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Crise du coronavirus

Les tensions commerciales entre la Chine et l’Australie soulèvent des inquiétudes sur l’avenir du vin

Lundi 01 juin 2020 par Natalie Wang, Vinojoy

La Chine instaurera-t-elle des mesures de rétorsions au vin australien ? La tension est forte entre les deux pays.
La Chine instaurera-t-elle des mesures de rétorsions au vin australien ? La tension est forte entre les deux pays. - crédit photo : Vitisphere
Rien ne va plus entre la Chine et l'Australie. Alors que Canberra fait pression pour diligenter une enquête sur l'origine de l'épidémie du Covid-19, la Chine suspend ses importations. Pour l'instant, le vin est épargné.

On ne prend désormais plus de gants. Deux semaines à peine après que l'ambassadeur de Chine en Australie ait menacé de boycotter le bœuf et le vin australiens, la Chine a suspendu les importations de bœuf en provenance de quatre entreprises australiennes. A elles seules, elles représentent plus d'un cinquième des exportations de bœuf vers la Chine. Les analystes décrivent ce geste comme une « punition à motivation politique » liée à la pression exercée par Canberra pour diligenter une enquête sur l'origine du coronavirus.

D’après un article du « Sydney Morning Herald », la décision met en péril des échanges d’une valeur de 200 millions de dollars australiens (121 M€) par mois et des milliers d'emplois.

L'interdiction d’importer du bœuf australien est intervenue après un avertissement lancé par l'ambassadeur de Chine, Chen Jingye, dans une interview fin avril. Il a déclaré alors qu’une enquête indépendante menée par les autorités australiennes sur l'origine du coronavirus pourrait entraîner des répercussions économiques pour l'Australie, notamment un boycott des vins, du bœuf et du tourisme australiens.

Outre le bœuf, le gouvernement chinois prévoit d'imposer des droits de douane punitifs sur les exportations d'orge australienne à la suite d'une enquête antidumping.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a démenti les accusations selon lesquelles l'interdiction d’importer du bœuf serait motivée par des raisons politiques et a déclaré qu'elle était due à des violations des normes de quarantaine et douanières. Son porte-parole, Zhao Lijian, a rejeté le lien entre l'enquête et l'interdiction, le qualifiant « d’interprétation politique erronée ».

Des répercussions pour le vin

Cependant, elle soulève des inquiétudes quant à l’avenir du vin qui pourrait devenir la prochaine victime de cette dispute politique, au moment où l'Australie vient de dépasser la France pour devenir le premier fournisseur de vin en Chine.

La Chine s’impose désormais comme le premier partenaire commercial de l'Australie et son plus grand marché d'exportation pour le vin. Selon les derniers chiffres publiés par Wine Australia, l'Australie a exporté des vins d’une valeur de 1,136 milliard AUD (687 M€) vers la Chine continentale au cours des 12 mois se terminant en avril 2020.

L'Australie détient désormais 37 % de part de marché en valeur de l'ensemble des vins en bouteille exportés vers la Chine. Autrement dit, si la dispute politique devait se  répercuter sur le vin, elle pourrait « boucher » tout le secteur viticole australien.

Contacté par Vino Joy News, Treasury Wine Estates, société mère de la célèbre marque Penfolds et également le plus grand exportateur de vin australien vers la Chine, a refusé de livrer des commentaires sur les résultats commerciaux futurs, en dehors des résultats fiscaux annuels et semestriels.

Amy Burch, propriétaire de Burch Family Wines et du célèbre domaine Howard Park dans la région de Margaret River, prévient que cette situation est susceptible d’anéantir des années de travail acharné.

« Notre seul espoir, c’est que le consommateur chinois continue à soutenir les vins australiens. Autrement, tout le travail que nous avons accompli sans relâche pendant des années en Chine risque d'être compromis », a-t-elle déclaré à Vino Joy News.

La pression exercée sur le secteur du vin pour maintenir ses performances cette année malgré la pandémie a été à son comble.

Les exportations de vin australien vers la Chine continentale au cours des quatre premiers mois de l'année ont déjà chuté à cause du virus. Selon Wine Australia, la valeur des exportations vers la Chine a régressé de 14 % entre janvier et avril 2020 par rapport à 2019, en raison des mois de confinement, entraînant une baisse des exportations dans tous les segments de prix.

Les marchands de vin en Chine craignent que les représailles ne se concrétisent par des retards au niveau des douanes si les relations entre la Chine et l'Australie continuent de se détériorer. Et de citer les déboires subis en 2018 par le plus grand groupe vinicole du pays, Treasury Wine Estates, suite à l’adoption par l'Australie de nouvelles lois pour limiter l'ingérence étrangère.

« Je ne peux pas prévoir l'issue de la crise politique actuelle entre les deux gouvernements, et si cela risque de toucher les importations de vin en provenance d'Australie », déclare Alberto Fernandez, associé gérant de l'un des plus grands importateurs de vin en Chine, Torres China.

« Il se peut qu’il y ait plus de contrôles du côté chinois lors du dédouanement des produits australiens, et le vin en fait partie car il représente une part importante des échanges », poursuit-il.

Dans une interview accordée au journal The Guardian, Daniel Gschwind, directeur général du Conseil professionnel du tourisme du Queensland, invite les uns et les autres à faire preuve de sérénité. « Bien évidemment, chaque pays peut avoir un point de vue différent sur les choses et c'est la vie, mais en fin de compte, il est dans l'intérêt de tous sur le long terme, de résoudre ces questions à l'amiable ».

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