LE FIL

Denis Verdier

Avec l’aide à la distillation, "le vignoble demande un coup de pouce, pas de vivre de subventions"

Jeudi 30 avril 2020 par Alexandre Abellan

« Il est inacceptable de laisser le secteur vitivinicole financer une distillation de crise ou toute autre mesure au moyen des seuls fonds disponibles au plan national, sans prévoir un budget supplémentaire européen » tempête Denis Verdier dans une lettre aux parlementaires locaux.
« Il est inacceptable de laisser le secteur vitivinicole financer une distillation de crise ou toute autre mesure au moyen des seuls fonds disponibles au plan national, sans prévoir un budget supplémentaire européen » tempête Denis Verdier dans une lettre aux parlementaires locaux. - crédit photo : Fédération Gardoise des Vins à Indications Géographiques
Interpellant les parlementaires du Gard, le président de la Fédération Gardoise des Vins à Indications Géographiques veut que la Commission Européenne soutienne financièrement les dispositifs nécessaires en temps de crise de coronavirus.

Quel diagnostic portez-vous sur le vignoble français en cette période de confinement ?

Denis Verdier : Notre filière est malade. On a additionné les problèmes, la taxe Trump pesant sur les exportations vers les Etats-Unis, le repli du marché en Chine, les mouvements sociaux en France… Maintenant on ajoute la pandémie [de coronavirus] qui touche le monde entier et se traduit pour la filière vin par une vraie perte de chiffre d’affaires.

Notre présent c’est l’arrêt des ventes en restaurants et en cavistes, ce sont les grosses difficultés à l’export. Seule la grande distribution permet un peu de sauver les meubles. La vente directe commence aussi à se développer comme les vignerons et caves coopératives se bougent. Pour l’avenir immédiat, nous sommes très inquiets quand on voit [en France] l’inconnu de la saison touristique et l’annulation de nombreux évènements (fêtes régionales comme familiales), avec une dimension mondiale.

 

On sent la sinistrose s’installer et peser toujours plus sur le moral de la filière vin.

Il y a de la souffrance, c’est du jamais vu. Il y a de la sinistrose, mais nous allons nous battre. Nous ne sommes pas morts ! Nous demandons un coup de pouce, nous ne sommes pas de ceux qui veulent vivre de subventions. Il y a de nombreuses entreprises en difficulté. Les reports d’échéance sont en cours de négociations avec les banques. Mais il y a le problème des stocks mis en place. Et par stocks, je parle d’excédents qui ne trouveront pas preneurs. On estime qu’il y a trois millions d’hectolitres excédentaires en France. Avec l’Italie et l’Espagne, il y a 10 millions hl d’excédents en Europe. La question de la distillation se pose.

 

En la matière, vous avez indiqué dans un courrier aux parlementaires gardois que les dispositions envisagées par la Commission Européenne sont des « mesurettes »…

Le problème est celui du coût. Le commissaire européen [à l’Agriculture] est d’accord dans le principe de la distillation, mais avec des fonds déjà alloués. Or ces fonds sont déjà destinés à la restructuration, aux investissements, à la promotion…  Il y a une vraie colère, nous voulons absolument des financements supplémentaires ! Nous ne voulons pas toucher aux enveloppes de moyen terme, qui permettront de préparer l’avenir en faisant de la promotion et en reconquérant des parts de marché. On ne peut pas toucher à cette dimension !

C’est pour ça que nous sensibilisons nos parlementaires, afin que le ministre de l’Agriculture monte au créneau. La question est de savoir si Bruxelles considère la viticulture comme une filière primordiale. L’incidence du vignoble est extraordinaire en termes de tourisme, d’exportation, d’emploi…

 

Il semble que les vignerons pâtissent toujours d’une image de nantis dans les instances communautaires…

C’est vrai, cette vision est basée sur des chiffres du passé récent. Mais ils ne correspondent plus du tout à la réalité. Il y a un renversement de situation considérable. Nous sommes à la rue ! Même les grandes régions à la notoriété prestigieuse sont à la peine, y compris Bordeaux et la Champagne. On a connu des distillations de crise il y a 20-30 ans, mais il s’agissait d’excédents liés à des questions qualitatives. Aujourd’hui cela touche tout le secteur.

Il faut donner à notre filière la capacité de rester un secteur économiquement rentable, et pour ça il faut un coup de collier que l’on ne peut mettre seul. Sinon c’est l’outil qui va souffrir. Ceux qui vont perdre le plus sont ceux qui sont les plus faibles, cela mérite de s’y attarder. Nos demandes ne sont pas invraisemblables par rapport aux enjeux globaux.

 

On entend des syndicalistes, notamment le Mouvement de Défense des Exploitations Familiales (MODEF), demander des subventions de distillation supérieures aux 80 euros l’hectolitres à l’ordre du jour pour les vins AOP et IGP.

Le MODEF a raison. Si le retrait pour la distillation se fait à un niveau de prix faible, cela va entraîner tout le marché à la baisse. 80 €/hl permet à peine de couvrir les prix de revient, c’est un minimum. Mais avec un prix plus élevé, le volume retiré sera trop faible pour avoir un effet sur le marché. C’est une équation difficile de retirer un volume suffisant avec une valeur assurant les frais d’exploitation.

Nous ne demandons pas que la distillation de crise, mais aussi le stockage privé. Il faut également compléter ces mesures par de la promotion à l’export et de la consommation raisonnée pour regagner des parts de marché.

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craoux Le 30 avril 2020 à 15:47:08
Le commissaire européen [à l’Agriculture] est d’accord avec le principe de la distillation (de crise), mais avec des fonds déjà alloués. Or ces fonds sont déjà destinés à la restructuration, aux investissements, à la promotion … Pourquoi ne pas dresser l'état des lieux, pour chaque mesure inscrite dans le programme nationale, de la fraction de l'enveloppe initiale allouée qui ne sera pas engagée ? .. au moins, plutôt que du bla-bla-bla on saurait de quoi on part, n'est-ce pas ? ... Et pourquoi ne pas réfléchir aux conditions d'une limitation de la production ? .. c'est assez inconcevable de ne pas remettre en question le "droit" à s'installer en viticulture et/ou à produire du vin alors que les nuages s'amoncellent de toutes parts ! ... la filière devrait accepter d'être responsable, non ?
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