LE FIL

Pau Roca

Dire que le vin a un quelconque effet sur le coronavirus est "irresponsable"

Lundi 27 avril 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 30/04/2020 10:05:08

'Rien dans ce contexte de peur et de chagrin ne justifie que l’on envoie des messages sur les questions de santé dans quelque direction que ce soit' pose Pau Roca ce 23 avril.
'Rien dans ce contexte de peur et de chagrin ne justifie que l’on envoie des messages sur les questions de santé dans quelque direction que ce soit' pose Pau Roca ce 23 avril. - crédit photo : OIV
L’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin condamne les prises de parole précipitées qui indiquent que la consommation de vin peut avoir des effets protecteurs ou aggravants face à l’infection du Covid19.

Déjà particulièrement orienté et versatile en temps normal, le sujet du vin et de la santé devient encore plus partisan et incertain en période de coronavirus. D’un côté « la consommation modérée de vin peut contribuer à une meilleure hygiène de la cavité buccale et du pharynx, zone où se niche les virus durant les infections » rapporte le site espagnol Vinetur (se basant sur un communiqué de la Fédération Espagnole d’Œnologie*), tandis qu’en Italie le Corriere Dello Sport rapporte que « le remède contre la réplication virale du coronavirus pourrait être bloquée par le resvératrol présent dans le vin » (en se basant sur une étude en cours à l’université Federico 2). De l’autre côté, « l'alcool est un facteur aggravant du Covid-19 selon l'OMS » annonce Yahoo, alors que « le confinement nous pousse à boire, et cela augmente nos risques d'infection » pour Slate (dans les deux cas avec un verre de vin en illustration).

Venant de toutes parts, mais également de représentants de la filière des vins, ces déclarations contradictoires exaspèrent Pau Roca, le directeur de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). Lors d’une visioconférence ce 23 avril, c’est avec le ton ferme et tranchant qu’il estime que « rien dans ce contexte de peur et de chagrin ne justifie que l’on envoie des messages sur les questions de santé dans quelque direction que ce soit. » Renvoyant dos à dos les promoteurs d’un vin médecin comme les tenants de l’hygiénisme, Pau Roca estime « que les messages sur les effets positifs de la consommation de vin sont complétement inacceptables et irresponsables. Il faut en dire de même si dans ces circonstances on transmet des messages biaisés qui suivent des préoccupations idéologiques sur la consommation de vin, telle que l’abstinence. »

"Communication immorale"

Pour conclure le sujet polémique, le directeur de l’OIV juge « immoral de chercher des possibilités de communication basées sur les milliers de personnes qui souffrent à la maison ou dans les hôpitaux à l’heure actuelle ».

 

 

* : Publié ce 23 mars, le communiqué de presse de la Fédération Espagnole d’Œnologie indique se baser sur l’expertise de médecins pour répondre aux interrogations de ses adhérents, notamment sur la possible contamination des vins et des bouteilles (indique ainsi que « la survie du virus dans le vin paraît impossible avec la combinaison d’alcool, de milieu hypotonique et la présence de polyphénols qui empêchent la multiplication du virus » ou que « la contamination par l’emballage paraît faible, pour ne pas dire statistiquement inexistante »). Ces informations ont été amendées le 3 avril par un nouveau communiqué, précisant que ces indications étaient réalisées sous le patronage de l’Union Internationale des Œnologues (et de ses seize états membres), mais qu’il ne s’agissait pas « d’affirmer qu’il existe une relation directe entre la consommation modérée de vin et la prévention de la contagion par le coronavirus ».

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé