LE FIL

Galères de TPE

Olivier Fleury jette l'éponge ce qui vous fait réagir

Jeudi 02 janvier 2020 par Alexandre Abellan

« Je suis très pessimiste en tant que négociant bordelais » reconnait Olivier Fleury, se disant usé.
« Je suis très pessimiste en tant que négociant bordelais » reconnait Olivier Fleury, se disant usé. - crédit photo : Domaines Fleury
Poussé à bout, Olivier Fleury témoigne des difficultés rencontrées par les petites entreprises vitivinicoles, étouffées par une somme de contraintes sans fin. De quoi le pousser à fermer boutique, une expérience qui vous a fait beaucoup réagir en 2019. C'est pourquoi on republie l'article.

A 47 ans, le négociant et vigneron bordelais Olivier Fleury est épuisé, lessivé et surtout démotivé à la tête de son négoce (l’Union Vinicole Girondine, UVG) et de ses domaines (châteaux du Pavillon et Les Roques en AOC Sainte Croix du Mont et Loupiac). Il faut bien reconnaître que la litanie de ses peines dresse une liste à la Prévert du cumul des difficultés affrontées dans le vignoble en général, et à Bordeaux en particulier.

« Nous faisons face à des aléas climatiques tous les ans. Nous subissons une demande de remboursement de FranceAgriMer pour des aides à la promotion dans les pays tiers. Nous enregistrons une chute des ventes en France liées à la crise des gilets jaunes. Nous avons eu une descente de la brigade financière pour défaut de justification de la provenance de fonds suite à la vente de vins en Chine (m'interdisant de travailler avec 80 % de mes clients chinois). Nous accusons le poids croissant de la masse salariale (je n’ai pas remplacé douze départs en un an), nous avons subi trois jugements défavorables aux prudhommes pour des salariés VRP et classiques (que je croyais plafonnés, mais non). Nous voyons des pertes de marchés qui s’annoncent aux Etats-Unis. Nous n’arrivons pas à trouver des vendangeurs s’impliquant. Nous avons Qualibordeaux qui me demande mes carnets de dégustation en pleines vendanges… Sans oublier des différents familiaux réglés au tribunal de commerce, qui me poussent à bout pour plusieurs centaines de milliers d'euros qu'il a fallu régler après que tous les comptes bancaires aient été bloqués » lâche-t-il d’une traite.

"Criblés de charges"

Résultat de ces pressions administratives, managériales, fiscales et familiales, sa maison de négoce Union Vinicole de Gironde (UVG) est en cessation de paiements depuis ce 6 mars et bénéficie d’une procédure de redressement judiciaire depuis le 4 septembre. « C’est dommage pour la société créée par mon arrière-grand-père* » soupire OlivierFleury, pour qui « ça ne vaut plus la peine aujourd’hui de travailler, c’est trop dur. On est criblés de charges que l’on n’arrive à peine à combler. Au moindre coup de grisou, il n’y aucune aide pour amortir les chocs. Le patron est devenu le responsable de tout ce qui ne va pas, sans filtre aucun, agressé et corvéable à merci. »

Aides FranceAgriMer

Au contraire même se plaint-il : « quand FranceAgriMer est venu au syndicat des négociants pour présenter les aides aux pays tiers en 2008 j’ai postulé de suite, mon dossier a été accepté en 2009. J’allais bénéficier de 50 % pour 700 000 euros alloués à la Chine. Les dépenses pour attaquer le marché ont créé un trou de trésorerie, les premiers remboursements sont arrivés en 2012. Puis j’ai eu un contrôle fiscal de FranceAgriMer qui conteste l’intégralité des paiements, pour cause de justificatifs en chinois et d’absence de KBis pour des sociétés étrangères… FranceAgriMer nous propose des subventions et nous les reprend. Ce qui s’appelle du vol. Je suis allé au siège de FranceAgriMer, où je suis passé pour un Français nanti, qui devrais avoir honte dans sa chemises Hermès et ses boutons de manchette Boucheron… On nous demande d'être fiable, mais rien ne l'est autour de nous. C'est usant. »

"Le vin est mal en point et personne ne veut l'entendre"

« Si je peux, je vais tout vendre et partir de France pour aller où ceux qui travaillent et entreprennent sont considérés » souligne Olivier Fleury. Qui se veut plus optimiste en concluant être « un homme de vin et c'est ma raison de vivre. J'espère malgré tout que quelque chose va se passer, car [la filière vin] ce fleuron de l'indusrie agroalimentaire est très mal en point. Et personne ne veut l'entendre ! C'est désespérant.  »

 

* : L’Union Vinicole de Gascogne, crée en Juin 1950 par Jacques Fleury et Jacques Dubourg.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé