LE FIL

Un tempo d’avance

Vendredi 03 avril 2020 par Alexandre Abellan

Vivant à l’heure du confinement, le vignoble français prend progressivement le pli d’un moment inédit. Imposant son tempo, le coronavirus perturbe toutes les habitudes et le rythme de nos vies. Le quotidien est suspendu, comme une intimiste musique de chambre, tout en devenant si soutenu, dans sa sarabande effrénée de mouvements successifs. Chaque journée confinée amène son lot de nouvelles priorités, qui chassent les urgences de la veille pour être balayées par les impératifs du lendemain. Leçon d’humilité face à l’incertitude qui nimbe cette période inédite, le confinement ne doit pas empêcher la filière vin d’anticiper afin de ne pas subir de plein fouet des écueils prévisibles.

Caves coopératives, vignerons, négociants et fournisseurs doivent passer au crible les mesures d’aides du gouvernement pour en sollicitant leurs banquiers, comptables, MSA, etc. Si les activités commerciales se limitent essentiellement au télétravail, cela n’empêche pas de préparer ses clients aux commandes qui ne manqueront pas de tomber lorsque l’épidémie de coronavirus relâchera son étreinte mondiale. La distanciation sociale n’empêche pas de maintenir les liens, et d'en créer de nouveaux, qu’ils soient commerciaux ou vicinaux.

Sur les starting-blocks, la campagne viticole 2020 demande une anticipation de proximité alors que vont être mises en application les Zones de Non Traitement (ZNT). Avec un confinement fixant à domicile nombre d’habitants, les zones de contact entre riverains et vignerons vont augmenter mécaniquement à l’approche des traitements viticoles. En la matière, l’espoir d’une fin de confinement avant la sortie des pulvérisateurs est non seulement insuffisant, mais contre-productif. Qu’on le regrette ou non, le débat sur la pertinence technico-économique des ZNT n’a plus lieu d’être et les vignerons devront appliquer la loi. Plutôt que d’attendre, le confinement est l’occasion de communiquer positivement et d’avertir ses voisins, comme le proposent les chartes de bon voisinage. Déjà on peut entendre des tensions apparaitre dans le vignoble suite à la lutte antigel. Comme toujours, il y aura des mauvais coucheurs, qu’ils soient vignerons, salariés viticoles ou riverains. Seule l’anticipation permettra à tous de garder leur calme, y compris après le covid-19.

S’il n’y a pas de recette miracle pour une situation dont personne n’a tous les tenants et aboutissants, la filière peut déjà avoir une certitude : même sortie du confinement elle devra continuer à s’adapter à un monde en mutation rapide. Autant prendre le pli et éviter tout repli.


 

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