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+18 % d’ugni blanc
La pépinière charentaise réglée sur le succès du Cognac

Le vignoble d'eaux-de-vie des Charentes connaissant une ascension commerciale insolente, ses pépiniéristes accompagnent au plus près la croissance des plantations prévues pour les prochaines années.
Par Alexandre Abellan Le 28 octobre 2019
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La pépinière charentaise réglée sur le succès du Cognac
La fourniture de plants de vigne étant au commencement de toute volonté d'expansion du vignoble, le sujet a été identifié et anticipé par la filière charentaise. - crédit photo : BNIC
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’est une pépinière charentaise en plein boom économique qui va accueillir le congrès national des pépiniéristes français, ces 29 et 30 octobre à Cognac. « En 2019, 33 millions de plants d’ugni blanc ont été produits en France (+22 % en un an), dont 26 millions en Charentes (+18 %). Notre objectif d’augmentation de la productivité a été atteint pour répondre aux besoins de plantation du Cognac » se réjouit François Bodin, le président du syndicat des pépiniéristes de la région Cognac (80 pépinières professionnelles).

Affichant une santé insolente à l’export (des records en chassant d’autres), la filière du Cognac a confiance dans la solidité de son développement commercial et appuie son Business Plan sur le calcul d’un besoin de plantation de 10 000 hectares de nouveaux vignoble en trois ans. « On a travaillé étroitement avec la commission productivité de l’interprofession (le Bureau National Interprofessionnel du Cognac). Nous avons établi un Business Plant pour la pépinière » souligne François Bodin. Après avoir tiré la sonnette d’alarme sur l’incapacité de la filière régionale de répondre à une aussi forte hausse en si peu de temps, l’anticipation de ce besoin a permis de fournir la quantité de plants nécessaires aux nouvelles plantations.

Business Plant

« Ce sujet a été pris à bras le corps depuis plusieurs années. Notre Business Plan a pris en compte l’amont de l’amont, les pépiniéristes, pour s’assurer qu’il y aurait de quoi planter » confirme le négociant Florent Morillon (maison Hennessy). Espérant que les contingents de plantation demandés par Cognac soient de nouveau acceptés sans blocage des autres bassins viticoles, le président du comité régional vins et eaux-de-vie pour la région Charentes-Cognac (CRINAO) reconnaît que l’approvisionnement va être « tendu », mais reste confiant dans la capacité de la filière charentaise à fournir les plants nécessaires. Il reconnaît cependant « un seul grain de sable : les intempéries. Comme le gel et la grêle qui n’ont pas épargné la pépinière… »

« Etant au-delà des 15 % de croissance, nous avons atteint notre objectif. Dans deux ans nous serons capable de répondre aux besoins en nouvelles plantations et d’assurer le renouvellement du vignoble » affirme François Bodin. Qui rappelle que la hausse de la production d’ugni blanc s’est étalé dans le temps. Le cépage emblématique de l’eau-de-vie charentaise (98 % du vignoble d’AOC Cognac) est depuis deux ans le premier plant de vigne produit par les pépinières françaises. L’ugni blanc ayant vu sa production nationale doubler en cinq ans. La pépinière charentaise n’étant pas la seule à muscler sa production en la matière. « Le marché charentais attise de plus en plus les convoitises » résume François Bodin.

Trebiano toscano

Alors que les pépiniéristes locaux ne peuvent pas répondre à toutes les demandes, les vignerons font logiquement appel à des opérateurs plus éloignés développant leur offre en conséquence. « Le marché charentais est porteur actuellement. Nous l'avons incorporé dans notre production avec des greffages adaptés, sur RU 140, Fercal, RSB1.. » reconnaît Loïc Breton, le directeur de l’antenne française du pépiniériste italien Vivai Cooperativi Rauscedo (VCR). Rappelant que l'ugni blanc est une variété d'origine italienne (trebiano toscano) et précisant avoir une faible activité charentaise (1 % de ses ventes pour Cognac), Loïc Breton désamorce tout débat sur la qualité de ses plants en précisant qu’ils sont contrôlés sanitairement (notamment les maladies de quarantaine que sont la flavescence dorée et Xylella fastidiosa).

L’offre ayant du mal à répondre aux besoins, « le prix en Charentes est 30 % plus cher [que dans le reste de la France]. Sachant que le prix d'un plant en Occitanie est 1,30 euro, contre 1, 90 € à Cognac du fait de la demande » rapporte Loïc Breton. Pour les pépiniéristes charentais, « la gamme de prix va de 1,6 à 2 €le plant » confirme François Bodin, qui souligne la hausse des prix n’est pas spéculative, mais répond aux investissements réalisés pour augmenter la productivité et les services apportés (comme le centre charentais de Traitement à l'Eau Chaude contre les maladies de quarantaine et émergentes).

En cas de crise

Si la qualité de la quantité de plants fournis interroge une partie du vignoble charentais, la pérennité des performances commerciales du Cognac pose aussi question pour les pépiniéristes. Une future crise des ventes d’eaux-de-vie aurait un impact direct sur leur activité. Face à ce risque, François Bodin se montre confiant et relativise : « au lieu de planter de vignes nouvelles, les vignerons entretiendront l’existant en renouvelant par complantation. Ce que produit la pépinière charentaise aujourd’hui ne permet que de remplacer les pertes liées à la mortalité des maladies du bois. » Une confiance qui se retrouve dans les installations de nouvelles pépinières. « On était précédemment dans une tendance de pertes de structures, mais on a vu deux installations l’an dernier. Des jeunes s’intéressent à l’activité, nous sommes dans une phase de croissance » souligne Mickaël Lys, le vice-président du syndicat des pépiniéristes de la région Cognac pour la Charente-Maritime.

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