LE FIL

Fraudes et triades

Un roman policier entre réalité et fantasmes sur les achats chinois de châteaux bordelais

Samedi 30 mai 2020 par Alexandre Abellan

Traçant un parallèle assumé avec les Raisins de la Colère de John Steinbeck, le titre des Raisins du Mal annonce la couleur.
Traçant un parallèle assumé avec les Raisins de la Colère de John Steinbeck, le titre des Raisins du Mal annonce la couleur. - crédit photo : DR
Brodant sur l’origine douteuse des fonds investis dans certains domaines comme des vins expédiés vers les marchés asiatiques, l’écrivain Bernard Catto propose un polar de haute facture.

 

Captivant l’attention du lecteur par les rebondissements de son enquête et le réalisme de son ambiance, les Raisins du mal de Bernard Catto (384 pages aux éditions Geste) intriguent plus particulièrement le connaisseur de la filière des vins par ses références à des faits divers et des affaires judiciaires ayant défrayé la chronique bordelaise. Entre les références glissées à des faits réels et des développements clairement fictionnels, la volonté de l’auteur est clairement de brouiller les pistes. « C’est à partir de l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet de Paris que je me suis informé sur les investissements chinois dans le vignoble de Bordeaux, même s’ils sont minimes par rapport à l’ensemble des châteaux » explique Bernard Catto.

D’une note de Tracfin sur des investissements chinois opaques à la mise sous séquestre de dix domaines pour l’origine douteuse de leurs fonds, les Raisins du Mal relient à la sauce fictionnelle du polar des éléments bien réels. Alors que « l’information du parquet de Paris s’annonce lente avec l’enjeu de la coopération de la Chine », Bernard Catto a pris un parti de romancier : « toutes les organisations criminelles sont derrière ce qui fait de l’argent : la contrefaçon de vin a été un eldorado en Chine. Il m’est difficile de croire qu’il y ait des détournements de fonds qui puissent s’opérer sans qu’une triade ne s’y intéresse. » L’auteur fait donc intervenir la 14K, une triade de Hong Kong qui « agit par intermédiaires, avec la connivence du pouvoir politique chinois » avance l’ancien policier.

Parcours atypique

Désormais à la retraite en Gironde, Bernard Catto a roulé sa bosse dans la marine marchande et l’Agence France Presse avant de rejoindre la DST, puis la police urbaine (à Paris, dans le Nord et aux Antilles). Ce parcours atypique lui donne une connaissance affûtée des rouages policiers, « dans ce bouquin, je voulais être au plus près de la réalité d’une enquête menée par une brigade criminelle, je dépeins des personnages que j’ai pu connaître », mais également un penchant pour le scepticisme. Ainsi les Raisins de la Colère décrivent le crash mortel, mais non accidentel, dans un fleuve de l’hélicoptère d’un milliardaire chinois venant de racheter un château à Fronsac. Ce qui ne peut que rappeler le drame du château la Rivière fin 2013.

« J’ai trouvé bizarre qu’un pilote chevronné se plante… Quand on a été policier, on est toujours un peu sceptique, même s’il n’y a aucun élément permettant de l’être. L’enquête a été classé sans suite par le parquet de Libourne, mais il m’a semblé intéressant de m’en inspirer pour mon roman » explique Bernard Catto, qui a découvert le monde du vin avec cet ouvrage. Ecrivant un troisième roman, il travaille actuellement sur les contrefaçons de médicaments.

 

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