établissements du secteur CHR et à réaliser des déplacements à l’étranger, même après que les restrictions seront totalement levées. Comme le souligne The IWSR, les consommateurs chinois ne se sont pas rués vers les bars, restaurants et boîtes de nuit – dont certains ont ouvert pour refermer par la suite – et le recours à des vidéo-conférences pourrait bien remettre en question la nécessité d’effectuer autant de trajets en avion. Sans parler de l’impact positif sur l’environnement que certains voudront préserver, ni d’une réduction drastique du nombre de vols proposés pour cause de difficultés financières dans le secteur aéronautique.

Des phénomènes passagers ?

Enfin, quant à la pérennité de certaines tendances qui ont émergé pendant la crise, en dehors de la montée en puissance du commerce électronique – y compris sur de nouveaux marchés comme les Balkans – et d’effets potentiellement durables sur le « travel retail », The IWSR estime que peu d’entre elles s’installeront sur le long terme. « Il est clair qu’il s’est opérée une orientation massive en faveur de la consommation à domicile au détriment du CHR, mais ce changement ne s’inscrira pas de façon permanente, sur le long terme », affirme le directeur de The IWSR, Alistair Smith. « Il s'agit d'une restriction forcée sur de nombreux marchés et si certains consommateurs préféreront prendre un verre à la maison avec des amis, surtout lorsque les revenus disponibles en prennent un coup, de nombreux consommateurs continueront à profiter de l'ambiance offerte par le CHR ». Idem pour la tendance à modérer sa consommation d’alcool, qui a été mise en pause pendant le confinement : « A mesure que la distanciation sociale et le confinement disparaissent, de nombreux consommateurs retrouveront leur volonté de boire moins mais mieux, et continueront à favoriser la modération et le bien-être. À long terme, cette crise ne fera que renforcer la dynamique des alternatives faiblement alcoolisées ou sans alcool ».

 

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