LE FIL

Marc Chovelon

Licenciement du seul référent viticole de l'institut technique bio

Lundi 23 décembre 2019 par Alexandre Abellan

Salarié à mi-temps de l’ITAB, Marc Chovelon s’est notamment impliqué sur les défis de l’alternative au cuivre en bio.
Salarié à mi-temps de l’ITAB, Marc Chovelon s’est notamment impliqué sur les défis de l’alternative au cuivre en bio. - crédit photo : Alexandre Abellan, archives 2015 (salon de l’Agriculture de Paris)
Le plan de redressement de l’ITAB conduit au licenciement économique de six salariés, dont son unique expert de la vigne. Une gestion humaine défendue comme sans alternative par les administrateurs, mais entraînant d’autres départs.

Le développement continu de la bio ne profite pas à ses premiers experts. Figure reconnue de la viticulture biologique, Marc Chovelon vient de se voir signifier son licenciement économique de son poste de référent national vigne de l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB). Placé en redressement judiciaire cet été, l’ITAB vient d’en sortir suite à la validation de son plan de continuation sur dix ans, ce 25 novembre par le tribunal de grande instance de Paris. "Nous sommes en train de montrer notre capacité à rebondir. Nous avons reçu les félicitations du juge pour notre réactivité hors norme. Il est rare de voir une durée de redressement aussi courte (six mois)" précise Sabine Bonnot, la trésorière de l’ITAB, ajoutant que l'institut "a une dette de plus d’un million d’euros de passif, nous allons rembourser 100 000 € par an aux créanciers".

Pour redresser ses finances et réorganiser son fonctionnement interne, l’institut technique va licencier début 2020 six salariés, dont cinq ingénieurs spécialisés (élevage, fertilisation, grandes cultures…). Dans cette charrette se trouve Marc Chovelon, salarié à 40 % pour l’ITAB et à 60 % pour le Groupement de Recherche en Agriculture Biologique (le GRAB, basé à Avignon). Soulignant qu’à trois ans de la retraite sa situation personnelle n’est pas dramatique, l’expert viticole glisse qu’il continuera d’apparaître dans les projets de l’ITAB grâce au GRAB. S’il ne veut pas polémiquer, l’animateur ne peut que regretter la fin d’une époque. Marc Chovelon animait jusqu’à présent la commission commune entre l’ITAB et l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), dont l’avenir reste en suspens. A noter que le seul autre employé de l’ITAB pour la filière vin est Stéphane Becquet. Sa convention de mise à disposition par le Syndicat des Vignerons Bio de Nouvelle-Aquitaine vient d’être reconduite pour l’œnologie. Le volet viticole restant pour l'instant vacant à partir de mi-janvier 2020.

Critiques

"Représentant 6 emplois sur 28, la perte de 4,4 équivalents temps plein est douloureuse, même quand le départ est volontaire (comme pour Marc Chovelon et deux autres salariés)" précise Sabine Bonnot. Qui annonce que l'ITAB poursuivra ses travaux viticoles en s'appuyant sur l'expertise de quatre administrateurs issus de la filière vin bio. D’autres employés et proches de l’ITAB n’hésitent pas à être critiques sur ces suppressions de postes, causant pour certains une perte d'expertise, mais aussi de la souffrance et de la défiance. Alors que des représentants agricoles ont récemment quitté le conseil d’administration de l’ITAB, trois chercheurs ont démissionné ce 15 décembre du conseil scientifique de l’institut technique. Leur lettre de rupture indiquant que d’autres solutions auraient pu être trouvées, plus en ligne avec les valeurs d'équité et de respect humain de l’agriculture biologique.

"Problème de passif"

"Notre maquette financière innovante permet de sauver des emplois, ceux qui ont quitté le conseil d'administration et le conseil scientifique ne sont pas capables de proposer un plan qui tienne économiquement la route" rétorque Sabine Bonnot. Soulignant qu'il n'y avait pas d'alternative pour sauver un maximum d'emploi : "l’ITAB risquait la liquidation et a couru un grand danger, écarté aujourd’hui. Il n’y avait pas d’autre voie, l'ITAB a été débordé de flux financiers. Avec plus de 60 projets à gérer en tête de pont, quand vous consommez pour vos charges courantes des fonds réservés à vos partenaires, ce n’est plus un problème de trésorerie mais un problème de passif." L'ITAB doit désormais apprendre à gérer, et tirer profit, de la croissance de la filière bio.

 

 

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