LE FIL

Bourgogne philosophe

Un documentaire donne la parole au vin, et ses façonneurs

Mardi 12 novembre 2019 par Alexandre Abellan

« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles » écrit Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal.
« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles » écrit Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal. - crédit photo : Nour Films
Sortant ce 13 novembre en salles, l’Âme du vin relie le travail aux paroles des vignerons, du travail saisonnier à la philosophie de leur production.

Ni un énième manifeste pour les vins sans soufre, ni un reportage pédagogique pour lever les méconnaissances du grand public sur la production de vin, le documentaire l’Âme du vin, de la réalisatrice Marie-Ange Gorbanevsky (1h41, Nour Films), s’adresse aux amateurs et professionnels du vin réceptifs à une expérience de contemplation autant que de réflexion dans le vignoble de Bourgogne (Chambolle-Musigny, Gevrey-Chambertin, Meursault, Volnay…). Sortant en salles ce 13 novembre, le long-métrage n’est pas didactique mais méditatif. Les silences y sont nombreux, n’étant ponctués que par les instruments du travail de la vigne et du vin. Les saisons étant marquées par des coups de cloche sur les allées et venues d’un cheval labourant la terre, sans oublier les opérations de relevage, de contrôles des maturités, de fabrication des tonneaux, de vendanges, d’ouillage…

En retrait, la réalisatrice n’intervient pas et laisse courir les moments suspendus, y compris lors des entretiens autour d’une dégustation de vin où naît l’idée que le plus important pour comprendre le vin est non-seulement indicible précisément, mais invisible aux humains. Dont les sens sont piégés par leurs craintes. « L’homme a tendance à apporter des choses pour faciliter et sécuriser les choses. Pour moi, les plus beaux vins sont élaborés avec beaucoup de risque. Ce n’est jamais dans la facilité que sont obtenues les grandes choses » confie Bernard Roblet, l’ancien maître de cave du domaine de la Romanée Conti. Ajoutant que « le vin, si on le fait de la manière la plus simple possible, ça engendre beaucoup de risques. Mais c’est ainsi que l’on produit des vins qui parlent. »

"Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles"

Faisant état de sa « relation intime avec la matière vivante » qu’est le vin, l’œnologue Jacques Puisais l’entend justement lui dire « tu vois, l’homme, mon maître, mon berger qui m’a conduit, c’était un bon maître. Il a fait les choses quand il fallait. Il m’a cueilli quand il fallait. Il a conduit ma fermentation, il m’a [transformé] de simple raisin, qui ne pouvait pas se conserver, en un vin. Il m’a séparé des lies. Et un jour il m’a mis en flacon pour que je murisse. »

Cette personnification des grands vins est validée par Aubert de Villaine, le co-propriétaire du domaine de la Romanée Conti, pour qui la dégustation de son vin est « toujours à la fois un moment spécial et une angoisse : on sait à quel point c’est un vin délicat, tout en finesse, mais qui a aussi ses humeurs. Qui certains jours se cache, qui ne veut pas parler. Et au contraire, d’autres jours s’exprime. On la goute avec petite appréhension », comme s’il s’agissait de rencontrer une personne aux humeurs instables.

 

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