LE FIL

Anarchie volumique

Quand parler du volume d’un tonneau de vin tenait de l’embrouillamini local

Dimanche 24 novembre 2019 par Alexandre Abellan

« Quand on achète quelque chose, c’est bien le moins que l’on sache ce que l’on achète » souligne l’article « Une réforme de la tonnellerie » de la Gazette de Paris (n°48 du 26 novembre 1865).
« Quand on achète quelque chose, c’est bien le moins que l’on sache ce que l’on achète » souligne l’article « Une réforme de la tonnellerie » de la Gazette de Paris (n°48 du 26 novembre 1865). - crédit photo : BnF, Gallica
Pendant longtemps dans le vignoble français, la maîtrise des unités volumiques vinaires tenait du défi linguistique, les noms et les capacités changeant d’une région à l’autre.

« Le tonneau ? Vous aurez autant de définitions qu’il y a de localités viticoles » alertait un numéro de 1865 de l’hebdomadaire agricole la Gazette du Village, comme rapporte la massive Noblesse du Tonneau, somme éclectique de connaissances réunies par Gilles Bousquet, Roland Bugada, Frédéric Gillet et André Valognes (éditions de l’Escargot Savant, 644 pages pour 60 euros).

Appelant de ses vœux une réforme des mesures de la tonnellerie française, la Gazette du Village rapporte que « le Beaunois vous parle de son tonneau de 228 litres, de sa feuillette de 114 litres, de son quartaut de 57 litres. Vous allez de la Côte d’Or dans l’Auxerrois, et vous y rencontrez une feuillette de 142 litres. En Champagne, cette même feuillette n’a plus que 100 litres. A Bar-le-Duc elle n’a que 90 litres. A Bordeaux on emploie la barrique de 228 litres, en Touraine la pièce de 220 litres, dans le Loir-et-Cher les pièces de 245 à 250 litres… » Sans parler des termes locaux de queues, de bottes, de muids…

"Le désordre s’accroit"

Cette cacophonie linguistique trouve des racines immémoriales rapporte la Noblesse du Tonneau. Dès le 17 février 1688, le Conseil d’Etat « tenta de fixer les mesures au moins dans chaque province […]. Mais ces dispositions n’eurent point de suite par les difficultés que rencontra leur exécution. Aussi le désordre ne fait-il que s’accroître avec le nombre et la variété des mesures à liquides ».

En 1865, le besoin d’une réforme devait tout simplement permettre aux vendeurs et acheteurs de s’y retrouver. « Supprimer ce jargon féodal et appliquer aux vases vinaires le système décimal, en sorte qu’on n’aurait plus que des futailles s’appelant demi-hectolitre, hectolitre ou double hectolitre » rêve la Gazette du Village. Qui espère, même timidement, « qu’on rende également uniforme la contenance des bouteilles »

Unité métrique

Si certaines dénominations locales de tonneaux ont perduré jusqu’à maintenant, « les transactions ont fini par ne plus se traiter que sur la base de l’hectolitre effectif dans l’intérêt commun des producteurs, intermédiaires et consommateurs » conclut la Noblesse du Tonneau.

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VOS RÉACTIONS
MG Le 26 novembre 2019 à 18:41:44
@ Bourvil A cette époque, les anciennes compagnie de chemin de fer développaient le transport du vin en wagon-foudre. Pour facturer le transport et organiser les trains, les compagnies devaient connaitre la contenance exacte des foudres. Un article un peu en retard sur son temps car le problème au niveau national est en passe d'être réglé. Après pour le local, c'est autre chose.
bourvil Le 24 novembre 2019 à 14:23:15
Les transactions au sein des vignobles devaient être assez cocasses à cette époque,mais les parties prenantes devaient se sentir autant à l'aise qu'a l'heure actuelle dans un climat nettement plus serein. On aurait aimé y être.
Stéphane B Le 24 novembre 2019 à 08:48:47
Ils ont raisons , il y aura plus de vin pour les autres...
Stéphane B Le 24 novembre 2019 à 08:39:10
A bordeaux la barrique c'est 225 litres pas 228 ...
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