LE FIL

Stabilisation tartrique

Ne m’appelez plus jamais électrodialyse (ou alors autorisez-moi en bio)

Lundi 02 décembre 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 04/12/2019 07:08:06

Pas de matériels œnologiques sur le stand d’Œnodia au Sitevi 2019, mais des hologrammes.
Pas de matériels œnologiques sur le stand d’Œnodia au Sitevi 2019, mais des hologrammes. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Rebaptisée "stabilisation tartrique éco-sélective", la technique séparative d’Œnodia compte bien réussir à s’immiscer dans la réglementation bio européenne.

« Le nom électrodialyse fait peur » reconnaît Yannick Le Gratiet, directeur d’Œnodia (la division œnologie du groupe Eurodia), le seul fournisseur œnologique de cette technologie (dont le brevet est tombé dans le domaine public). Sur son stand du salon Sitevi, le constructeur ne met donc plus en avant que la « stabilisation tartrique éco-sélective » pour atteindre son objectif : intégrer le cahier des charges européens de vinification bio.

Avec cette nouvelle dénomination, « on essaie de montrer ce qu’est réellement la technologie. Ce qui est intéressant, ce sont ses avantages » explique Yannick Le Gratiet, qui les énumère exhaustivement : « pas d’additifs alors que l’acide métatartrique est autorisée en bio, une économie d’énergie par rapport aux techniques de froid, pas de perte de vins, un confort d’utilisation sans nettoyage de cuve, une réduction de la consommation en eau, pas de changement de températures causant des absorptions d’oxygène, un contact avec la membrane cationique pas de passage au travers comme avec la filtration tangentielle autorisée en bio… Et surtout pas d’impact sur la structure des produits. »

Lobbying

Avec ce discours bien rôdé, Œnodia réfute le terme de lobbying mais revendique celui de pédagogie. « On se bat avec nos petits moyens pour faire évoluer la réglementation européenne. J’ai tendance à penser qu’il y a un manque de connaissances. Il faut réévaluer la technologie en nous écoutant » clame Yannick Le Gratiet, qui souligne que l’électrodialyse est autorisée par la certification américaine des vins bio NOP et par celle bio européenne du lait maternel bio. Le directeur d’Œnodia s’appuie également sur une pétition de soutiens revendiquant une centaine de signataires. Allant de la première cave coopérative bio de France (la cave d’Héraclès) au responsable de la commission environnement des vignerons indépendants de France (Michel Gendrier).

"Penseurs du bio"

Dans leur ensemble, ces soutiens sont majoritairement issus de grands structures coopératives, tandis que de grands gourous de la bio manquent à l’appel. « Les producteurs pragmatiques comprennent notre demande, mais pas les grands penseurs du bio à l’idéologie ancrée jusqu’au bout des ongles » se défend Yannick Le Gratiet. Il faut reconnaître que des personnalités de la bio ont pu tiquer sur un récent communiqué de presse d’Œnodia un brin alarmiste. La société estimant que l’interdiction de l’électrodyalyse constituait une « menace sur les vins bio français ».

Si la demande d’intégration de l’électrodialyse dans la réglementation bio semble plus venir d’Œnodia que de la filière bio, son directeur est persuadé que son approche zéro additif saura convaincre les instances européennes.

 

Chiffres clés

Construisant ses machines à Pertuis, dans le Vaucluse, la société française Œnodia précise déployer 230 machines dans 25 pays. L’ensemble stabilisant 1,2 milliard de bouteilles par an, soit 3,5 % de la production mondiale en 2018. L’entreprise visant 15 % de la production mondiale en 2030.

Le prix de vente des outils d’électrodialyse va de 140 à 600 000 euros, selon les besoins de traitement (de 15 à 240 hectolitres/heure). Le chiffre d’affaires d’Eurodia s’élève à 36 millions €, dont un tiers pour Œnodia à « 80 % à l’international (Europe, États-Unis, Amérique du Sud, Asie) » précise un communiqué.

 

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