LE FIL

Gestion de crises

"Avoir recours uniquement à la distillation, non, mais introduire d’autres mesures, oui"

Vendredi 10 avril 2020 par Sharon Nagel

Thierry Coste estime qu’il n’est pas « péjoratif de ressortir de vieux outils qui ont fait leurs preuves dans un autre contexte »
Thierry Coste estime qu’il n’est pas « péjoratif de ressortir de vieux outils qui ont fait leurs preuves dans un autre contexte » - crédit photo : Copa-Cogeca
Distillation de crise, stockage privé et vendanges en vert font partie de la panoplie de mesures évoquées à l’heure actuelle par les professionnels européens pour préparer la filière à une récession mondiale de grande ampleur. Thierry Coste, président du groupe de travail vin au sein du Copa-Cogeca, plaide pour un bouleversement des mentalités dans la gestion du potentiel de production.

« Il y aura un ralentissement massif sur les mois qui arrivent »

Au-delà des demandes de délais supplémentaires, et « d’un maximum d’assouplissements au niveau administratif », les différentes branches européennes de la filière vin réfléchissent aux mesures à mettre en place pour tenter de surmonter, non seulement la crise sanitaire et économique à court terme, mais aussi l’impact de la récession mondiale qui se profile. Sans tabou, la filière française étudie l'option d'une distillation de crise, comme les filières espagnoles et italiennes (qui pensent également à des vendanges en vert), afin d'apurer les stocks avant la prochaine récolte. Il faut dire que « nous sommes déjà au mois d’avril et, au vu de l’avancée de la végétation, si tout se passe bien, on devrait pouvoir commencer à vendanger dans la deuxième quinzaine du mois d’août », rappelle Thierry Coste, pour planter le décor. Autant dire, demain.

Or, le Brexit et les taxes douanières aux Etats-Unis avaient déjà mis en péril certaines structures, alors que d’autres – voire parfois les mêmes – sont dorénavant impactées de plein fouet par l’arrêt brutal du circuit CHR. Si la grande distribution française, pour ne citer qu’elle, a été « très active au mois de mars », pour Thierry Coste le pire est indéniablement à venir. « Nous aurons surtout un gros souci en avril et en mai, tant au niveau de la production et des mises, que sur le plan des affaires. Il y aura un ralentissement massif sur les mois qui arrivent », note-t-il, en précisant que quel que soit le pays producteur européen, « nous sommes tous logés à la même enseigne ».  Avec ses homologues européens, il a donc participé à une conférence téléphonique ce mardi pour faire avancer les réflexions sur les solutions à envisager.

 

Avoir recours à des mesures qui ont fait leurs preuves par le passé

« L’idée est de demander le déclenchement de mesures d’urgence, de distillation, mais aussi de stockage. La distillation peut sembler être la bonne solution pour certaines zones ou structures, pour d’autres le stockage privé serait aussi intéressant. C’est une mesure qui n’est pas très coûteuse et qui est facile et rapide à mettre en œuvre. Le but des deux, c’est d’éviter d’avoir du retard avant le choc économique, de vider certaines caves avant la vendange parce qu’il y a des caves qui sont quasiment pleines ». Pour Thierry Coste, il ne s’agirait pas de mettre en place une mesure universelle, mais plutôt une boîte à outils où chaque région irait chercher les mesures les plus appropriées. « J’ai demandé à toutes nos organisations de nous envoyer des idées. Avoir recours uniquement à la distillation, non, mais introduire beaucoup d’autres mesures, oui. Ce serait une véritable carte commune où on ne s’interdirait rien ».

Prenant l’exemple de la crise sanitaire, « où on a ressorti le système ancien de la quarantaine », il estime que « ce n’est pas forcément péjoratif de ressortir de vieux outils qui ont fait leurs preuves dans un autre contexte, il y a 25 ou 30 ans, comme les distillations ou le stockage à long terme assorti de garanties de bonne fin ». A condition que « le remède ne soit pas plus mauvais que le mal. La distillation, qui peut être chirurgicalement un bon outil, l’est moins si le prix de la distillation est très bas. Autrement, cela entraîne l’effondrement des marchés ». Outre l’Espagne et l’Italie, l’Allemagne serait d’accord sur le principe de la distillation, mais estime qu’il faut attendre et voir venir, en laissant passer les gelées et en observant comment les marchés évoluent.

 

« Nous ne voulons rien nous interdire »

Mais au-delà de ces mesures, dont la mise en œuvre doit pour certains être rapide, Thierry Coste plaide en faveur d’un changement radical de la manière dont le potentiel de production est géré au niveau européen. « Jusqu’à présent nous avons fonctionné plutôt en équilibre – imparfait mais en équilibre quand même – entre l’offre et la demande au niveau européen, et au niveau mondial. Avec la récession qui va impacter tous les pays, nous pensons qu’il est temps de sortir d’un système de pilotage totalement libéral et de définir un dispositif beaucoup plus régulé avec un véritable pilotage de la vendange à travers une boîte à outils qui comporterait des mesures de type distillation et stockage mais aussi la vendange en vert, manuelle ou chimique, et d’autres mesures. Nous ne voulons rien nous interdire. Les équilibres doivent se faire autrement pour éviter d’ajouter à une crise sanitaire, une crise économique majeure qui tuerait trop d’entreprises, sachant que tout le monde ne passera pas ».

 

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