LE FIL

Système D

Privés de leur main d’œuvre habituelle, trois domaines à l’épreuve des travaux en vert

Lundi 04 mai 2020 par Marion Bazireau

Au Domaine André Delorme, Bertrand Erhard a recruté des gens venus de la restauration et de l'administration.
Au Domaine André Delorme, Bertrand Erhard a recruté des gens venus de la restauration et de l'administration. - crédit photo : Bertrand Erhard
Sans main d’œuvre étrangère ni possibilité d’héberger leurs saisonniers, les viticulteurs font preuve de tenacité pour faire revenir les locaux dans les vignes et lancer les travaux en verts. Témoignages en Champagne, Charentes, et en Bourgogne.

Au domaine Claude Prieur, à Bergères (10) la vigne pousse à toute vitesse. Dans 10 jours, il faudra s’atteler au palissage des 9 hectares de l’exploitation. Claude, son fils, et son ouvrier sont prêts. Sa femme, Sylvie, a la charge de recruter cinq personnes pour les aider. « Et j’y pense la nuit » reconnait-elle. « Un seul saisonnier a confirmé. Deux amies de mon fils sont également intéressées mais elles attendent les annonces du Gouvernement pour se positionner. Elles préfèreraient faire une saison dans la restauration ».

"J'y pense la nuit"

Sylvie Prieur a publié son offre de recrutement sur le site de Pôle Emploi le 16 avril. « Mais pour l'heure, on m’a juste proposé deux personnes venues du Nord qui n’ont pas travaillé depuis longtemps et je ne veux pas courir le risque de les voir repartir après quelques heures. » Pourtant cette année, la famille Prieur propose une rémunération horaire supérieure d’1€ au SMIC. « A priori l’argent n’est plus un levier de motivation pour les chômeurs et les étudiants.»

Et Sylvie Prieur angoisse déjà pour les vendanges. « Je ne sais pas comment nous ferons si les frontières sont toujours fermées. En Champagne, 80% des coupeurs viennent de Pologne. L’Allemagne va affréter des avions dédiés au transport de saisonniers agricoles. J’aimerais que la France suive l'exemple. Nous pourrions utiliser l’aéroport de Vatry, à 100 kms d’ici ».

"ANPE, ANEFA, Bon Coin, annonces chez mon boulanger, j'ai tout fait "
Dans le Cognaçais, à Authon-Ebeon (17) Aline Nezereau va quant à elle faire passer ses premiers entretiens. Son mari a besoin de 15 personnes pour palisser 80 hectares. « L’année dernière, le recrutement ne nous a pas posé de difficultés. Mais les gens ont vite démissionné et nous avons fini à 6. La saison a été longue... »

Cette année, elle a mis les bouchées doubles pour trouver du personnel motivé. « ANPE, ANEFA, Bon Coin, annonces chez mon boulanger, j’ai tout fait. » Le couple a également décidé de relever son tarif horaire d’1€ pour recruter des ouvriers plus expérimentés. Ici, la stratégie a payé. En 6 jours, Aline a reçu 30 candidatures. « Je ne vais m'entretenir qu'avec les gens qui habitent dans un rayon de 40 kms autour de l’exploitation et qui disposent de leur propre moyen de locomotion. » 

Infirmière dans la vie civile, Aline a pris d’autres mesures de sécurité. Les saisonniers travailleront seuls dans chaque rang et auront à leur disposition du gel hydroalcoolique. « Je prévois en plus des flacons de savon, qui abîme moins les mains, et des jerricans d’eau. Et je suis en train de confectionner des masques filtrants, d’une qualité proche des masques FFP2, même si je doute qu’ils acceptent de les porter s’il fait chaud. »

 

En Bourgogne, à Saint-Sernin-du-Plain (71), « seuls les ouvriers sans permis que nous transportons dans nos camions devront les porter. Les autres viennent avec leur propre véhicule. D’ailleurs, c’est assez folklorique de garer 15 voitures au bord d’une parcelle » s'amuse Bertrand Erhard, directeur du Domaine André Delorme.

Ce dernier a bien avancé dans son recrutement. Sur les 50 saisonniers nécessaires pour réaliser les travaux en vert des 111 hectares de l’exploitation, « 35 sont déjà à pied d’œuvre. Et je reçois encore une dizaine de candidatures tous les jours sur Indeed. »

En temps normal, les travaux en verts sont réalisés par des ouvriers bulgares et des saisonniers venus de toutes la France avec leur tente ou leur camion. « Nous leur mettons à disposition un terrain et des sanitaires communs. » C'est année c'est impossible. « Mais certains ont quand même pu faire le déplacement. Ils sont hébergés en bungalow dans le camping de la commune, exceptionnellement autorisé à ouvrir pour les accueillir. »

"Ils sont heureux de venir à la campagne"

Pour le reste, Bertrand Erhard a embauché des locaux, issus de la restauration et de l'administration. « Nous avons aussi des étudiants, et même un acrobate. » Ces saisonniers sont encadrés par des chefs d'équipe expérimentés. « Et comme ils sont heureux de venir à la campagne, ils mettent du cœur à l’ouvrage. Ma seule crainte est de les voir repartir à la fin du confinement » avoue le directeur.

Le défi des vendanges

Le challenge des travaux en vert relevé, il restera celui des vendanges. Au Domaine André Delorme, ce sera 150 personnes qu'il faudra recruter. Bertrand Erhard mise sur la précocité de la vigne et la disponibilité des étudiants pour pallier à l’éventuelle absence des bulgares. « Nous avons un mois d’avance. A ce rythme, nous vendangerons en août. Les cours n’auront pas repris. »



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