LE FIL

Histoire, géographie et dégustation

3 livres sur le vin pour bien commencer 2020

Dimanche 19 janvier 2020 par Alexandre Abellan

Trois ouvrages arrivés à la rédaction de Vitisphere cet hiver.
Trois ouvrages arrivés à la rédaction de Vitisphere cet hiver. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Pour les jours de pluie empêchant de tailler la vigne ou les longs trajets pour rejoindre un salon commercial, commencez le début d’année avec les dernières publications sur le vin.

Petite histoire du vin de Bordeaux de Xavier Lacarce (Cairn Eds)

Ayant le format d’un guide touristique de poche, ce livre aussi concis que documenté explore les phases historiques de développement et de repli du vignoble bordelais. Agrégé d’histoire enseignant à Science Po Bordeaux, Xavier Lacarce balise les moments clés qui ont créée la réputation et l’assise du vignoble de la Gironde, le premier département viticole de France. Parmi ces coups de pouce, l’historien note que « ce sont d’innombrables privilèges dont jouirent les Bordelais plusieurs siècles durant et qui permirent l’affirmation durable de son vin ». Le claret de l’époque affichant une compétitivité appréciable sur les marchés export au Moyen-Âge grâce à l’absence de taxes pour les vins entrant dans Bordeaux (la petite coutume) et sur les tonneaux partant du port de (la grande coutume).

Des avantages assis sur une véritable stratégie de distorsion de concurrence avec les vins du Haut-Pays jusqu’à l’édit de Turgot d’avril 1776 abolissant ces privilèges. Le contrôleur général des finances de Louis XVI note que les vins allant du Périgord au Languedoc n’ont pas accès au port de Bordeaux entre les vendanges et la fin d’année : « les propriétaires des vins du haut pays ne peuvent profiter pour les vendre de la saison la plus avantageuse, pendant laquelle les négociants étrangers sont forcés de presser leurs achats pour approvisionner les approvisionner les nations du Nord avant les glaces en aient fermés les ports. »

Résultat de cette domination historique sans partage des vins de Bordeaux sur leur port : « seuls les vignobles de Bergerac, Cahors et Gaillac ont réussi à soutenir une réputation acquise dès le Moyen-Âge. Le protectionnisme bordelais a amené nombre de viticulteurs du Haut-Pays à s’orienter vers d’autres activités,  (distillation d’eaux-de-vie d’Armagnac et raisins de table). Aussi n’est-il pas exagéré d’affirmer que le privilège de Bordeaux a contrarié près de six siècles durant l’expansion viticole du grand Sud-Ouest » rapporte l’ouvrage collectif Bordeaux Millénaire (1996, éditions l’Horizon Chimérique).

 

50 jours pour comprendre autrement le vin d’André Deyrieux (éditions Ellipses)

Contrairement ce que laisse entendre le titre de cet ouvrage, il ne s’agit pas d’un guide de dégustation ou de formation, mais d’un recueil d’expériences, de connaissances et de pensées tenant du dictionnaire amoureux. Connaisseur de l’œnotourisme (avec son site WineTourismInFrance), André Deyrieux propose une succession de pas de côté, avec un ouvrage qui est autant éclairé par ses lectures historiques que ses plaisirs touristiques dans tout le vignoble français. Ou du moins dans les vignes qui en restent, l’étendue viticole s’étant concentrée et professionnalisée après « le phylloxéra, l’attrait pour les habitants de nouvelles activités économiques, l’apparition de nouvelles voies de transport comme les lignes de chemin de fer, la première guerre mondiale… ».

« La question peut paraître curieuse : pourquoi un vignoble est-il là où il est ? » se demande ingénument André Deyrieux. Rappelant que « partout, en France, à un moment ou un autre de l’histoire, il y eut des vignobles », l’auteur cite les vitraux viticoles de la cathédrale d’Amiens. Si des raisons stratégiques (l’accès rapide aux marchés) et tactiques (le potentiel culturel d’un terroir) ont gouverné aux consolidations et disparitions de bassins viticoles, les nouveaux modes de transports et le changement climatique changent à nouveau la donne en permettant la renaissance de nombreux vignobles. Sachant que « dans le vaste marché mondial prodigue en vins de qualité, communiquer sur son lieu et créer sa différence devient l’impératif stratégique pour accéder aux marchés ».

 

 

Le vin et la dégustation intuitive d’après Franck Thomas meilleur sommelier d’Europe de Christelle Zamora (Féret)

Ayant un parcours de sommelier de premier ordre (meilleur ouvrier de France et meilleur sommelier de France en 2000, demi-finaliste du concours du meilleur sommelier du monde 2004, formateur récemment rattaché à la RVF Académie…), Franck Thomas prône une philosophie de la dégustation débarrassée de tout geste mécanique pour s’approcher de la pure passion individuelle. Ecrit par la journaliste Christelle Zamora, cette initiation à une nouvelle approche de la dégustation tient autant de la connaissance des origines religieuses de la culture du vin que d’une ouverture aux spiritualités et traditions orientales (bouddhisme, calligraphie, yoga…).

« Le vin nous invite à bien des voyages, notamment du monde extérieur à notre monde intérieur. Il nous invite à l’introspection. Pour déguster un vin sérieusement, il faut être tel un musicien, un poète, un écrivain : dans son temple. Entendez par là contemplatif » souligne l’ouvrage. « Pour autant, il ne s’agit pas de faire du yoga en dégustant. Comme on ferait son jogging en mangeant. Ces pratiques permettent de travailler le lâcher prise, l’imagination et la spontanéité » ajoute le livre. Précisant que « la posture ou l’attitude de l’apprenant ont de l’importance », les auteurs indiquent que « la meilleure posture de l’apprenant est peut-être celle de l’enfant qui écoute son grand-père lui raconter avec magies les secrets des vins qui dorment dans la cave ».

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé